Sécurité | Accueil Val de Marne (94) Fresnes | 13/01/2015
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Prison de Fresnes : Christiane Taubira veut évaluer le regroupement de détenus radicalisés

Prison de Fresnes : Christiane Taubira  veut évaluer le regroupement de détenus radicalisés
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Christiane Taubira Prison Fresnes 14 janvier 2015 photo  94 CitoyensLa prison de Fresnes était sous les feux de la rampe ce mardi 13 janvier. La maison d’arrêt qui expérimente depuis octobre 2014 un regroupement des détenus musulmans radicalisés, recevait la visite de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira pour lui présenter concrètement le dispositif.

Au terme de sa visite, la ministre, qui a précisé être venue « prendre la mesure des indicateurs permettant de procéder à une évaluation de ce mode de gestion particulier » a annoncé qu’elle lancerait une « inspection pour mesurer de façon plus systématique comment tirer des enseignements de cette façon de gérer ces détenus » et chiffré les moyens supplémentaires (surveillants, aumôniers, renseignement) déjà investis dans le milieu carcéral.

Mis en place en octobre 2014 à l’initiative du directeur de la maison d’arrêt, Stéphane Scotto, le regroupement de détenus musulmans radicalisés concerne actuellement 22 personnes. Précisément, il ne s’agit pas d’une unité à part entière mais de plusieurs cellules au sein d’un étage qui accueille d’autres détenus. Les détenus concernés ne sont pas isolés mais mis à l’écart du groupe précise le directeur. Ils prennent leur douche et font leur promenade entre eux et participent à un certain nombre d’activités avec les autres détenus, lorsqu’elles sont encadrées.

« L’objectif est de limiter la pression d’un groupe sur le reste de l’établissement. Cela permet aux autres personnes de prendre leur douche tranquillement, d’écouter n’importe quel type de musique et d’avoir les discussions de leur choix. Cela est positif« , motive Stéphane Scotto.

 

 

L'objectif est de limiter la pression d'un groupe sur le reste de l'établissement

Stéphane Scotto, directeur de la Maison d’arrêt de Fresnes « L’objectif est de limiter la pression d’un groupe sur le reste de l’établissement »

Pour les syndicats, cette expérience est en revanche loin de régler le problème. « Il n’y a eu aucun moyen supplémentaire. Chaque surveillant doit toujours veiller sur 100 à 120 détenus – dont les personnes de ce regroupement, regrette Yoan Karar, secrétaire du syndical local pénitentiaire FO. Rien n’a changé dans leur attitude depuis ce regroupement. Lors de la minute de silence suite aux attentats, on a entendu crier très fort Allahu Akbar. En l’état actuel des moyens, nous souhaitons l’arrêt de cette expérience. Je pense qu’il est possible de travailler à la dé-radicalisation mais  il faut créer une structure adaptée avec un isolement total, et l’accompagner d’une équipe pluridisciplinaire composée de surveillants formés,  de psychiatres, psychologues, imams modérés… Actuellement, il n’y a qu’un seul imam qui se partage entre plusieurs maisons d’arrêt, ce n’est pas suffisant. Il est apprécié des pratiquants modérés mais n’est pas reconnu par les plus radicaux », développe le délégué syndical.

Prison de Fresnes Janvier 2015 photo 94 Citoyens

Surpopulation carcérale chronique

« Il m’appartient de composer avec les moyens dont je dispose pour veiller à ce que les publics qui me sont confiés puissent vivre une détention qui soit conforme aux règles de la république« , réagit Stéphane Scotto.

Pour situer le contexte, il convient en effet de rappeler que la Maison d’arrêt de Fresnes n’échappe pas aux problèmes de surpopulation carcérale, qui accueille -, selon les chiffres officiels du ministère de la Justice de décembre 2014, près de 2200 détenus pour 1400 places, soit un taux de surpopulation de 155%. De source interne, le ratio se rapprochait davantage des 170%.

« Ces détenus sont idolâtrés par les autres car ils arrivent à obtenir pas mal de choses comme des parloirs supplémentaires…« , constate encore Yoan Karar. « Il n’y a aucun régime de faveur, dément Stéphane Scotto. Comme dans toute détention, il y a des rapports de force évolutifs. »

Evaluer pour mieux appliquer

Alors que Manuel Valls annonçait l’après-midi même à l’Assemblée nationale qu' »avant la fin de l’année, sur la base de l’expérience menée depuis cet automne à la prison de Fresnes, la surveillance des détenus considérés comme radicalisés sera organisée dans des quartiers spécifiques, créés au sein d’établissements pénitentiaires« , la garde des Sceaux s’est engagée à évaluer, précisant que cela n’était pas contradictoire avec l’étendue du dispositif, que cette évaluation permettrait notamment que cela se passe bien dès les premières semaines. Pour rappel, une douzaine de ces détenus regroupés avaient refusé de réintégrer leur cellule à l’issue d’une promenade en novembre 2014, quelques semaines après le début de l’expérimentation.

Christiane Taubira Prison Fresnes 14 janvier 2015 photo  94 Citoyens 2

La ministre a en revanche écarté l’idée d’un regroupement complet de tous les musulmans radicalisés. « Il n’est pas raisonnable de regrouper au sein d’un même établissement toutes les personnes identifiées« , a-t-elle pointé. D’autres moyens sont aussi mis en  oeuvre comme le transfèrement et l’isolement.

152 détenus identifiés en lien avec le terrorisme islamiste en France

Actuellement, sur les 283 personnes détenues pour des faits d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et suivies par le renseignement pénitentiaire, 152 ont été identifiées en lien avec le terrorisme islamiste, dont 6 avec le terrorisme international des années 1980-1990, et 146 avec la mouvance radicale de l’Islam, des attentats de 1995 aux actuelles filières syriennes. Parmi ces 146, 87 sont liés à une filière djihadiste selon le ministère de la Justice, mais seuls 22 d’entre eux (14,5%) avaient déjà fait l’objet d’une incarcération avant leur mise en cause actuelle.

Surveillants, renseignement, aumôniers, formation

Au-delà de cette expérimentation, la ministre de la Justice a également détaillé les mesures déjà prises pour améliorer l’encadrement pénitentiaire, citant le plan de sécurisation de juin 2013 (qu’elle avait détaillé fin 2013 en réponse au sénateur du Val de Marne Christian Cambon lors d’une question au gouvernement sur la surpopulation carcérale à Fresnes) comprenant notamment des dispositifs anti-projection et un système de portique plus élaborés pour les contrôles. La ministre a également annoncé l’instauration d’un brouillage des portables dans les établissements sensibles.

Concernant les effectifs, la ministre a rappelé le recrutement décidé en juillet 2014 de 534 surveillants supplémentaires, dont 200 ont commencé à être formés, et aussi le recrutement effectif de 30 aumôniers musulmans, qui sera complété de 20 nouveaux aumôniers musulmans par an sur trois années. Côté renseignement, la Garde des Sceaux a rappelé le développement du renseignement avec désormais la présence d’un ou deux officiers de renseignement pénitentiaire dans chaque direction interrégionale. Ont également été évoquées le renforcement des relations avec le ministère de l’Intérieur, notamment avec l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), ainsi qu’un plan massif de formation de prévention à la radicalisation.

 

 

 

 

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