Société | Val-de-Marne | 13/01/2015
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Terrorisme : quelles réponses politiques après l’émotion ?

Terrorisme : quelles réponses politiques après l’émotion ?

Manif Charlie 11 janvierIdentification, répression, prévention, sécurisation, réaffirmation des valeurs républicaines… après le légitime temps de l’émotion, quelles réponses politiques apporter aux attentats meurtriers de cette seconde semaine de janvier 2015 ? Quelques suggestions à chaud de parlementaires val de marnais.

Sécuriser les citoyens

Alors que le plan vigipirate alerte attentat a été déclenché le jour même de l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, l’une des premières réponses concerne la nécessité de Christian Cambon - Senateur Val-de-Marne-2rassurer et sécuriser les habitants. «Beaucoup de personnes ont téléphoné, les parents sont inquiets. Nous avons mobilisé tous nos moyens pour la sécurité en assurant une présence policière près des écoles, en travaillant avec la police, les enseignants. Notre première urgence est d’assurer la sécurité de nos concitoyens», témoigne Christian Cambon, sénateur-maire de Saint-Maurice et président de l’UMP Val de Marne. Luc CarvounasMême constat pour Luc Carvounas, sénateur-maire d’Alfortville et président du PS Val de Marne: «Les présidents des communautés s’interrogent, ont peur. Nous avons mis en place des patrouilles aux abords des lieux de culte et j’ai écrit aux habitants pour leur expliquer les mesures du plan vigipirate

Identification des filières djihadistes

Cela étant posé, les élus sont à l’unisson sur la nécessité d’explorer les racines du problème, à commencer par une identification plus rigoureuse des filières djihadistes. «La benbassa_esther11033fTurquie sert d’entrée au chemin du djihadisme, les frontières sont perméables. Il y a 1600 km de frontière terrestre et autant de maritimes, ce n’est pas contrôlable. Mais il faut séparer les problèmes. Parmi les jeunes qui partent en Syrie, tous ne deviennent pas des tueurs. Il faut les contrôler et ce travail est à peu près fait en Turquie. J’ai rencontré les gens qui s’en occupent. Mais il y a aussi les aguerris et des vraies filières existent, qui ont été sous-estimées dans les rapports des consultants. Internet n’est pas le seul canal. Il faut travailler beaucoup plus en profondeur dans cette direction pour les démanteler et il est urgent de mettre les djihadistes aguerris sur des listes comme les délinquants sexuels pour qu’ils restent identifiés», insiste Esther Benbassa, sénatrice écologiste qui se trouvait justement en Turquie dans le cadre d’une mission sur le djihadisme lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. «Nous devons investir davantage, non pas dans l’achat de chars d’assaut mais dans les forces de renseignement et les services spéciaux, et travailler en coopération avec les pays bien informés comme le Maroc», enjoint pour sa part Christian Cambon.

Positionnement international de la France

Laurence Cohen Senatrice PCF Val de MarneEn matière de diplomatie, Laurence Cohen, sénatrice PCF, invite également à s’interroger sur les conséquences de la politique internationale de la France et ses interventions dans les pays en guerre.

Politique pénale et vie en prison

Les élus s’interrogent ensuite sur la politique pénale. Christian Cambon s’inquiète notamment de la porosité de la prison avec le monde extérieur et Christian Faviersouhaite qu’on puisse à nouveau fouiller les détenus. Une inquiétude partagée par le sénateur PCF Christian Favier, alors qu’a circulé il y a quelques jours sur Internet une vidéo filmée à l’intérieur de la prison des Baumettes (Marseille) sur laquelle on peut voir des détenus avec smartphones et drogue. «La prison est aussi un lieu de radicalisation religieuse», s’alarme le président du Conseil général.

Contrôler le canal Internet

«Il est anormal que des gens se félicitent ouvertement sur Internet des attentats qui ont eu lieu! Tout en protégeant les libertés fondamentales, il est nécessaire d’interdire les sites Internet qui prônent la violence, c’est faisable techniquement», reprend Christian Cambon. «Il va falloir s’attaquer à la question des réseaux sociaux où tout est permis», estime aussi Luc Carvounas.

Affirmer les valeurs républicaines

Au-delà de la répression, comment prévenir ? «Il faut revoir la façon dont on partage les valeurs de la république», insiste Laurence Cohen. «La République doit devenir une réalité, pas seulement dans ses valeurs que l’on va consommer comme dans un supermarché, mais aussi dans ses principes », renchérit Jean-Luc Laurent, député-maire MRC du Kremlin-Bicêtre et président de ce mouvement politique.

Relancer un service militaire universel

Jean-Luc LaurentCe dernier propose de revenir au service militaire. «La France a commis une erreur en supprimant le service national qui permet de prendre place dans la société. Nous devons nous interroger sur la remise en place d’un service militaire universel en l’adaptant au monde d’aujourd’hui, qui inclurait l’apprentissage de droits, des devoirs, des valeurs républicaines et du service pour son pays – y compris avec le maniement des armes», détaille l’élu.

Laïcité

«Nous avons trop lâché sur la laïcité en général dans notre société », pointe pour sa part Christian Favier, qui rappelle que l’intégrisme ne touche pas seulement l’Islam. «La gauche doit se réapproprier pleinement et fermement la laïcité, abonde Jean-Luc Laurent. Elle a fait preuve de trop de complaisance vis-à-vis d’un certain nombre d’idées comme le droit à la différence qui ne peut conduire qu’à la différence des droits.»

Accompagner le culte

Pas question de renoncer à la liberté de culte mais il faut mieux l’accompagner suggèrent les élus. «Nous devons travailler en amont à la formation des imams. Il ne faut plus d’imams qui prêchent sans certificat d’une école de formation agréée. Il est tout à fait possible de le faire. Au 19e sicèle, le France a fait ouvrir des écoles rabbiniques», recommande Esther Benbassa. «La France compte les communautés juives et musulmanes les plus importantes d’Europe, nous devons aussi leur faire une vraie place. Or, les maires ne veulent pas toujours accueillir des mosquées et des synagogues dans leur ville», regrette Luc Carvounas.

Eviter les amalgames et la surenchère de lois

Le traumatisme suscité par les tueries de la semaine dernières fait aussi craindre aux élus une sur-réaction stérile. «Il faut aussi ne pas céder à la panique en stigmatisant davantage les Musulmans de France. Inutile de se mettre aussi à faire de nouvelles lois. Les actions terroristes ont été accomplies par des gens qui étaient connus», rappelle Esther Benbassa. «Je ne crois pas à de nouvelles lois anti-terroristes, on en a déjà beaucoup fait. Commençons par les appliquer», suggère Christian Cambon. «Nous devons éviter les surenchères qui vont cliver la société», reconnaît encore Luc Carvounas.

Education, emploi…

Côté prévention, l’éducation revient bien sûr parmi les éléments fondamentaux. «Nous devons mettre des moyens importants humains et matériels pour éviter les classes surchargées et proposer des cours interactifs où les élèves peuvent poser des questions. Certains jeunes se sont fortement mobilisés mais d’autres élèves n’ont pas compris la minute de silence. Il faut expliquer, instruire. Je constate en tant qu’orthophoniste une augmentation de l’ignorance», note Laurence Cohen. «Nous devons repenser nos actions envers les jeunes», souligne aussi Christian Favier. «J’ai vu arriver au CFA automobile (Centre de formation des apprentis) des jeunes avec un casier judiciaire et repartir avec une formation et la possibilité de gagner leur vie, témoigne Christian Cambon. Mais la condition est de saisir sa chance. J’ai aussi fait des efforts pour des jeunes qui sont partis trois jours après avec le matériel. Ce doit être un contrat.»

Quels arbitrages financiers

Des moyens dans l’éducation, la prévention, la police, les prisons, la justice, le renseignement… Autant de lignes budgétaires supplémentaires. Pour Jean-Luc Laurent, cela suppose qu’il y ait un changement de la politique européenne «qui contraint les budgets des Etats». Mais sur cette question, les avis politiques divergent et la question des arbitrages nourrira aussi les futurs débats parlementaires.

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