Logements | Accueil Val de Marne (94) Ormesson-sur-Marne | 25/09/2015
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Logements sociaux : Ormesson-sur-Marne sous les feux de la rampe

Logements sociaux :  Ormesson-sur-Marne sous les feux de la rampe
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Entouré d’un cortège de caméras, le ministre de la Ville, Patrick Kanner, s’est rendu à Ormesson-sur-Marne ce vendredi matin, pour visiter une friche appartenant à l’Etat sur laquelle il souhaite voir pousser 500 logements dont 200 logements sociaux dans le cadre des incitations aux villes à respecter la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) qui prévoit 20% de logements sociaux dans chaque ville et 25% à l’horizon 2025.

Quelques heures plus tôt, le ministre avait annoncé sa visite sur RTL, entendant faire un exemple de la ville d’Ormesson  avec son taux de 1,80%.  En territoire péri-urbain, l’ancienne seigneurie de la famille Lefèvre d’Ormesson, laquelle y a toujours son château et dont l’un des membres, Olivier d’Ormesson (1918-2012), cousin de l’écrivain Jean d’Ormesson, fut maire de la ville de 1947 à 1988, fait figure de symbole avec ses 83 logements sociaux sur un parc de 4000.  Reçu sans chaleur excessive par la nouvelle édile, Marie-Christine Ségui (LR), élue en mars 2014, le ministre a fait passer son message : il a les moyens de contraindre s’il n’arrive pas à convaincre.

« Lors du congrès des HLM à Montpellier, le président a été clair : l’Etat utilisera son droit de préemption pour saisir des terrains et construire des logements dans les communes qui ne jouent pas le jeu de la solidarité« , a ainsi déclaré Patrick Kanner, se défendant d’organiser un coup de communication. « C’est plutôt un coup de conviction : on vient pour convaincre les maires, pour leur expliquer les solutions que peut apporter l’Etat s’ils construisent. On veut convaincre plutôt que contraindre, mais on a les moyens de contraindre » prévient-il. Très loin des 25% de logements sociaux exigés par la loi, Ormesson-sur-Marne devrait construire 880 logements pour rattraper son retard.

Ségui - Kanner - Leleu - Ormesson - Septembre 2015

A lire aussi : Villes en constat de carence de logement social : qu’est-ce que cela change ?
Et : A Ormesson, les 11 logements qui devaient accueillir des réfugiés resteront vides

Géographiquement, les friches que le ministre est venu visiter se situent au nord-est de la ville, entre la RD11 et Chennevières-sur-Marne. Ces terrains sont restés en jachère car ils étaient initialement réservés pour réaliser la déviation de la RN4 (devenue depuis RD4), un projet aujourd’hui abandonné. « Ces parcelles de l’ex projet de déviation de la RN4 sont inscrites, comme l’ensemble des terrains de l’État situés sur les emprises de l’ancien projet VDO, dans la liste régionale des terrains de l’Etat mobilisables aux fins de logements« , précise le ministère de la ville dans un communiqué. 70 hectares de résidences en R+2 au maximum ont été identifiés comme constructibles. Un projet qui détonne dans le paysages d’Ormesson, où les constructions de logements sociaux ont été bloqués pendant 20 ans et où le plan d’occupation des sols (POS) interdit les constructions de plus d’un étage. « Le département a des besoins énormes, avec plus de 78 000 demandes en attente, et Ormesson ne joue pas le jeu de la solidarité« , insiste Patrick Kanner.

secteur projet cantoux

Marie-Christine Ségui dénonce la méthode employée

Un constat qui irrite Marie-Christine Ségui, qui indique avoir été prévenue de la visite ministérielle mercredi soir. « Je refuse qu’on pointe du doigt ma ville en la désignant comme le mauvais élève du département« , s’est-elle défendue, soutenue par le sénateur-maire de Saint-Maurice, Christian Cambon. « Je suis la première à réclamer 150 logements sur la ville, j’en ai besoin, et les services de l’Etat le savent puisqu’ils travaillent avec nous sur ce sujet!« , détaille la maire. »Jhérite d’une situation dont sont responsables mes prédécesseurs qui avaient fait ce choix politique. » S’adressant au ministre, l’élue a exigé que l’Etat accompagne la commune. « Des logements, c’est bien, mais la ville n’est pas équipée pour les écoles, les transports, les crèches ! Tous les matins, la RD111 est déjà saturée. Je ne suis pas réfractaire, mais il est hors de question de faire n’importe quoi ici« , a insisté l’élue qui  a néanmoins  promis de présenter un projet de contrat de mixité sociale en conseil municipal avant la fin décembre 2015.

« Cela a toujours été comme ça à Ormesson et c’est bien pour ça qu’on y est bien« , renchérit Piotr, dépité. « Maintenant, c’est sûr, on va voir des centaines de logements sortir de terre. Cela me donne envie de vendre mon pavillon juste à côté, mais qui voudra me l’acheter après ça ? »  Pascaline, sa voisine, semble moins inquiète. « En fait, c’est plus la question des équipements autour qui m’interroge, parce qu’il est évident qu’on ne peut pas laisser tous ces gens mal logés quand on voit l’espace disponible! » Mais les deux Ormessonnais le reconnaissent : ils préfèrent contribuer via les impôts au paiement des quelques 450 000 euros de pénalités par an.

terrain-ormesson-SRU-septembre-2015

Pour l’instant rien n’est fait

A ce jour toutefois, rien n’est acté, et les choses sont même un peu compliquées concernant la propriété de ces terrains. En vertu de la loi de 2004 concernant le transfert des routes nationales d’intérêt local aux départements, le Conseil départemental du Val-de-Marne a en effet attaqué l’Etat au tribunal pour récupérer des terrains destinés à construire des routes nationales d’intérêt local (à la fois sur le projet de déviation de RD4 et celui de la VDO) et a obtenu en partie gain de cause. La décision étant exécutoire, l’Etat a proposé ce transfert au département en janvier 2015 mais le Conseil départemental n’a pas encore donné suite. « Nous avons effectivement reçu une proposition de la part de la préfecture pour récupérer des parcelles à Ormesson-sur-Marne et à Chennevières-sur-Marne. Nous étudions actuellement quelles parcelles précises sont concernées par ce transfert et nous verrons ensuite quelle destination leur donner, routières ou logements. Nous n’avons été saisis à aucun moment de projets de logements sur ces terrains. Nous nous félicitions néanmoins que l’Etat se préoccupe de vouloir construire du logement social dans les villes en carence« , explique-t-on au cabinet de la présidence du Conseil départemental.  « Le transfert de propriété des terrains ne ferait néanmoins pas obstacle à leur mobilisation pour du logement, compte tenu de la rareté des emprises constructibles sur le territoire communal », précise également le communiqué du ministère.

En France, 1022 communes n’atteignent pas les 20% de logements sociaux de la loi SRU et 221 sont en constat de carence, notamment en région Île-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le Val-de-Marne en compte six. Le ministre compte poursuivre son tour et a envisage d’aller en voir une quarantaine.

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