Société | Nogent-Sur-Marne | 16/02/2010
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Site Marie Curie : décontamination partielle ou totale ?

Faut-il décontaminer totalement ou partiellement le site Marie Curie ? Le débat a été lancé  au sein du conseil de quartier du port et dans la partie forum de ce site. A défaut de répondre à cette question, voici un bref retour en arrière.

De l’usine d’extraction de radium au groupe scolaire

Après avoir abrité une usine d’extraction de radium de 1904 à 1925 pour les besoins des travaux de Marie Curie, le site a accueilli au début des années 70 un nouveau groupe scolaire maternelle et primaire, sans décontamination préalable,  jusqu’à ce que des parents d’élèves s’en inquiètent  à partir de 1986.  Ces derniers font alors réaliser des mesures, et après plusieurs  années de mobilisation pour disposer d’expertises complètes, obtiennent le déménagement du groupe scolaire. Ce dernier  est installé temporairement au stade sous la Lune, avant la construction de l’école Léonard de Vinci sur un autre site, rue Jacques Kablé.

Un dossier complexe techniquement, coûteux et sensible

Depuis le déménagement du groupe scolaire, le site Marie Curie, qui a fait -dès les premières attestations de radioactivité de la fin des années 80-  l’objet de divers travaux pour limiter la contamination,  accueille un parking à ciel ouvert et sert en partie d’entrepôt. La question de sa décontamination et de sa destination future se pose dès lors. Une véritable patate chaude pour les municipalités qui se succèdent. Le coût, évalué entre 5 et 7 millions €, les contraintes techniques et les inquiétudes qu’il suscite auprès des riverains rendent le dossier complexe.

Une provision de 2 millions € est budgétée par la ville qui entreprend de travailler sur les faisabilités de la décontamination ainsi que d’étudier les possibilités de subvention. Plusieurs types de reconversion sont envisagés, de l’immeuble d’habitation – un temps à l’étude –  à l’équipement sportif. 

Décontamination complète : 6,2 millions €

Lors du Conseil municipal du 4 mai 2009, il est annoncé que le coût de décontamination du site a été évalué par l’ANDRA (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) à 6,2 millions €, et le conseil vote une autorisation de demande de subvention auprès de l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).  Dans le cadre du plan de relance en effet, 20 millions € ont été alloués pour le traitement des friches industrielles et c’est l’ADEME qui est chargé de sélectionner les dossiers. Le site Charvet, qui accueillait à l’Ile Saint Denis (93) un atelier de transformation de minerai de radium au début du 20ème siècle, a montré la voie, déjà retenu par le plan de relance. La municipalité espère obtenir une subvention de l’ordre de 40 % du montant total.

Deux salles de sport prévues sur le site

Côté reconversion du site, la ville envisage la création de deux salles de sport et un parking, afin notamment de déménager le gymnase Galliéni dans le cadre du futur projet de réaménagement du marché. A l’occasion d’une réunion de quartier  le 11 juin 2009, les premières esquisses réalisées par l’architecte Sylviane Saget (qui a également dessiné le gymnase Christian Marty dans la rue François Rolland) sont présentées au public. Le centre sportif repose en partie sur des pilotis afin d’accueillir en rez-de- chaussée un parking aérien.

Décontamination partielle : 2,5 millions €

Lors du Conseil municipal du 14 décembre 2009, une communication préalable (communication énoncée en début de séance et qui ne fait pas l’objet d’un vote) annonce que le scénario de décontamination complète annoncé le 4 mai est abandonné pour deux raisons : le coût élevé des travaux et l’impossibilité de stocker la totalité des terres plus ou moins polluées radifères. Il est donc prévu de décaisser l’équivalent de 9 containers, au lieu des 25 prévus initialement. Ces 9 containers seront stockés sur le site de l’ANDRA. Le coût du chantier est revu à la baisse, passant de 6,2 millions € à 2,5 millions € dont 894 000 € font l’objet d’une subvention accordée par l’ADEME dans le cadre du plan de relance.

En termes financiers, cette décontamination partielle allège donc considérablement la charge, puisqu’il ne reste plus, compte tenu de la subvention de l’ADEME, qu’à payer environ 1,6 millions € et que 2 millions € ont déjà été provisionnés.

En termes de sécurité environnementale, la ville indique que le projet a été validé par des autorités compétentes et notamment  l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), l’ANDRA et l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire).

Cette option est confirmée par une nouvelle communication préalable lors du Conseil municipal du 8 février 2010. Il y est précisé que la ville va signer une convention d’assistance à maîtrise d’ouvrage avec l’ANDRA ainsi qu’une convention pour l’entreposage des déchets. Répondant à William Geib (PS) qui s’étonne de cette réévaluation à la baisse du budget et demande des précisions concernant le principe de décontamination partielle, le maire indique qu’il s’agit de décaisser les parties officiellement contaminées mais que des mesures en fond de fouille seront réalisées au fur et à mesure du chantier et que le volume des terres décaissés sera augmenté si nécessaire. L’objectif est de ne pas dépasser le niveau de bruit de fond radioactif (la radioactivité naturelle) d’Ile de France.

Une Commission locale d’information et un comité de suivi

Concernant la communication aux citoyens, il est prévu l’instauration d’une CLI (Commission locale d’information), une structure d’information et de concertation obligatoire pour ce type de projet. Au niveau local, est prévu un comité de suivi qui sera constitué de conseillers municipaux, représentants d’associations, riverains du site, membres du conseil de quartier du port et représentants de l’ANDRA, l’IRSN et l’ASN. Il n’en est revanche pas fait mention de l’association indépendante, la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) – qui n’a pas toujours les mêmes positions que les agences dépendant de l’Etat, et qui suit le dossier du site Marie Curie depuis les années 80.

Inquiétude des riverains

C’est du reste la publication d’un article de la revue de la CRIIRAD (voir les liens vers l’article plus bas), concernant les risques de résurgence de la radioactivité suite à une décontamination partielle, à partir de l’exemple de la commune de Gueugnon, qui a suscité les inquiétudes de certains conseillers de quartier du port. Peut-être la présence d’un représentant de cette association au sein des instances d’information sur le projet serait-elle donc de nature à rassurer.

Concernant le calendrier. Les travaux de décontamination devraient précéder la démolition des bâtiments. Afin de confiner le chantier, sera utilisée une technique de dépression dans les pièces. Le projet devrait durer une quinzaine de mois dont une dizaine pour les travaux (communication du conseil municipal du 14 décembre), et commencer courant 2010.

Voir aussi les billets précédents sur ce sujet. Et voir le débat déjà engagé sur ce sujet dans la rubrique Forum de Nogent Citoyen.

Liens utiles :

Agences dépendant de l’Etat

l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs)

l’ADEME (Agence de  l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)

l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire)

l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire)

Associations indépendantes

la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) On y trouve un dossier sur Marie Curie sur la page d’accueil.

Article de la CRIIRAD concernant la décontamination partielle à Gueugnon

page 1 page 2 page 3  page 4

Instances de concertation

l’ANCLI (Association nationale des Commissions locales d’information)

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9 commentaires pour Site Marie Curie : décontamination partielle ou totale ?
  • Au conseil municipal, le maire a donné les explications qui permettent de comprendre le changement de position de l’ANDRA et de l’ASN
    Compte tenu de la pénurie de décharges de classe 1 (pour stocker les déchets de la dépollution); la décontamination partielle est maintenant privilégiée
    Comme il n’est pas certain que cela suffise, le maire a précisé que des mesures après dépollution seront faites et si les radiations restent significatives, il faudra poursuivre la décontamination
    L’exemple de Geugnon montre que ce risque existe
    D’où la nécessité d’une grande vigilance Le conseil de quartier du Port demande à être associé à la CLI et au comité de suivi

  • L’Association des riverains du site marie curie demande aussi à être associé à la COMMISSION LOCALE D’INFORMATION et en informera le Préfet.

  • Michel Gilles, dans les années 2002/2003, un fond avait été constitué -par le ministère de l’intérieur- en vue de la décontamination du site. Cette somme n’a t elle pas été affecté initialement à la construction de la nouvelle école (Léonard de Vinci) ? Dès lorts qu’il s’agit là de la décontamination du terrain de la rue Hoche, il serait intéressant de reconstituer la traçabilité (et le montant précis)de cet engagement publique à l’égard du site nogentais. La provision constituée à l’époque est encore autre chose…

  • La solution proposée n’est-elle pas cependant la moins pire ?

    Si la décontamination aboutit comme l’indique le maire et sous le contrôle des autorités compétentes à ramener le niveau de radioactivité à celui de l’Ile de France (je rappelle que tout est radioactif – la radioactivité nulle n’existe pas), cette solution apparaît acceptable.

    Les mesures réalisées par les organismes compétents par le passé ont permis de déterminer les points chauds qui seront décontaminés. Tout le site n’est pas radioactif…

    Il faut également préciser que le pilotage de l’opération ne sera pas réalisé par la mairie mais par les organismes d’état compétents.
    La non-construction d’habitation comme proposé dans le premier projet rejeté est également prudent. Cela permet d’éviter la suspission. Même si les risques sont in fine très très minces après décontamination partielle, la réhabilitation avec un équipement sportif apparaît comme la bonne idée (si risque infinitésimal demeure, la non occupation du lieu à temps complet réduit encore le risque éventuel).

    Même s’il faut être très vigilant et ne pas faire n’importe quoi, j’ai peur que pousser le principe de précaution à l’extrême aboutira finalement à ne rien faire ce qui serait in fine bien pire…

    De mon point de vue, la condition minimale à exiger est de faire vérifier/certifier que le taux de radioactivité du terrain est ramené à un taux sans aucun danger en surface (ce qui est a priori déjà la cas aujourd’hui cf. rapport du Criirad). Ce n’est bien sûr pas le cas en sous-sol aujourd’hui. Il faut traiter au mieux le sous-sol pour encore limiter les risques en surface. Il ne faut oublier que la radioactivité nulle n’existe pas.

  • ANTOINE, si vous avez en votre possession les relevés des mesures des « points chauds » qui seront décontaminés, l’association des riverains est tout à fait intéressée de les connaître, avez-vous les documents avec les relevés. ?

  • Il y a une carte dans un document présenté à une réunion publique du 4 avril 2007 qui présentait les différents scénarios.

  • Un élément complémentaire sur ce dossier : l’avis de la Commission Nationale des Aides dans le domaine radioactif (CNAR) pas de quoi répondre sans équivoque à la question
    mon commentaire
    http://m.gilles.free.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=242:marie-curie–le-qoui-maisq-de-la-cnar&catid=44:environnement-&Itemid=68

  • L’AFFAIRE DU SITE DE L’ANCIENNE ECOLE « MARIE CURIE » N’EST PAS PRET D’ETRE RESOLU !!! BONNE CHANCE A CEUX QUI ACHETERAIENT CE TERRAIN ET AUX TERRAINS VOISINS QUI NE SERONT JAMAIS DECONTAMINES PAR CRAINTE D’UNE BAISSE DE LA VALEUR FONCIERE !!!

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