Société | | 07/06/2015
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Le bidonville Truillot d’Ivry-sur-Seine sous le soleil

Le bidonville Truillot d’Ivry-sur-Seine sous le soleil

Bidonville Truillot Ivry sur Seine 1Des mondes se sont juxtaposés dans une ambiance de cirque et de soleil ce samedi 6 juin au bidonville Truillot d’Ivry-sur-Seine. L’occasion de déambuler dans ce vaste campement.

Annoncée depuis la rue par une large banderole, la fête organisée par le Collectif de soutien aux Roumains d’Ivry et Romeurope 94 a réuni Ivryens curieux, associatifs et habitants du campement devant une même scène de spectacles durant toute l’après-midi. Son objectif  : sensibiliser la population au sort des habitants du bidonville, quelques 300 personnes, dont l’évacuation pourrait intervenir d’ici quelques semaines.

Rappel du contexte. Alors que le terrain, occupé depuis février 2011, avait fait l’objet d’une décision d’évacuation exécutoire en mars 2014, le nouveau directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, avait décidé de ne pas suivre cette décision afin de rechercher des solutions de logement. Interpellé début mai 2015 par le député MRC de la circonscription, Jean-Luc Laurent, sur les conditions de vie sur le terrain et les nuisances pour les riverains, notamment les fumées de brûlage, le patron de l’AP-HP a décidé de demander le concours de la force publique pour faire exécuter le jugement. Le maire PCF de la ville, Philippe Bouyssou, s’est également déclarée d’accord sous réserve qu’un diagnostic social soit bien mené avant, que les élèves scolarisés puissent terminer leur année, et que les familles devant être relogées le soient effectivement. Depuis l’année dernière, une quarantaine de familles (environ 100 adultes et 70 enfants) ont déjà été relogées et une vingtaine de ménages devraient l’être prochainement, dont une dizaine d’ici septembre 2015 dans un village d’insertion, Le village de l’Espoir, réalisé par Emmaüs Habitat avec le concours de l’État et du conseil régional.

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Fete Roms Bidonville Truillot Ivry sur Seine 1

Au milieu des murs de parpaing qui bordent le campement, quelques brèches frayent des entrées en sentier vers ce terrain d’environ 200 mètres de côté, situé en place d’anciens jardins de l’AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) où étaient cultivées les fleurs destinées aux aménagements paysagers des hôpitaux. Variant parties ombragées et terre-pleins poussiéreux, le site accueille des familles de Roumains, Roms et non Roms, depuis quatre ans.

Fete Roms Bidonville Truillot Ivry sur Seine 3

A l’entrée,des hommes sont assis, profitant des zones d’ombre alors que la très forte chaleur vient tout juste de s’abattre sur la capitale. Une femme vient remplir un bidon d’eau à un robinet accolé à un arbre.  Par terre, le mélange de poussière et de morceaux d’objets divers est partiellement recouvert de tapis pour faciliter le passage. Autour de la scène dressée dans la partie nord du bidonville, côté Cité Gagarine, quelques stands associatifs ont pris place. A l’entrée de la partie habitation, une jeune femme prépare crêpes et beignets, souriante, sa mère à ses côtés. Elle ne parle pas vraiment Français mais Samia Hamiche, présidente du Raced, l’une des associations qui interviennent auprès des habitants du site, explique qu’elle va être relogée avec mari et enfants mais pas sa mère. “Mais on ne peut pas séparer la cellule familiale. Les solutions doivent intégrer aussi les grands parents”, insiste-t-elle.

Bidonville Truillot Ivry sur Seine 1

Connue de tous les habitants du bidonville, Samia Hamiche fait la visite. Dans ce quartier, vivent les Roms originaires de Dorohoi, ville roumaine proche de la frontière moldave. Ici, ce-sont ceux de Buzau, au sud du pays, à une centaine de kilomètres au nord de Bucarest. Fabriqués de planches et vitres de récup, recouverts de bâches bleues, les baraquements s’alignent plus ou moins. “Les unités familiales, élargies aux fratries et grands parents, sont de taille variable, de 8 à 18 personnes.” Lorsque quelqu’un s’en va, l’emplacement est négocié à un suivant.

Samia Hamiche, présidente du Raced, parmi les associations qui accompagnent les habitants du bidonville depuis sa création en 2011.

Samia Hamiche, présidente du Raced, une des associations qui accompagnent les habitants du bidonville depuis sa création en 2011.

“Il y  a aussi des Roumains non roms qui sont arrivés ensuite et qui ont démarré l’activité de ferraillage. Maintenant, il y a aussi des Roms qui font de la ferraille lorsqu’ils ont un camion. Cela rapporte un peu plus que faire les poubelles pour revendre sur le marché des biffins de Montreuil. Malgré la levée des restrictions concernant les métiers qui peuvent être exercés par les Roumains et les Bulgares, cela reste très difficile d’exercer en bonne et due forme, car il faut toujours des preuves de résidence.” Fruit de cette activité : une immense décharge dont le nombre de tonnes qui s’amoncellent s’exprime désormais en milliers, au sud du campement. Des gravats s’y accumulent aussi, en provenance de chantiers divers, déposés moyennant un billet.

Decharge Truillot Ivry sur Seine 4

Entre Roms et non roms, ça se passe. “Il y a même parfois des mariages mixtes, mais cela peut entraîner le bannissement par les familles“, relève Samia Hamiche. Mais les mères sont bien jeunes ? “Oui mais il n’y a pas que chez les Roms qu’il y a de très jeunes mères. Je viens de Normandie et il y a aussi des filles qui sont mères à quinze ou seize ans, on ne les stigmatise pas de la même manière”, défend la militante associative.

Arrivé en France il y a quatre ans, Sanes, 21 ans, sera bientôt père (photo ci-dessous avec sa femme et une nièce). Lui n’a pas envie de rester en famille groupée sur trois générations. “Je voudrais vivre avec ma femme et mon enfant”, témoigne-t-il. Sanes fait partie des habitants qui font les poubelles et vont vendre sur le marché des biffins de Montreuil.

Fete Roms Bidonville Truillot Ivry sur Seine Sanes famille

Le tour du bidonville achevé, retour près de la scène, face à la Cité Gagarine. Et avec les habitants de la cité voisine, cela se passe bien ? “Non, c’est compliqué. Certains n’en peuvent plus même si nous avons essayé de nouer des relations au début“, reconnaît Samia. Quelle solution ? “Il ne peut y avoir de solution unique. Pour certaines unités familiales, il faudrait des terrains familiaux, pour d’autres des logements. Le village de l’Espoir est une solution intéressante aussi. L’important est de proposer un réel accompagnement jusqu’à l’intégration, de proposer des cours de Français à proximité et pas dans le département voisin. Surtout, il aurait fallu réagir plus vite. Il aurait été plus facile de proposer des solutions à chacun lorsqu’il y avait moins de monde”, estime la militante associative.

Fete Roms Bidonville Truillot Ivry sur Seine 5

 

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