Société | Val de Marne | 22/11/2011
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Domino de crises politiques suite à la candidature parisienne de Cécile Duflot

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Comment faire une place aux écologistes à l’Assemblée nationale sans briser les dynamiques locales du PS ? Faut-il bannir les parachutages –qui se pratiquent aujourd’hui allègrement dans tous les partis ? Voilà deux questions posées par l’investiture particulièrement décriée de Cécile Duflot, première secrétaire d’EELV, dans la sixième circonscription parisienne pour les législatives de 2012.

Elue en 2008 conseillère municipale de Villeneuve Saint Georges (Ville communiste du Val de Marne) et en 2010 au Conseil régional d’Ile de France où elle préside le groupe EELV, Cécile Duflot devait initialement se présenter dans la troisième circonscription du Val de Marne (cantons de Boissy-Saint-Léger, Valenton, Villecresnes, Villeneuve-le-Roi et Villeneuve-Saint-Georges). Un territoire longtemps tenu par Roger-Gérard Schwartzenberg (PRG) avant d’être gagné en 2007 par le maire UMP de Villeuve le Roi, Didier Gonzalès, avec 148 voix d’avance. Une circonscription qui n’est donc pas acquise à la gauche mais qui reste «prenable».

Retournement de situation

Alors qu’au sein de la Gauche val de marnaise, ce schéma semblait acté, l’hypothèse de la candidature parisienne de Cécile Duflot a progressivement pris consistance jusqu’à l’annonce officielle de sa campagne parisienne la semaine dernière, en parallèle avec l’accord PS-EELV pour les présidentielles et les législatives. Elle se présentera dans la sixième circonscription de Paris (une partie des onzième et vingtième arrondissements), un fief de la gauche où Danièle Hoffman-Rispal (PS), députée depuis 2002, a remporté les législatives de 2007 avec près de 70 % des suffrages au second tour (contre l’UMP Jean-Claude Beaujour).

Chaises musicales dans le Val de Marne

Ce changement en a entraîné d’autres. Dans la circonscription de Villeneuve Saint Georges, qui était dévolue à la candidate EELV, la candidature sera proposée à un socialiste, qui pourrait être Régis Charbonnier (PS). L’actuel maire de Boissy Saint Léger (un temps exclu du parti pour s’être présenté contre la candidate officielle à la mairie de Boissy, Michèle Sabban, en 2008) a en tout cas fait acte de candidature. C’est en revanche un ou une candidate EELV qui se présentera dans la sixième circonscription du Val de Marne (qui comprend les cantons de Fontenay-sous-Bois-Est, Fontenay-sous-Bois-Ouest, Saint-Mandé, Vincennes-Est et Vincennes-Ouest) à la place de Claire Lemeunier, responsable de la section socialiste vincennoise. Cette circonscription, où se sont succédés, avec une majorité toujours confortable, députés RPR puis UMP jusqu’à l’actuel maire de Saint Mandé, Patrick Baudouin est loin d’être acquise à la gauche mais un basculement y est possible. Le score obtenu par l’UMP s’est en effet érodé ces derniers scrutins, passant de 57 % en 2002 (contre l’écologiste Pierre Serne) à 53,6 % en 2007 (contre le socialiste David Dornbusch). La gauche compte aussi sur l’appartenance de Patrick Beaudoin au courant de la Droite populaire, qui ne correspond pas aux convictions des Vincennois plus centristes (le maire de Vincennes, Laurent Lafon est Nouveau Centre) pour inverser les scores. Lors des régionales de 2010, c’est du reste le PS qui est arrivé en tête du second tour à Vincennes avec 50,3% des voix.

 

 

Objectif national : un groupe parlementaire pour EELV

Au niveau national, la carte des candidatures par parti a été négociée circonscription par circonscription entre le PS et EELV, dans le cadre d’un accord qui doit permettre aux écologistes d’obtenir jusqu’à 30 sièges en cas de victoire de la gauche, 15 (seuil minimum pour pouvoir constituer un groupe parlementaire) en cas d’échec. Contrairement au Parti communiste qui conserve un ancrage puissant dans certaines localités, Europe Ecologie Les Verts dispose d’un électorat plus diffus et n’a que très peu de fiefs, se retrouvant (à l’instar du Front National) désavantagé dans les scrutins majoritaires. Aujourd’hui, il n’y a ainsi que 4 élus écologistes à l’Assemblée nationale, ce qui ne permet pas de constituer un groupe politique. Pour EELV, ces négociations de poste étaient donc légitimes pour asseoir leur action au niveau parlementaire.

Pour le parti écologiste également, la sixième circonscription parisienne constitue un emplacement stratégique pour positionner la numéro un du parti car elle est plus facilement gagnable que la troisième du Val de Marne et elle permet de poser un pied dans la capitale (qui malgré tous les projets de Grand Paris conserve une influence politique particulière). A noter enfin, sur un plan plus personnel, que lors des cantonales de 2011 à Valenton-Villeneuve Saint Georges, le candidat EELV, Xavier Cantat, également compagnon de Cécile Duflot et frère du chanteur Bertrand Cantat, a dû affronter des réactions violentes en raison de ses liens familiaux avec l’artiste (condamné il y a quelques années pour l’homicide involontaire de l’actrice Marie Trintignant), se retrouvant à plusieurs reprises pris à partie et traité de frère d’assassin par certains de ses rivaux. A tel point qu’il n’a pas appelé à voter pour le candidat communiste, Marc Thiberville, au second tour alors que ce dernier se retrouvait face au Front National Gaby Espinar. Une ambiance plutôt glauque que le couple de militants écologistes n’a donc pas forcément envie de revivre.

Des décisions insupportables pour le terrain

Sur le terrain pourtant, l’éviction de candidats socialistes, déjà députés  (à l’instar de Danièle Hoffman-Rispal dans la sixième circonscription de Paris ou de Serge Blisko dans la dixième) ou militants motivés pour gagner des circonscriptions à la droite (comme Claire Lemeunier, jeune trentenaire responsable de la section PS de Vincennes), est aussi légitimement insupportable. «Nous progressons régulièrement à Vincennes et notre section doublé et rajeuni ses effectifs (la section PS de Vincennes compte environ 70 militants actifs). Nos militants étaient gonflés à bloc à la perspective des prochaines législatives auxquelles nous nous préparons depuis des mois car nous sommes convaincus que cette circonscription est gagnable. La décision de nous imposer encore une fois un candidat écologiste, alors que cela n’avait jamais été envisagé pour ces législatives, et cette manière de nous annoncer subitement le verdict sans concertation, sont totalement démobilisantes, analyse Claire Lemeunier. Nous avons toujours été loyaux dans les campagnes menées en commun avec EELV mais nos militants en ont marre de faire campagne pour les écologistes suite à des accords électoraux. Nous l’avons fait lors des législatives de 2002, lors des régionales et encore des dernières cantonales où bien qu’investie par le PS, j’ai dû laisser la place à Muriel Hauchemaille (EELV). C’est d’autant plus agaçant lorsque nous sommes 15 militants PS à tracter sur les marchés aux côtés de 2 militants EELV. Les écologistes sont redoutable pour négocier des accords mais beaucoup moins sur le terrain pour gagner leurs circonscriptions par eux-mêmes !», s’agace la militante. «Nous comprenons qu’il faille faire des alliances mais cela ne peut se faire sans analyse des situations sur le terrain. Ces méthodes sont en contradiction avec la volonté affichée des partis de rénover la manière de faire de la politique. Car, in fine, nous allons encore aboutir à une assemblée qui sera essentiellement composée d’hommes âgés de plus de 60 ans…»

Concilier les alliances externes et la démocratie interne ?

Voilà qui pose la quadrature du cercle. Comment négocier à la fois avec ses alliés politiques et ses militants, dont les nouvelles générations n’ont plus envie de se contenter de jouer les colleurs d’affiche et harangueurs de marché quand et là où l’on leur dit de le faire ? Face à ces enjeux de gouvernance, les partis semblent démunis d’outils de médiation interne. Et après les bras de fer, succèdent souvent la résignation suivie d’une campagne à l’enthousiasme modéré voire carrément des candidatures dissidentes – réintégrées en cas de victoire. Pour l’instant, les militants socialistes de la circonscription val de marnaise ont lancé une pétition déjà signée par 125 personnes, espérant que le bureau national d’aujourd’hui permettra de trouver une solution…

A Paris, Danièle Hoffman-Rispal a également indiqué rentrer en résistance contre le souhait de Cécile Duflot de prendre sa place, soutenue dans sa démarche par les autres socialistes parisiens dont le maire de Paris lui-même, Bertrand Delanoë, qui a largement exprimé son refus de la situation dans les médias. Quant à Serge Blisko, député de la dixième circonscription parisienne (parties des treizième et quatorzième arrondissements) qui avait renoncé à son poste de maire du treizième pour éviter le cumul des mandats, il n’entend pas non plus s’écarter sans rien dire.

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