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| Nogent-Sur-Marne | 21/03/2012
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Le défi culturel du Grand Paris : lieux ou liens?

Le défi culturel du Grand Paris : lieux ou liens?
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«Près de 140 métropoles chinoises rejoindront le peloton des 600 plus grandes villes du monde d’ici 2015 tandis qu’en sortiront une centaine de villes d’Europe», c’est par ces prévisions que Daniel Janicot, auteur du rapport sur la dimension culturelle du Grand Paris transmis au Président de la République au mois de janvier, a commencé son intervention lors de la table-ronde organisée à Nogent sur Marne lundi 19 mars à propos des lieux et des liens culturels au sein de l’agglomération, replaçant l’enjeu dans une perspective internationale.

Qu’on se rassure : l’agglomération parisienne reste la plus grande ville culturelle, en nombre d’équipements comme de manifestations (4000 projets culturels recensés), mais la concurrence s’organise, avec à nos portes le dynamique Grand Londres qui nous a soufflé les JO de 2012. En dehors du périphérique, Daniel Janicot distingue une dynamique à plusieurs vitesses, entre des Hauts de Seine qui continuent de s’équiper (avec notamment l’Ile Seguin et la vallée de la culture), la Seine Saint Denis qui se développe très vite et le Val de Marne un peu moins offensif bien que loin d’être dépourvu. Surtout, il signale le très bon équipement de la proche banlieue et celui, nettement plus faible, de la seconde couronne. « Le problème qui reste entier, pose Déborah Münzer, animatrice de la table-ronde et maire adjointe à la culture de Nogent sur Marne : est de faire sortir les parisiens de la capitale. Il y a une sorte de parisianisme bon teint qui tend à considérer que tout ce qui se tient au-delà du périphérique a forcément moins d’intérêt.« 

Créer des liens plus que des lieux

Pour l’architecte Philippe Rahm, il faut pour cela faire preuve de davantage d’inventivité en matière d’urbanisme et d’architecture, et faire venir du sang neuf. «C’est dommage et un peu provincial de faire appel à des architectes qui ont été visionnaires dans un contexte passé. Il faut chercher les personnes qui sont visionnaires aujourd’hui, et mieux connecter l’urbanisme avec le monde politique, intellectuel et culturel», plaide-t-il. «Un geste architectural ne suffit pas. Il faut travailler sur des quartiers complets, et c’est justement la force de Londres. On construit une galerie d’art, mais aussi un cinéma, des restaurants, des bureaux… afin de créer une dynamique d’agglomération», reprend Daniel Janicot. «La culture ne vient pas des bâtiments mais des couleurs, des odeurs, de l’animation», approuve l’un des animateurs du réseau de centres d’art contemporain Tram, citant le Saint Germain des Prés des années soixante incarné par sa jeunesse en quête de jazz et fête et non par des lieux de culture pensés exprès.


«Tout projet doit s’ancrer dans son territoire», rappelle aussi Philippe Laurent, maire de Sceaux et président de la FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture). Pour Daniel Janicot: l’encouragement du dynamisme culturel ne viendra pas de nouveaux «éléphants blancs», ces grands équipements ambitieux déjà assez nombreux, mais plutôt d’un meilleur rayonnement de l’existant, en travaillant sur les maillages et la diffusion de la culture. «Il faudrait par exemple mieux articuler les grands équipements de la première couronne avec les MJC. On compte près de 250 MJC en Ile de France et si certaines sont très dynamiques, beaucoup sont aussi en déshérence», cite-t-il. Autre élément indispensable : la facilitation des déplacements, encore trop souvent fastidieux dès qu’il s’agit de sortir de Paris, ou, encore pire, d’aller de banlieue en banlieue. «Deux piliers sont nécessaires pour stimuler les échanges, insiste Daniel Janicot : la mobilité (pas plus de 40 minutes de trajet) et la sécurité.»

Le Mac/Val : une pépite trop isolée

L’anti-exemple est celui du Mac/Val : superbe musée d’art contemporain né d’une ambitieuse politique d’acquisition d’œuvres contemporaines du Conseil général du Val de Marne menée depuis 30 ans. Problème du Mac/Val : bien que situé à 8 km de la Porte de Choisy, les intra-muros peinent à s’y rendre. Explications : des transports peu pratiques pour s’y rendre (obligation de prendre le bus en plus du métro ou du RER) et un environnement exactement contraire au mix préconisé pour ancrer la culture dans des lieux de vie à part entière : pas de restaurants ou brasseries à proximité non plus que de cinémas ou autre attraction un peu avenante. Le projet actuel de développement d’un boulevard des arts le long de la RD5, qui relierait la capitale au sud de l’agglomération devrait justement contribuer à désenclaver le site.

S’appuyer sur la diversité

«Nous devons aussi nous appuyer sur la diversité de nos talents. Il y a 97 nationalités dans la région, ne les cachons pas. A Londres, le slogan est Visitez Londres, voyez le monde», propose également Daniel Janicot. C’est dans cette dynamique d’ouverture, et aussi afin d’attirer des investissements étrangers, que le haut fonctionnaire préconise d’inciter les pays en forte croissance (ces fameux BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à ouvrir un centre culturel à Paris. «La Chine pourrait par exemple racheter le site de Chinagora (ndlr : pastiche d’architecture chinoise vieillissant situé à la confluence de la Seine et de la Marne, au niveau d’Ivry sur Seine) pour en faire un véritable site culturel chinois

Quel  est le visage de la métropole Grand Paris ?

Photographe ayant sillonné la métropole en RER pour prendre des clichés aux abords des stations, Alain Bublex témoigne de son agréable surprise quant au dynamisme des faubourgs. «Je m’attendais à une atmosphère léthargique, j’ai vu au contraire des chantiers d’amélioration toutes les trois ou quatre stations, et ai trouvé une banlieue au visage assez souriant, et étonnamment verte. J’ai constaté également une paradoxale homogénéité, car les quartiers sont certes issus de collages mais ce-sont les mêmes partout.» Pour le photographe le défi de tous ces quartiers extra-muros reste de ne plus se définir par rapport au centre mais à exister en tant que tel en développant des relations avec tous les autres quartiers.

Voir aussi : le rapport de Daniel Janicot sur les enjeux culturels du Grand Paris

Et le sondage CSA sur la perception de cette question par les Franciliens

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