Environnement | Orly | 23/10/2012
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Le devenir de l’aéroport d’Orly divise violemment les élus val de marnais

Le devenir de l’aéroport d’Orly divise violemment les élus val de marnais
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Si les élus du Val de Marne sont à l’unisson concernant la nécessité de lutter contre les nuisances sonores de l’aéroport d’Orly, son devenir à moyen-long terme divise profondément. En témoignent les échanges passionnés autour de deux vœux déposés sur cette question, l’un par le Front de gauche, l’autre par le MRC et le PS, lors de la séance du Conseil général de ce 22 octobre.

Depuis quelques années déjà, le devenir d’Orly divise les élus. Quelques uns souhaitent envisager une délocalisation partielle ou totale de ses pistes en raison de leur trop grande proximité avec des zones peuplées denses tandis que les autres défendent ce moteur économique, bassin d’emploi essentiel du Grand Paris Est.

Nouvelle querelle : la rénovation de l’aéroport

Ces derniers jours, ce qui a mis le feu aux poudres est l’annonce par la société Aéroports de Paris (ADP) d’une rénovation de l’aéroport, actuellement un peu étriqué dans ses bâtiments des années 1960 et ne répondant pas aux standards attendus d’un aéroport international en 2012. Un projet d’un peu plus de 400 millions d’euros qui verra la création d’un bâtiment de jonction entre les deux aérogares d’Orly Sud et Ouest, ainsi que d’une nouvelle salle d’embarquement international. (Voir article détaillé à ce sujet avec les images du projet).

 

 

Un voeu se félicite du projet

Pour un certain nombre d’élus locaux, à commencer par les maires d’Orly et Chevilly Larue, cette rénovation qui a pour objectif de mieux remplir les avions et de faire dépenser davantage aux voyageurs en transit constitue une bonne nouvelle pour le développement économique et l’emploi dans le secteur. Il s’agit aussi pour eux d’un projet cohérent avec l’aboutissement de plusieurs réseaux de transports publics du territoire comme le prolongement de la ligne 14 jusqu’à l’aéroport, mais aussi le tram-train Sucy-Orly, le tramway RD5-aéroport d’Orly et la future gare TGV. C’est dans ce sens, que les élus Front de Gauche ont déposé un vœu «se félicitant qu’ADP enclenche enfin un tel programme d’investissement» et se réjouissant de son effet levier sur le territoire, tout en rappelant la nécessité de respecter la charte de développement durable du Pôle d’Orly (signée début 2011 par des collectivités, associations, syndicats, entreprises situées autour de l’aéroport, en Essonne et Val de Marne) et en demandant «une pérennisation et un renforcement du dispositif d’aide à l’insonorisation.»

Un voeu s’en méfie

Pour d’autres élus, ce projet de modernisation qui confirme l’aéroport dans son site actuel risque d’en accroître encore l’activité avec les nuisances sonores et la pollution qui en découlent. Ils craignent en particulier que le nombre de mouvements des avions, qui dépasse actuellement les 230 000 par an alors que leur quota est en principe limité à 200 000 en vertu de l’arrêté du 6 octobre 1994, n’augmente encore, et que les avions gros porteurs comme l’A380 ne viennent s’y poser. C’est le cas notamment des élus de Villeneuve le Roi, commune directement impactée par les désagréments de l’activité aéroportuaire, mais aussi de Saint Maur des Fossés ou Villiers sur Marne. Ainsi Daniel Guérin, conseiller général MRC de Villeneuve le Roi a-t-il déposé un autre vœu, au nom du groupe socialiste et républicain, rappelant que les travaux de modernisation d’Orly ne sauraient induire une augmentation du trafic aérien et demandant notamment le lancement sans délai d’une étude d’impact sur l’étendue du couvre-feu de 23h à 6h30 au lieu actuellement de 23h30 à 6h.

Pas de consensus

En séance, la discussion autour de ces vœux a donné lieu à une ambiance particulièrement houleuse, sur fond de manifestation avec des militants brandissant une banderole-slogan «Non aux gros porteurs» dans la partie publique de la salle du Conseil. «ADP a prévenu la presse avant même les élus concernés, et alors que nous avions organisé une manifestation gentille le jour de la conférence de presse, et que le directeur même de l’aéroport est descendu nous convier à la conférence pour que nous bénéficions de la présentation du projet, nous avons été refoulés à l’entrée de la pièce ! Seuls les élus des communes qui gagnent de l’argent avec l’aéroport ont été informés», s’agace Pierre-Jean Gravelle, conseiller général UMP de Villecresnes. «De toute façon, il n’y a plus le quorum dans cette assemblée !», coupe Sylvain Berrios, conseiller général UMP de Saint-Maur des Fossés. «Cet argument est un artifice !», s’indigne Daniel Guérin. «Ne fichons pas tout en l’air, il n’y pas que les élections municipales !», tonne Christian Hervy, conseiller général-maire Front de Gauche de Chevilly Larue. Le président, Christian Favier, doit intervenir pour calmer le jeu et inviter à poursuivre. «Gardons raison, il faut aussi comprendre ceux qui travaillent et ne pas négliger l’intérêt général», tempère Bruno Tran qui indique qu’il votera les deux vœux, conditionnant sa voix à une demande de présentation en bonne et due forme du projet de rénovation aux élus. Joseph Rossignol, conseiller général-maire Parti de Gauche de Limeil Brévannes, insiste sur la nécessité de concilier l’activité économique et la limitation des mouvements, précisant qu’à titre personnel, il souhaite un allongement du couvre-feu. Dans cette assemblée échauffée, le vœu déposé par le Front de gauche est finalement voté par le Front de gauche, le PS et une partie de l’UMP et du centre. Les écologistes sont déjà partis et le MRC Daniel Guérin décide de ne pas prendre part au vote, tout comme Jean-Daniel Amsler, conseiller général UMP de Sucy en Brie. Sylvain Berrios et Pierre-Jean Gravelle se prononcent contre. Du coup, les élus Front de gauche ne prennent pas part au vote lorsque vient le tour du vœu déposé par Daniel Guérin, tandis qu’une partie de l’UMP et du centre votent pour…

Les discussions concernant ce dossier stratégique tant au niveau économique qu’environnemental ne sont pas terminées alors que s’apprête à être publié le rapport du préfet Viaud qui conclut les travaux de la commission sur l’avenir de l’aéroport d’Orly lancée en 2011 par Nathalie Kosciusko-Morizet.

Voir les précédents articles sur l’aéroport d’Orly.

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