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Histoire | Créteil | 13/11/2014
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Résistants et déportés témoignent auprès des élèves

Résistants et déportés témoignent auprès des élèves
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concours-resistance-rencontre-lycéenGaston Viens, résistant et ancien maire d’Orly, Maurice Cling, rescapé d’Auschwitz,  Geneviève Guilbaud qui, enfant, s’est occupée des déportés rapatriés au Lutétia au retour des camps, ces grands témoins de la seconde guerre mondiale ont échangé avec une centaine de collégiens et de lycéens du département à l’occasion du lancement du Concours national de la résistance et de la déportation qui propose aux élèves de rendre compte de cette page d’histoire.

Comment expliquer, à des jeunes nés au début des années 2000, les atrocités qui ont frappé l’Europe il y a 70 ans ? L’horreur des camps, qu’ils n’ont vu qu’en cours d’histoire ou au cinéma ? «On ne peut pas se rendre compte de ce qu’il se passait sur de simples photos, sans commentaires», témoigne Maurice Cling, invité par le Musée de la Résistance de Champigny à parler de son expérience. Arrêté en pleine salle de classe à l’âge de 14 ans, un mois seulement avant le débarquement du 6 juin 1944, Maurice Cling a été déporté à Auschwitz, en Pologne. «Quand on est venu me chercher, j’ai dis au maître que ça m’arrangeait bien de quitter la classe», se souvient-il, provoquant les rires de ses cadets.

«A Auschwitz, nous étions dans un état physique et psychologique lamentable. Et puis, des rumeurs sur l’arrivée des Soviétiques ont couru dans le camp», reprend-il. Un matin, les SS obligent les détenus à prendre la route. Les célèbres « Marches de la Mort ». «On marchait et on entendait les coup de feu dans notre dos.» Ceux qui n’avancent pas assez vite sont exécutés. Pendant trois mois, Maurice et son groupe sont baladés, souffrent du froid, de dysenterie. «J’ai ensuite passé plusieurs semaines à croupir à Dachau : je ne tenais même plus debout». Les souvenirs reviennent en masse, les anecdotes se succèdent, les élèves écoutent.

«Vous n’avez jamais eu envie de vous venger ?»

Premier président du Conseil Général du Val-de-Marne en 1967 et maire d’Orly pendant 44 ans, Gaston Viens a vécu une autre vie avant d’être élu, ancien résistant communiste.  «C’est ma conviction politique qui m’a sauvé. Elle aurait pu me coûter la vie, mais elle m’a donné la force de me battre», répond-il aux jeunes qui lui demandent pourquoi, «comme d’autres», il n’a pas mis fin à ses jours lorsqu’il était détenu à Buchenwald, en Allemagne. «J’étais occupé à préparer l’insurrection du camp avec les camarades» se remémore-t-il, lui qui vient à peine d’avoir 21 ans en 1945. « Pendant près de trois ans, la résistance clandestine, enfermée dans le camp, s’est organisée et à réussi à infiltrer des postes administratifs de Buchenwald. On en a profité pour sauver des milliers de gens, et pour récupérer des armes», explique-t-il.

Gastion-Viens

Le 11 avril 1945, en moins d’une matinée, les résistants prennent le contrôle du camp quelques heures avant l’arrivée des Américains. « Vous n’avez jamais eu envie de vous venger ? », questionne un élève du collège Henri Wallon d’Ivry-sur-Seine. «Mais de qui ? Les allemands ont été trompés», répond Gaston Viens.

Les séquelles psychologiques et les difficultés du retour dans la société semblent au cœur des préoccupations des élèves. C’est l’une des thématiques du concours, qui existe depuis 1961. Comment exprimer aux autres les expériences vécues et les traumatismes définitifs qui en découlent ? « J’ai utilisé mon vécu pour livrer un témoignage, qui sert maintenant de document historique » explique Maurice Cling, auteur de Vous, qui entrez ici. Un enfant à Auschwitz. «J’avais peur de marcher seul, dans le noir, à 25 ans, et j’avais honte» confesse pudiquement Gaston Viens. «C’est mon engagement politique à Orly et dans le département, qui m’a sauvé ».

« Avez-vous conservé votre tatouage? (ndlr, numéro de matricule d’identification tatoué sur chaque déporté)« , demande une lycéenne de Villeneuve-le-Roi.  J’ai gardé mon immatriculation pour des raisons pédagogiques», répond Maurice Kling.

Geneviève-Guilbaud-Maurice-ClingLe retour des déportés, Geneviève Guilbaud l’a vécu de l’intérieur. Agée de 10 ans en 1945, elle aide sa mère à prendre soin de ceux qui reviennent des camps de l’horreur, au Lutétia, dans le 6e arrondissement de Paris. Là même où Maurice Cling s’est présenté une fois rentré en France. « J’avais peur des déportés » concède Geneviève Guilbaud. «J’étais une enfant de 10 ans, et ils étaient faméliques, perdus, grisâtres. Ils semblaient hors du temps» se rappelle-t-elle. «Personne ne savait ce qu’ils avaient vécu, et beaucoup de Parisiens se demandaient pourquoi ils restaient là». Pour Thomas Fontaine, historien venu éclaircir la rencontre devant les lycéens, «très vite, la population a ressenti un besoin de savoir. Et les déportés avaient le besoin de témoigner». 210 livres de témoignages de déportés seront édités entre 1945 et 1947.

Pour les élèves d’aujourd’hui, cette page de l’histoire est désormais lointaine. « C’est très bien qu’on puisse rencontrer des gens qui ont vécu cela, réagit Virginie, 16 ans, à la fin de la matinée. Même si cela nous paraît un autre monde… On n’imagine pas que cela se reproduise un jour. Nos vies paraissent tellement faciles par rapport aux leurs ».

En savoir plus sur le Concours national de la Résistance et de la Déportation. 

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