Environnement | Alfortville | 03/02/2012
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Débat public animé autour du projet de dispositif anti-crue de la Seine

Débat public animé autour du projet de dispositif anti-crue de la Seine
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Près de 120 personnes sont venues participer hier soir à la réunion d’échange organisée à Alfortville par la Commission nationale du débat public (CNDP)* à propos du projet d’aménagement anticrue de La Bassée, juste avant la confluence Seine-Yonne, au niveau de Montereau-Fault-Yonne. Porté par l’EPTB Seine Grands Lacs (l’établissement public interdépartemental en charge de maîtriser l’étiage et le débit de la Seine et ses affluents), ce nouveau dispositif anti-crue consisterait, plutôt qu’à créer un lac-réservoir comme il en existe déjà quatre**, à inonder en cas de nécessité une partie des plaines alentours.

L’objectif est double : limiter la montée des eaux en cas de crue et reconstituer les zones humides qui caractérisent la plaine de La Bassée mais qui ont été asséchées progressivement suite aux pratiques agricoles intensives, la création de barrages et canaux, l’industrialisation et encore l’exploitation de carrières.
Concrètement, cette inondation artificielle sera effectuée par un système de pompage qui amènera l’eau de la Seine dans des secteurs délimités par des digues.

Dix secteurs, appelés des casiers, sont prévus. Outre les périodes de crue, une partie des casiers sera inondée chaque année. La capacité d’absorption du dispositif est de 56 millions de m3 d’eau.

 

 

L’ouvrage a été évalué à près d’un demi-milliard d’euros et doit permettre d’économiser 30% des dommages en cas de forte crue. «Une crue comme celle de 1910 provoquerait des dommages à hauteur de 6 milliards d’euros, a indiqué Pascal Popelin, président de l’EPTB Seine Grands Lacs et par ailleurs vice-président PS du Conseil général de Seine Saint Denis. Economiser 30 % de 6 milliards rentabilisera en une seule fois l’investissement !»

Selon une note de juillet 2011 de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile de France, 35 % des habitations de la proche couronne sont en zone inondable – près de 40 % dans le Val de Marne. Outre les dégâts dans les logements, une forte inondation impacterait aussi le fonctionnement des services (transports publics, gaz, électricité…).

Les coûts de fonctionnement, eux, sont estimés à 4,5 millions d’euros par an. En termes de calendrier, le projet qui n’en est qu’au stade du débat public, doit ensuite être finalisé, financé et validé par une enquête publique. Les travaux pourraient alors commencer en 2015-2016 et devraient durer cinq ans.

Initié par l’EPTB Seine Grands Lacs, le projet Crue Seine Bassée fait l’objet d’un débat public depuis novembre, qui s’achèvera mi-février. Une quinzaine de réunions de présentation et d’échanges autour du dispositif ont été organisées dans ce cadre, dans tous les départements concernés (Seine et Marne, Essonne, Seine Saint Denis, Hauts de Seine, Paris). Dans le Val de Marne, la réunion s’est tenue à Alfortville, un lieu emblématique car il s’agit de la commune du département la plus exposée aux risques d’inondation.

Dans la salle, les 120 participants étaient essentiellement Alfortvillais. Pendant trois heures, questions et remarques se sont succédées sans relâche, de la part de citoyens en quête d’explications techniques, économiques ou écologiques.

Qui va payer ?

Parmi les principales préoccupations : le coût, jugé assez onéreux, du dispositif, et son financement. Plusieurs personnes se sont ainsi demandées s’il était nécessaire de dépenser près de 500 millions d’euros pour gagner 30 cm en cas de crue, tandis que d’autres, convaincues par le projet, à l’instar du maire socialiste d’Alfortville, René Rouquet -qui a rappelé que s’il n’y avait pas eu les grands lacs réservoir, les inondations de 1982 et 2001 auraient été une catastrophe- s’inquiétaient davantage se sa concrétisation. Au-delà du coût d’investissement, les frais de fonctionnement d’un demi-million d’euros par an ont aussi fait tiquer un participant tandis qu’un autre a suggéré que les assurances versent un peu au pot puisqu’elles auront moins de dommages à couvrir grâce à cet aménagement préventif.

Ce souci du coût exprimé par les Val de Marnais avait déjà été évoqué dans les débats précédents et dans les cahiers d’acteurs (contributions écrites proposées par des collectivités locales ou organismes). Les communes et départements se sont notamment inquiétées du montant de leur participation, rappelant toutes les dépenses qui les contraignent déjà.

Sur ce point, Pascal Popelin a argumenté à plusieurs reprises que cet investissement resterait peu coûteux au regard des très importants dégâts qu’il peut éviter. «30 cm ce n’est pas rien. Dans une crue, les dommages augmentent de manière exponentielle. En-dessous de 6 mètres, il n’y a pas de problème, il suffit de fermer les voies sur berge, jusqu’à 7 mètres, c’est acceptable, au-delà de 8 mètres, c’est la catastrophe !», a-t-il insisté.

Le même a en revanche convenu qu’il devait être possible de diminuer les coûts de fonctionnement en revoyant le système de pompage, un certain nombre de contributions ayant du reste été apportées à cet effet dans des réunions précédentes.

Concernant la participation des assurances, Roland Nussbaum, directeur de la Mission des sociétés d’assurance pour la connaissance et prévention des risques naturels (NRM) a indiqué que le législateur avait déjà mis à contribution les assurances via une taxe sur les primes Catastrophes Naturelles pour financer le fonds de prévention des risques majeurs (Fonds Barnier) et que la question ne se posait donc pas : «Chacun son métier», a-t-il conclu.

Concernant le montage financier, Pascal Popelin a suggéré qu’il pourrait être semblable à celui de l’étude préalable du projet (qui a coûté 17 millions €), à savoir 40 % du Conseil régional d’Ile de France, 40 % de l’Etat, diverses agences et l’Europe, et 20% des conseils généraux.

Impact sur l’environnement

L’autre préoccupation majeure, également largement évoquée dans les réunions précédentes et dans les cahiers d’acteurs, concerne la dimension écologique du projet. Les inondations ‘écologiques’suffiront-elles à reconstituer des zones humides alors que seuls quelques casiers sur dix seront concernés chaque année ? Les digues de plusieurs mètres ne vont-elles pas perturber le paysage ? Ce projet ne va-t-il pas constituer un prétexte aux élus des communes concernées pour alléger le plan de prévention des risques d’innondation (PPRI) et densifier leur ville de plus belle (c’est ce que réclament en effet certains élus dans les cahiers d’acteurs) ? Quel sera l’impact sur l’écosystème actuel de plaine Bassée, qui fait partie d’une réserve naturelle Natura 2000 ? D’accord pour s’occuper des crues mais il ne faut pas négliger l’étiage (baisse du niveau de l’eau). «Tout cela n’est-il pas tout simplement de la peinture verte sur des pompes ?», s’est même interrogée une participante.

Inquiétudes à propos de la mise en grand gabarit de la Seine

Surtout, plusieurs personnes ont mis en parallèle ce projet avec celui de la mise en grand gabarit de la Seine entre Nogent sur Seine et Bray sur Seine, qui fait aussi l’objet d’un débat public. «Il ne faudrait pas que ce projet serve simplement de compensation pour la mise en grand gabarit de ce nouveau tronçon de Seine !», a plaidé Jospeh, Rossignol, maire de Limeil Brévannes, au nom du Conseil général du Val de Marne. «Les deux projets sont indépendants et doivent être hydrologiquement neutres l’un par rapport à l’autre», a voulu rassurer Pascal Popelin. «Bien sûr que le projet ne permettra pas de reconstituer complètement les zones humides d’origine, mais il y contribuera», a ajouté Amélie Astruc, chef de projet de cet aménagement.

Pour finir, Jacques Perreux, conseiller général et régional écologiste, représentant le Val de Marne au sein de l’EPTB Seine grand lacs, a souhaité, tout en reconnaissant l’intérêt du projet, le replacer dans un conteste plus global de prévention. «Cela ne nous dispense pas de vérifier le bon état de l’ensemble de nos installations. Par exemple, la réparation de la vanne secteur de Joinville coûterait 2,5 millions d’euros et permettrait de baisser la ligne d’eau de la Marne de 60 cm en cas de crue. Il ne faut pas non plus négliger d’autres mesures comme l’encouragement de la rétention d’eau à la parcelle!»

* La CNDP, commission nationale pour le débat public, a pour objet d’organiser le débat public sur des grands sujets (nouveaux équipements, projets urbains…), en organisant des réunions de présentation et d’échange auprès des citoyens ainsi qu’en animant le débat sur Internet. Toutes les contributions du public et les explications des porteurs de projets sont disponibles au public et chaque réunion fait l’objet d’un compte-rendu. Une synthèse générale est organisée à l’issue du débat. Il ne faut pas confondre le débat public et l’enquête publique. Le débat est préalable à la décision effective de réaliser le projet, l’enquête publique a lieu ensuite et constitue la dernière étape de concertation.
Pour en savoir plus, voir le site Internet de la CNDP.

** Le lac réservoir Marne près de Saint Dizier (capacité de 350 millions de M3), le lac réservoir Seine, également appelé lac de la Forêt d’Orient (205 millions de M3) et le lac réservoir Aube (170 millions de M3) près de Troyes et le lac réservoir Pannecière (80 millions de M3) dans le Morvan.

Liens utiles

Site de l’Etablissement public Seine Grands lacs
Compte-rendu du débat public

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