Société | Ivry-sur-Seine | 08/05/2015
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Vers la fin du bidonville d’Ivry-sur-Seine ?

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Ivry sur seine-Roms2Cette fois, le sursis devrait s'achever pour le bidonville Truillot d'Ivry-sur-Seine. Ce vaste terrain de l'AP-HP, occupé par des familles roms depuis février 2011, avait fait l'objet d'une décision de justice d’évacuation exécutoire en mars 2014. A l'époque toutefois,

le nouveau directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, notamment ancien président d’Emmaüs France et haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté de 2007 à 2010, avait visité le bidonville et décidé de ne pas suivre cette décision, afin de rechercher des solutions de logement. Début juillet, familles, associations de soutien aux populations roms et élus d’Ivry avaient manifesté à la préfecture du Val-de-Marne pour demander des solutions de relogement et éviter l’expulsion.

Depuis, la collaboration s’est poursuivie entre la ville, la préfecture et le Conseil départemental, pour rechercher des solutions.  « Cette coopération a d’ores et déjà permis d’héberger 22 familles – 50 adultes et 42 enfants – dans divers bâtiments appartenant à la commune, tandis que 17 autres familles – 36 adultes et 28 enfants – étaient prises en charge dans le cadre du droit commun du conseil général et/ou de l’État. Dix autres ménages – 23 adultes et 32 enfants – seront hébergés dans un village d’insertion, Le village de l’Espoir, réalisé par Emmaüs Habitat grâce aux financements de l’État et du conseil régional, dont la mise en service est prévue pour la rentrée scolaire de 2015. Enfin, le préfet du Val-de-Marne a récemment donné son accord pour que douze ménages supplémentaires soient pris en compte dans le cadre de la plateforme régionale d’accueil, d’information, d’orientation et de suivi, mise en place à l’initiative du préfet de région », détaillait à ce sujet le ministre au député-maire MRC du Kremlin-Bicêtre Jean-Luc Laurent il y a quelques jours, suite à une question du député sur la situation.

Jean-Luc LaurentLe député intervenait pour faire état d’une situation dramatique « d’abord pour les familles qui y vivent, mais aussi pour les riverains, qu’ils soient habitants, salariés des entreprises, élèves ou enseignants du collège Politzer tout proche. Car ce bidonville a la particularité d’être situé en centre-ville. »  En février et avril, parents et enseignants du collège Politzer ont en effet bloqué le collège pour signifier leur exaspération concernant les émanations de fumées issues des feux de brûlage du campement.

 

 

Suite à cet échange avec le gouvernement, le député a eu un entretien téléphonique avec le directeur de l’AP-HP, et ce dernier lui a annoncé qu’il demandait le concours de la force publique pour faire exécuter le jugement ordonnant l’évacuation du bidonville Truillot installé sur un terrain de l’AP-HP depuis 2011.

Dans un courrier au député, Martin Hirsch rappelle le travail d’accompagnement qui a été effectué et les différentes actions d’assainissement entreprises, comme la dératisation. En Martin_Hirsch_wcc_Claude_Truong-Ngoc_avril_2013février, une grande opération nettoyage avait été organisée avec des bénévoles. Le DG de l’AP-HP relève néanmoins que la poursuite de cette occupation et l’installation de nouveaux occupants présentent « un caractère de dangerosité et d’insalubrité pour ses habitants, ainsi qu’un trouble important pour les riverains, notamment le collège situé dans la même rue. » Et le directeur de mentionner également les activités de ferraillage qui ont conduit à l’accumulation de « plusieurs centaines de déchets à caractère industriel sur une partie du site« , rappelant l’incendie survenu dans la nuit du 6 au 7 mai.

« Je me félicite de cette décision qui sera bénéfique à tous, habitants du bidonville et riverains du quartier. Le Préfet va maintenant pouvoir procéder à l’évacuation« , se réjouit Jean-Luc Laurent.

De son côté, la municipalité d’Ivry-sur-Seine a donné son accord à l’évacuation à condition qu’elle se tienne dans le respect de la circulaire d’août 2012 et que les personnes qui doivent être relogées le soient effectivement.

En réaction à l’initiative du député-maire du Kremlin-Bicêtre, le collectif de soutien aux Roms d’Ivry a riposté vendredi 8 mai en organisant une manifestation devant sa mairie, rassemblant quelques 150 personnes, reprochant à l’élu de ne pas s’être intéressé au bidonville avant, et de surfer « sur la montée d’une vague xénophobe, romophobe » pour réagir. Pour le collectif, le compte n’y est pas. « Si la ville d’Ivry et le département ont relogé 22 familles, l’État accuse une année de retard dans la livraison de dix logements prévus. Au-delà de ces 32 familles, il reste 76 familles sur le bidonville auxquelles il faut trouver une solution d’habitat. C’est à l’État, à la solidarité régionale et à celle des villes voisines, y compris le Kremlin-Bicêtre, qu’il incombe de trouver des solutions, pour que personne ne finisse à la rue », demande le collectif qui dénonce un manque de réactivité de l’Etat. « Dans la situation dramatique que vit le quartier, tout le monde est victime : les roms, les élèves de Politzer, les enseignants, les habitants de la résidence Truillot… Dans cette situation tendue, un absent l’État et son représentant le préfet, incapable même d’honorer ses propres engagements de reloger dix familles alors que la ville et le département en ont relogé vingt deux. Les moyens existent, les terrains, les locaux vides à aménager aussi. Les expulsions et les logements en hôtel pour quelques nuits coûtent extrêmement chers et sont la seule réponse de l’Etat, plutôt que de régler le problème sérieusement et de manière pérenne. Si la revendication d’un toit pour tous et un accompagnement social n’est pas satisfaite, les roms et leurs soutiens resteront debout et combatifs« , prévient le collectif.

vend. 8 mai Roms d'Ivry au Kremlin

Par ailleurs, la ville d’Ivry-sur-Seine continue également de réclamer une conférence régionale sur ce problème de société. Chaque année en effet, de nouveaux bidonvilles voient le jour tandis que d’autres font l’objet d’expulsions, au grand dam des associations de soutien qui dénoncent un travail d’intégration à recommencer à chaque fois tandis que les élus locaux doivent aussi faire face à l’exaspération de riverains. Voir notre enquête de 2012.

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