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Campement de Roms à Ivry : le sursis et après ?

Campement de Roms à Ivry : le sursis et après ?
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Les 200 personnes Roms installées depuis un an dans un campement à Ivry sur Seine, aux bords de l’hôpital Charles Foix, pourront y rester encore quelques temps. Propriétaire des terrains, l’AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) a été déboutée hier de sa demande d’expulsion par le juge des référés du Tribunal administratif de Melun. Alors que l’AP-HP arguait de l’insalubrité des lieux pour motiver le caractère d’urgence de leur expulsion, le juge a considéré que cela n’était pas le cas en raison du soutien de la ville et des associations permettant d’améliorer les conditions d’hygiène du site. Il reste à juger l’affaire sur le fond mais cela renvoie la décision à dans plusieurs mois. Un sursis qui ne dispense pas de rechercher des solutions sur le long terme.

«Ce que nous souhaitons, c’est prendre le temps d’évacuer progressivement le campement, et nous sommes sur ce point en phase avec le préfet du Val de Marne, indiquait hier Pierre Gosnat, maire d’Ivry sur Seine, avant le rendu de la décision. «L’objectif est à la fois de proposer d’autres endroits pour reloger des familles ainsi que des incitations pour retourner en Roumanie, et d’éviter de nouvelles installations dans le campement en fermant au fur et à mesure les baraquements laissés libres. Car, même si nous apportons notre soutien (eau, chauffage, gestion des déchets, scolarisation des enfants) aux familles et que la cohabitation se passe plutôt bien avec le voisinage, les conditions de vie dans ce campement restent moyenâgeuses et l’on ne peut s’en satisfaire», pointe l’élu, précisant qu’Ivry accueille au total 400 Roms, d’autres familles étant réparties ailleurs dans la ville.

Pour Roland Tchouaga, bénévole de l’association RACED (Réseau Action Culture Education et Droit), les différentes structures ont tendance à se renvoyer la balle : « La mairie d’Ivry sur Seine nous a donné 800 euros pour acheter de l’essence en cette période de grand froid mais, que ce soit le département ou la région, ils n’ont pas encore trouvé de solution quant à l’intégration des Roms. Les enfants sont scolarisés mais les adultes n’ont pas la possibilité de travailler. Aujourd’hui, nous souhaiterions qu’il y ait une conjonction des compétences pour trouver un projet commun afin de les insérer dans la société. Quant à l’insalubrité que l’AP-HP souligne dans son argumentaire, je ne veux pas enjoliver la situation, mais l’intérieur des cabanes est très propre, je dors moi-même dans l’une d’elles pour surveiller qu’il n’y ait pas de descente de police injustifiée.« 

Sur le terrain vague plus grand qu’un stade de foot, une cinquantaine de baraquements ont été installés depuis un an et accueillent parents, enfants et nourrissons. Un monde à part. A l’entrée : deux jeunes adolescentes Alice et Daiana collégiennes de 14 ans, le teint blanc et les yeux bleus légèrement maquillés, tentent d’expliquer leur situation malgré un vocabulaire rudimentaire. « Nous, on veut rester ici. On ne veut pas retourner en Roumanie. Pour nous, ici c’est parfait, il ne fait pas froid. Le racisme, c’est dur mais ce n’est pas grave. On veut rester ici« , explique Alice. Un large sourire aux lèvres Paul, 11 ans, joue, à la fois guide et traducteur, fier de montrer les maisons une à une. Un peu plus loin, dans l’une des baraques, se trouve Maria, 20 ans, et ses jumelles de 2 ans. Une odeur d’essence imprègne la pièce qui lui sert de logement. « Je ne peux pas allumer le chauffage parce qu’il n’y a pas d’argent pour acheter de l’essence« , traduit Paul. A côté encore, vit Pago, 23ans. Allure fière et démarche de vainqueur, le jeune homme explique qu’il est là depuis un an. « Je veux travailler mais il n’y a pas de travail. Je peux travailler dans tout mais je n’ai pas la carte de séjour » Pago tente d’expliquer qu’il ne sait pas lire mais qu’il apprend vite.

Pour les riverains, le camp de Roms fait désormais partie du paysage. Redouane, jeune habitant du quartier, passe souvent près de leur campement. «Sincèrement, ils ne me dérangent absolument pas. C’est une mauvaise image qui leur colle à la peau, mais ils sont plutôt gentils. Parfois, avec des amis, on discute avec eux. Je ne comprends pas pourquoi on veut les expulser. Tant qu’ils ne font de mal à personne…« . Un constat pas toujours aussi positif. « J’ai beaucoup de peine pour eux. Je n’aime pas voir ces gosses dans la misère. Mais j’avoue que j’ai un peu peur d’eux. Je me souviens qu’une fois, à l’arrêt de bus, l’une d’elles a agressé une vieille dame pour lui prendre son téléphone portable. La pauvre ne pouvait même pas se relever, la Rom lui a redonné un coup immédiatement. Et cela s’est passé en pleine journée. Alors oui, ils ne me dérangent pas vraiment, mais je ne suis pas très à l’aise», confie pour sa part Fatimaa, la cinquantaine.

Alors qu’il y a 10 à 12 millions de Roms en Europe (environ 400 000 en France) et que l’Union européenne a adopté en juin 2011 un plan d’intégration de cette population en demandant à chaque pays membre de présenter leur stratégie en la matière fin 2011, les solutions peinent à se concrétiser sur le terrain. Pour sa part, la France, qui ne souhaite pas faire de discrimination ethnique, traite ce sujet à la fois sur le plan de l’immigration et des gens du voyage (même s’il ne s’agit pas des mêmes populations).

(Voir aussi sur ce même sujet le reportage de Témoignage Chrétien)

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