Entreprises | Val-de-Marne | 26/04/2012
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Interdiction progressive du « perchlo » : les pressings font leurs comptes

Interdiction progressive du « perchlo » : les pressings font leurs comptes

Le perchloroéthylène, puissant solvant utilisé dans 90% des boutiques de nettoyage à sec, devrait être progressivement interdit en raison de sa toxicité pour les employés comme pour les riverains des pressings. C’est ce que prévoit un projet d’arrêté présenté le 19 avril par les ministères de l’Ecologie et de la Santé.  Un enjeu qui concerne 134 pressings dans le Val de Marne.

Pour précision, le perchloroéthylène, utilisé comme solvant pour le nettoyage à sec,  a été classé comme cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Il est également considéré comme neurotoxique, hépatotoxique et néphrotoxique. C’est dans ce contexte que, aiguillonnés par des associations comme le Réseau Environnement Santé (RES), Générations futures et l’Association des Victimes des Émanations de Perchloroéthylène des Pressings (ADVEPP), et après discussion avec la Fédération française des pressings et blanchisseries (FFPB), les ministères de l’Ecologie et de la Santé ont annoncé l’interdiction progressive de cette substance.

Une interdiction progressive

Concrètement, le perchloroéthylène devrait être interdit, dès la publication de cet arrêté ministériel, dans les installations nouvelles et dans celles qui induisent une contamination des riverains supérieure à 1250 microgrammes par mètre cube (1250 µg/m3). Les installations de plus de 15 ans devront s’arrêter au 1er janvier 2014, celles dîtes non NF au 1er janvier 2018 avant que l’interdiction d’utiliser cette substance ne soit généralisée au 1er janvier 2022.

Des aides financières pour changer d’installation

Dans le Val de Marne, environ 134 pressings sont concernés, à plus ou moins long terme, hormis les quelques uns qui ont déjà opté pour des solutions alternatives (mais le perchloroéthylène reste actuellement utilisé par 90 % des 5600 pressings de France). L’heure est donc aux comptes. « Le chiffre d’affaires moyen d’un pressing en région parisienne est de 115 000 euros par an et est plutôt en baisse en raison de la morosité économique et des changements d’habitude de consommation (habillement plus informel, textiles indéfroissables et machines à laver plus performantes). Or, le coût d’une nouvelle installation est d’environ 35 000 euros, explique Pierre Letourneur, patron de plusieurs pressings en France dont une franchise Cinq à sec à Créteil Soleil, et président de la FFPB. Actuellement, les pressings de la région bénéficient d’une aide partielle de l’agence de l’eau Seine Normandie, mais celle-ci doit s’arrêter fin 2012. Nous demandons donc sa prolongation et sa généralisation aux autres régions afin de rendre possible cette transition. »

Que choisir ?

Depuis l’annonce du projet d’interdiction, les appels se multiplient auprès de la Fédération. Les inquiétudes sont de plusieurs ordres. Certains s’inquiètent pour leurs finances, d’autres s’interrogent sur le choix du solvant pour remplacer le « perchlo ». « Il n’y a plus de solvant universel, chaque nouveau solvant a des avantages et inconvénients et est plus ou moins bien adapté à chaque type de pressing. Une bonne partie des nouveaux solvants sont même inflammables. Il y a bien le dispositif d’aquanettoyage à l’eau mais il ne traite que 70% des taches et froisse beaucoup plus.  Avant de réinvestir, il faut aussi être sûr que les nouveaux solvants ne vont pas eux aussi être déclarés nocifs dans quelques temps. Nous avons pour cela demandé à l’Etat de se positionner et attendons ses préconisations d’ici fin 2012 suite à une étude commanditée à l’ANSES », reprend Pierre Letourneur. Si les gérants de pressing s’inquiètent peu pour leur santé, et que les salariés disposent d’un suivi médical renforcé, les riverains de pressing commencent eux aussi à se manifester, inquiets des conséquences de cette activité pour leur environnement.

Pour aider les pressings à faire évoluer leur installation,  la Chambre de métiers du Val de Marne propose ses services dans le cadre de l’opération nationale de pré-diagnostics dans les pressings financée par l’ADEME. (Téléphone de la Chambre des métiers du Val de Marne : 01 49 76 50 01)

Sur le terrain, cette nouvelle est diversement accueillie. « Je suis tout a fait d’accord avec cette interdiction. Nous n’utilisons pas ce solvant dans notre pressing. Nous n’allons pas mettre notre santé en danger sachant que nous sommes les premiers concernés! » explique la responsable d’un pressing indépendant de Nogent sur Marne. Un autre indépendant de la même ville continue, lui, de recourir au perchloroéthylène, mais il s’est vu délivrer un certificat de mise aux normes en janvier et ne s’inquiète donc pas non plus de cet arrêté à venir.

5 à Sec rassure ses employés

Ailleurs, dans un pressing val de marnais de la chaîne 5 à sec, une employée se déclare parfaitement rassurée  suite à la diffusion d’une note interne par  sa direction qui remet en question la classification du perchloroéthylène comme cancérogène probable par le Circ, mettant la campagne sur cette question sur le dos d’associations écologistes  en arguant qu’aucune étude épidémiologique n’a jusqu’à présent mis en évidence de lien entre son utilisation et l’apparition de pathologie grave. La communication fonctionne apparemment bien auprès de l’employée.  » Je travaille ici depuis 1999 et il ne m’est jamais rien arrivé. La direction nous a expliqué la situation en nous faisant parvenir une note. Je leur fais totalement confiance! »

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