Société | Ivry-sur-Seine | 20/06/2014
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Ivry, une délégation du bidonville de Roms suspend le Conseil municipal

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Ivry sur seine-Roms5Happening au Conseil municipal d'Ivry-sur-Seine de ce jeudi 19 juin, qui devait notamment discuter de la réforme des rythmes scolaires et des logements sociaux. Une centaine de personnes ont investi la salle du Conseil, comprenant à la fois des Roms venus du bidonville de la rue Truillot qui compte quelques 300 personnes et est sous le coup d'une expulsion imminente, et accompagnés d'associations et de leur avocat, et des parents d'élèves mécontents de la mise en oeuvre des nouveaux rythmes scolaires.

Après que le maire ait laissé la parole à la délégation du bidonville Truillot, en provoquant une suspension de séance, une partie d’entre elles ont continué à s’exprimer alors que la séance du Conseil allait reprendre et l’édile a donc mis fin à la séance qui devrait être reprogrammée d’ici peu. « L’inquiétude des familles est partagée par la municipalité qui agit depuis maintenant plus de 3 ans (…) Les conditions d’existence de ces familles sont intolérables et indignes d’une société comme la nôtre, réagit le maire PCF d’Ivry, Pierre Gosnat, dans un communiqué, rappelant ensuite les actions déjà engagées par la ville et en appelant aussi à l’Etat pour assumer ses responsabilités en matière d’accompagnement social. Grâce à notre détermination, un travail partenarial s’est engagé. L’Etat, le Conseil
général et la Ville ont missionné un organisme ALJ 93 pour mettre en oeuvre un processus qui vise à la résorption du bidonville par l’accompagnement social des familles identifiées comme pouvant s’installer dans de bonnes conditions sur le territoire national. La municipalité d’Ivry a pris l’engagement d’accompagner une partie de ces familles jusqu’au bout de leur insertion sur la ville. Nous avons travaillé à des propositions concrètes que nous mettrons en oeuvre dans les plus brefs délais. Certes, ce n’est pas suffisant. Aussi, vue l’urgence d’une situation d’extrême précarité en pleine dégradation, étant données les expulsions sur d’autres territoires et qui ne règlent rien, nous exigeons que l’Etat assume ses responsabilités en matière d’accompagnement social et d’hébergement des autres familles afin de pouvoir procéder à la résorption du bidonville », poursuit ainsi l’élu. Dans ce contexte, je condamne l’instrumentalisation indigne de la misère des familles avec lesquelles nous menons un travail quotidien pour leur bonne insertion. Ces actes sont en décalage avec notre volonté politique qui consiste à agir sur la base des principes et valeurs de solidarité qui sont les nôtres. »

« Il est urgent de se mettre autour d’une table avec les autres communes et la préfecture pour trouver une solution par le haut et éviter la politique de l’autruche en en renvoyant ces familles investir un terrain un peu plus loin« , commente Chantal Duchêne, membre d’EELV Ivry. Conseillère d’opposition PS, Sandrine Bernard indique pour sa part qu’elle soutiendra la municipalité si elle s’engage dans un dispositif de soutien suite au diagnostic social, en étudiant éventuellement une prise en charge partielle au niveau régional. « Mais ce projet doit être adapté et mesuré, et ne peut concerner les 300 personnes. Les personnes qui seront expulsées devront en revanche faire l’objet d’une proposition d’hébergement par la préfecture, à des conditions acceptables. » Pour Régis Leclercq, conseiller d’opposition UMP, la ville porte la responsabilité d’avoir laissé grossir le bidonville « en créant des friches ». Tout en préconisant des « solutions humaines », l’élu insiste sur la nécessité de réagir, en raison des conditions sanitaires sur place et en tenant compte du voisinage, mais ne s’oppose pas à des solutions de relogement partiel à Ivry. « En revanche, il faut faire attention à ne pas créer de distorsion vis-à-vis des habitants d’Ivry qui attendent un logement social depuis des années. Peut-être faudrait-il chercher à s’appuyer sur des financements européens dédiés à l’intégration de ces populations. »

Le Front National exige pour sa part une expulsion imminente. « Nous demandons, à l’échelle locale (Ivry et Vitry), le démantèlement immédiat et sans condition de ces campements insalubres et sources de nombreuses nuisances pour les riverains. A l’échelle nationale, le problème doit être réglé par la remise en cause des accords européens de Schengen, qui nous imposent l’ouverture totale des frontières à ces populations dont nous n’avons pas à assumer la charge« , commente le parti  dans un communiqué.

 

 

De son côté, le Collectif de soutien aux familles roms d’Ivry a lancé une pétition sur Internet, qui consiste en une lettre au Premier ministre, Manuel Valls, lui demandant de renoncer à cette expulsion. « Trois années de stabilité relative marquées par la lutte des familles et de leurs soutiens ont permis d’élaborer, avec la municipalité et le Conseil Général, des perspectives pour 29 d’entre elles. Mais il reste une centaine de familles dans le bidonville pour lesquelles aucune action sociale n’est envisagée. Laisser ces personnes sans solution d’habitat digne est contraire aux valeurs d’égalité et de dignité humaine de la République française. C’est aussi contraire à la loi qui fait de la résorption de l’habitat insalubre une obligation de l’Etat. Pourtant celui-ci oppose un silence inquiétant aux appels qui lui sont lancés et ne semble pas prêt à rechercher une solution décente pour tous les habitants. L’expulsion reste-t-elle la seule réponse de notre société ? (…) Nous devons nous battre ensemble et exiger de l’État et des institutions européennes les moyens nécessaires pour la mener à bien. Une expulsion ne fait que repousser une question qui doit être traitée en urgence, ici et maintenant », défend la missive qui rappelle que 80 enfants du bidonville sont actuellement scolarisés.

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