Roms | | 03/05/2012
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Roms en sursis à Sucy

Roms en sursis à Sucy

Dans la commune de Sucy-en-Brie, au sud-est du Val-de-Marne, trois friches industrielles sont occupées par des familles de Roms. Trois lieux de vie de taille variable et perçus différemment, les deux premiers comptant une trentaine de personnes chacun tandis que le troisième en abrite plus de quatre cent. Leur point commun : les trois communautés qui s’y sont rassemblées font l’objet d’une procédure judiciaire pour expulsion. L’audience du premier se tiendra ce jeudi 3 mai matin, celle du second samedi 5 mai et celle du troisième le 13 mai prochain. Reportage.

L’ancien dépôt de bennes

Dans un ancien dépôt de bennes  situé dans la zone d’activités de Sucy, 25 Roms issus de deux familles différentes se sont installés. Originaires de Cluj, en Roumanie, ils ont aménagé l’entrepôt pour le transformer en habitat. Electricité, meubles, télévision…l’endroit est très propre et seule l’eau courante manque, qu’ils vont puiser dans la rue, auprès d’une bouche d’incendie. En France depuis 2001, ces familles auraient dû quitter l’entrepôt le 27 mars dernier. Mais, épaulés par l’avocat Jérôme Karssenti qui a déposé un recours devant le tribunal administratif de Créteil, ils ont obtenu un délai.

Les quatre enfants qui vivent ici sont scolarisés et les plus grands suivent une formation de mécanicien automobile, avec des stages. “Le patron est très content de mon fils” se réjouit une mère, “le plus important pour moi, c’est l’avenir de mes enfants“. “Ma fille est née en France, a toujours vécu en France et va à l’école ici. Que va-t-il se passer pour elle quand on l’expulsera vers un pays qu’elle ne connaît pas?” A 9 ans, la petite Francesca voudrait être policière ou docteur. Elle se dit heureuse parmi les siens, surtout depuis qu’ils ont trouvés “la maison et les chambres”. “Je n’aimais pas avant, il y avait trop de monde au bidonville.” Ce qu’elle appelle “bidonville“, c’est le grand terrain de Roms voisin. Les enfants des autres campements sont ses amis. A l’école, elle indique ne souffrir ni de racisme, ni de rejet. Francesca regrette seulement que sa grande sœur de 20 ans ne soit pas ici. “Elle est restée au pays avec son mari.” Son frère de 19 ans, lui, est en France. Il va dans “une école spéciale pour apprendre le Français”.


Il y a aussi les grands parents, originaires de Cluj-Napoca. Eux ne parlent pas Français et ce-sont les plus jeunes qui servent d’interprètes. Francesca continue les présentations par Corinna, la cousine de sa mère, âgée d’une quarantaine d’années. Elle vit dans une autre pièce du hangar avec son mari, son fils et la sœur de sa belle-mère. D’abord jovial, elle veut garder le cap. “Peu importe ce qui se passera demain, ce qui compte c’est d’être en famille et qu’on ait suffisamment à manger. J’ai quitté la Roumanie en 1997, on était plusieurs à vouloir partir. Nous nous sommes entassé dans un camion pendant 3 jours. On n’avait rien à manger, et pour les besoins naturels, il fallait les faires dans une poche plastique. Aujourd’hui, je ne veux pas me plaindre, je vends des fleurs, ça me rapporte 15 euros par jour. Ce n’est pas grand-chose mais suffisamment pour nourrir tout le monde. Je ne me rabaisserais pas à faire la manche ou à voler. Il faut vivre au jour le jour, sinon, on se crée trop de problèmes. L’essentiel est de rester positif coûte que coûte !” Les familles de ce premier entrepôt sont soutenues par un avocat qui est venu spontanément leur apporter son soutien.

L’ancien site Nestlé

L’ambiance n’est pas la même au sein du hangar, situé quelques mètres plus loin sur l’ancien site d’exploitation de Nestlé. Les personnes présentes sont tendues car leur sort sera discuté jeudi 5 mai au Tribunal d’instance de Boissy Saint Léger ce matin. Nojak, mère de deux enfants, confie qu’elle est fatiguée par ce stress et ces déménagements incessants. Ce qui l’inquiète le plus est l’avenir de ces enfants. Elle estime que sa vie est déjà bien écoulée, mais ses enfants sont tous jeunes et elle ne veut pas qu’ils vivent comme elle. Aidé par le Comité de soutien aux Roms de Sucy, cet entrepôt sert aussi de casse pour la récupération des ferrailles.

Ces familles sont arrivées en 2006 dans le Val de Marne, d’abord à Vitry sur Seine puis à Orly et enfin à Sucy, après plusieurs expulsions. Leurs cinq enfants en âge d’aller à l’école sont scolarisés à Sucy et il y a aussi des plus petits et un bébé à naître. Plusieurs membres de cette famille sont actuellement sous le coup d’OQTF (Ordonnance de quitter le territoire français) et nous nous battons pour défendre ces dossiers. Nous travaillons également sur un projet de logement en partenariat avec Habitat Solidaire, qui a déjà permis de reloger d’autres familles mais rien n’est encore fait et il faut au préalable que nous puissions rencontrer le préfet”, explique Aline Poupel, du collectif Romeurope.

L’ancien site Véolia

Dans l’ancien site de Véolia, qui longe la route de Bonneuil, la situation est cette fois radicalement différente. Sur ce terrain vague, s’entassent près de 100 caravanes et maisons de fortune et vivent un peu plus de 400 personnes. Une centaine d’enfants déscolarisés jouent sur le terrain pendant que les femmes cuisinent et que des hommes travaillent dans le fond du terrain d’où s’échappe une fumée âcre. Les conditions sanitaires sont inquiétantes : le camp est installée dans la boue, des fils électriques sortent ici et là du sol et une forte odeur de déchets flotte. L’absence de poubelles fait ici la joie des rats.

Ce terrain existe depuis septembre 2011. Au départ, ce-sont des familles expulsées de Palaiseau qui sont venues de l’Essonne, puis d’autres de Seine et Marne et de Seine Saint Denis. Le terrain s’est progressivement peuplé et il est devenu difficile d’intervenir pour les associations. Entre 150 et 200 personnes y ont reçu des OQTF et j’ai été obligée de leur annoncer que l’on ne pourrait pas les aider car nous n’avons pas les moyens de monter autant de dossiers en un mois. Les enfants, qui étaient scolarisés auparavant, ne le sont plus“, explique Aline Poupel. Le comité de soutien de Sucy n’y met pas les pieds car il est déjà affairé avec les familles du hangar et, en dehors de Romeurope, c’est le comité de soutien de Palaiseau, qui connait les familles venues s’installer au départ, qui continue de suivre un peu la situation. Au sein du camp, les situations sont variées. Il y a beaucoup de personnes en situation irrégulière mais aussi quelques familles avec des cartes de séjour et même un auto-entrepreneur.

L’accueil est nettement plus froid ici que dans les deux terrains précédents. Les journalistes ne sont pas les bienvenus et la méfiance est palpable. Quelques personnes ont néanmoins envie de parler. L’une d’elles nous indique être arrivée la veille et commence à témoigner jusqu’à ce qu’un homme de stature imposante n’arrive en hurlant au volant de son van pour nous inviter à dégager rapidement les lieux.

Voir aussi l’article sur les associatifs qui aident les Roms sur le Blog du Monde dédié à la ville de Sucy en Brie

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