Formation | Grand Paris | 11/06/2015
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Fusion Upec-Upem : les syndicats dénoncent une gouvernance hypercentralisée

Université CréteilVotée dans son principe en juin 2014, la fusion des universités Paris Est de Créteil (Upec) et Marne-la-Vallée (Upem) planche depuis un an sur sa future gouvernance. De récentes propositions  ont ravivé les inquiétudes au point que s’est constituée une intersyndicale comprenant des organisations qui étaient favorables à la fusion. Explications.

Au printemps 2014, syndicats enseignants et étudiants avaient fait remonter leurs inquiétudes quant à cette fusion mais la procédure du concertation pour la mettre en oeuvre, démarrée à la rentrée 2014 et qui doit aboutir à une seule structure le 1er janvier 2017 s’est ensuite déroulée sans heurts d’ampleur, prolongée en ligne par une plate-forme Internet documentée. Plusieurs étapes ont déjà concrétisé cette future union, comme l’inauguration d’une école d’urbanisme commune. Récemment, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a même entériné l’accréditation des formations doctorales de la Comue Paris Est et l’offre de formations communes de l’UPEC et de l’UPEM.

Les présidents de l'Upec, Luc Hittinger, et de l'Upem, Gilles Roussel, avaient entériné le projet de fusion dans le Conseil d'administration respectif en juin 2014.

Les présidents de l’Upec, Luc Hittinger, et de l’Upem, Gilles Roussel, avaient entériné le projet de fusion dans le Conseil d’administration respectif en juin 2014.

Les syndicats craignent une gouvernance trop centralisée et s’inquiètent des liens entre formation et recherche

Alors que les deux universités commencent à rentrer dans les détails de la gouvernance, les choses se compliquent. Un document présenté lors de la Commission gouvernance du 2 juin dernier a alarmé les représentants étudiants et enseignants. Ce document, qui commence par une « précaution de lecture » pour rappeler qu’il s’agit de pistes qui doivent être discutées et concertées, propose une structuration en UF (Unités de formation) et UR (Unités de recherche) qui seraient chapeautées par une Schola afin de favoriser les synergies entre les deux. Une organisation qui ne retient pas les UFR (Unités de formation et recherche) qui existent actuellement et font déjà travailler ensemble formation et recherche, comme des briques naturelles du dispositif. Un projet qui ne passe pas. Les enseignants craignent à la fois une centralisation de la gouvernance sous l’égide des Schola, alors que l’Upec repose actuellement sur plusieurs facultés, et un détricotage des liens déjà tissés entre formation et recherche.

« Sous couvert de «fusion» des composantes, les directions de l’UPEC et de l’UPEM ont proposé divers «scenarii» de réorganisation de l’Université, présentés à une «Commission gouvernance» dans laquelle seules les organisations ayant des élus aux conseils centraux ont été admises à siéger. Ces scénarios, sans cesse changeants, visent pour la plupart à faire disparaître les UFR au profit d’une séparation en UF (unités de formation, les départements) et UR (unités de recherche, les labos). Comme à l’UPEM dont la gestion est totalement centralisée, ces «composantes», dépendraient uniquement de la présidence. Un tel projet est inacceptable et dangereux, aussi bien pour la future offre de formation et la liaison formation/recherche, que pour la future gestion des postes d’enseignants et de Biatss. Aux dernières nouvelles, nouveau changement sans concertation, tous les «scénarii» envisagés sont balayés pour un retour au projet initial : les UFR seront supprimées au profit de « Schola » (Bravo pour le latin de cuisine !) dépourvues de pouvoir de gestion. Le dirigisme à l’Université dans sa version la plus radicale ! (…) Les UFR sont non seulement les héritières d’une histoire de l’Université qu’on ne peut pas balayer d’un simple clic de Powerpoint, elles sont aussi des instances de régulation et d’équilibre entre les composantes, entre recherche et formation ; proches des réalités de la demande étudiante, elles fonctionnent encore sur un principe de collégialité et de démocratie. En supprimant la cohésion des UFR sous le prétexte de la «souplesse» et de l’autonomie, l’opération vise en réalité à mettre chaque département, chaque labo, sous la seule dépendance de la Présidence d’université. Laquelle pourra ainsi à l’avenir décider seule de supprimer ou de doter une composante (département ou labo) selon qu’elle sera ou non bien vue en haut-lieu », dénonce l’intersyndicale Snesup-FSU, Snasub-FSU, Sgen-CFDT, SupAutonome-FO, Snprees-FO, CGT-Upec.

« Dans une «NoU» (ndlr, diminutif pour nommer la nouvelle université) où toutes les composantes seraient «autonomes», sans UFR pour les inscrire dans un projet cohérent de recherche et de formation, qu’est-ce qui pourrait empêcher la direction de l’Université de supprimer les départements d’allemand et de philosophie de l’UFR LLSH, comme elle a tenté de le faire en octobre dernier ?… Dans une «NoU» où les laboratoires de recherche seraient déconnectés de la formation des étudiants, il serait encore plus facile pour la Présidence de supprimer un labo jugé insuffisamment «rentable» aux yeux des «partenaires économiques» de la nouvelle Université ; la suppression du PLMC en Sciences l’an passé a montré le pouvoir dont dispose déjà la Présidence dans ce domaine… La fusion est en fait l’occasion d’une réorganisation managériale destinée à préparer le mode de gestion autoritaire, arbitraire et «centralisé» dont rêvent les technocrates du ministère. L’«autonomie» affichée contre l’indépendance effective des universités ! », reprend l’intersyndicale, qui dénonce également le timing de la proposition qui doit être votée à la fin du mois de juin, soit la veille des vacances d’été.

Le schéma de nouvelle gouvernance pourrait être, selon les syndicats,  soumis au vote en Conseil d’administration le 26 juin prochain. « La question est trop importante pour être réglée en catimini, en laissant les personnels de l’UPEC totalement hors du coup ! Les organisations signataires de ce texte n’ont pas toutes les mêmes positions sur le principe de la fusion, elles sont en revanche d’accord pour considérer qu’une opération aussi lourde de conséquences ne peut pas se faire sans une véritable information, un débat général préalable et un vote de la communauté universitaire. Les soi-disant réunions de consultation «Rencontrons-NoU», strictement encadrées et conçues comme des monologues de la direction, se sont tenues devant moins de dix personnes, et parfois aucune !… La très coûteuse «réunion des trois conseils» avec retransmission télévisuelle en direct assurée par une société privée de production s’est déroulée devant moins de vingt personnes, hors administration et direction !… Il est temps pour les personnels de l’Université de ne plus se laisser confisquer la parole ! La direction actuelle vit sur son nuage (Faut-il dire son « NoUage » ?) et ne semble pas se rendre compte de l’hostilité silencieuse de la communauté universitaire à l’encontre de ce projet qui apparaît de plus en plus clairement comme une invraisemblable usine à gaz », tonnent les syndicats.

Une proposition qui reste à concerter

Dans son document, la direction précise toutefois que rien n’est acté : « le diaporama présente l’état actuel de la réflexion construite à partir des éléments constitutifs de l’ambition formulée pour 2025.  Il présente une approche globale que les équipes de direction souhaitent proposer en débat aux acteurs concernés, dans un calendrier qui prend en compte les situations actuelles et les délais nécessaires aux redéfinitions des périmètres. »  Pour discuter des modalités de mise en oeuvre de ce schéma, la proposition prévoit des rencontres de chaque université avec les directeurs d’UFR, d’UR, de départements, syndicats, étudiants… d’ici les Conseils d’administration de juin, des réunions de travail avec les enseignants-chercheurs, enseignants, personnels administratifs des deux universités par discipline (1/2 journée), puis par périmètre (1/2 journée). Une journée banalisée devrait ensuite être organisée dans les deux universités le 3 ou 4
septembre.

Assemblée générale avant les Conseils d’administration de fin d’année

L’intersyndicale a prévu de tenir une assemblée générale mardi 16 juin 2015 (à 12h à l’amphi 3 du campus centre). A cette date en effet, elle devrait avoir en mains les éléments qui seront soumis aux votes de Conseils d’administration de la fin juin à l’Upec et l’Upem.  Les représentants de l’Intersyndicale ont également prévu de rencontrer des représentants du Conseil régional et du Conseil départemental qui siègent au Conseil d’administration.

La fusion entre l’UPEC et l’UPEM devrait être opérationnelle au 1er janvier 2017. Cette nouvelle université de l’Est parisien accueillera 40 000 étudiants et 3500 enseignants chercheurs. Elle sera en concurrence avec la future université de Paris Saclay qui doit accueillir 60 000 étudiants et 12 000 enseignants chercheurs, ainsi que le Pres Sorbonne Paris Cité qui compte plus de 100 000 étudiants.

Voir les précédents articles sur le projet de fusion entre l’université Paris Est Créteil et l’université Paris Est Marne-la-Vallée.

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