Réfugiés | Accueil Val de Marne (94) Nogent-Sur-Marne | 04/11/2016
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Accueil des migrants à Nogent-sur-Marne: de la colère mais aussi une chaîne de solidarité

Accueil des migrants à Nogent-sur-Marne: de la colère mais aussi une chaîne de solidarité

A Nogent-sur-Marne, ville cossue posée entre Marne et bois de Vincennes, l’arrivée des cars de migrants ce vendredi 4 novembre en fin de matinée n’est pas passée inaperçue. Certains habitants s’agacent, d’autres ont immédiatement lancé des chaînes de solidarité, le maire réagit et l’association d’accueil s’active. Reportage.

C’est dans le gymnase de la place Leclerc, à côté du petit marché, que 80 hommes âgés de 18 à 30 ans, évacués le matin même du campement Stalingrad de Paris, ont été accueillis par l’association Coallia. Sur le terrain depuis 6 heures du matin, ses membres sont fin prêts. « On veut leur montrer que la France est prête à les accueillir dans la dignité« , lance Géraldine Teneau, directrice de l’asile au sein de l’association créée en 1962. Entourés de travailleurs sociaux professionnels salariés de l’association, les réfugiés pourront déposer une demande d’asile en France. « Personne ne restera sur le carreau à la fin du mois de prise en charge : soit ils seront engagés dans une démarche de demande d’asile, soit ils auront eu le temps de prendre leurs dispositions. Nous allons les prévenir dès aujourd’hui de la fin de cette prise en charge« , précise Géraldine Teneau, tout en organisant la livraison de couvertures et autres lits de camps avant l’arrivée des réfugiés. Venus principalement d’Érythrée, d’Afghanistan et du Soudan, certains rêvent de rejoindre de la famille en Angleterre. « Nous leur rappellerons la loi française qui permet de les accueillir en bonne et due forme s’ils en font la demande« , précise Rodolphe Baudemont, directeur de Coallia Val-de-Marne.

A peine descendus du bus, les réfugiés sont accueillis par un petit-déjeuner chaud. « On leur remet d’abord un kit d’hygiène assez complet avec brosse à dents, rasoir, dentifrice, gel douche… Ils pourront aussi bénéficier de trois repas chauds par jour, préparés par Soleils et papilles, une filiale de l’association pour les activités de restauration, qui tient compte des spécificités alimentaires de chacun » , détaille Géraldine Teneau.  A l’intérieur du gymnase, des lits de camps ont été installés. Ce centre d’hébergement improvisé sera ouvert de 8h à 22h tous les jours. Une équipe de sécurité sera en permanence sur le site.

Le voisinage entre inquiétudes et compassion

Dans ce quartier plutôt chic de la ville, l’arrivée des réfugiés suscite des réactions contrastées. « No comment ! Je ne préfère rien dire pour ne pas être méchant« , lâche un pharmacien. « On a été mis devant le fait accompli ! On a été prévenu hier par la police municipale qui nous a déposé un courrier. C’est un scandale selon moi, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? » fulmine le propriétaire d’un commerce voisin, qui préfère ne pas dévoiler son identité. « Certains voisins ont peur que l’insécurité augmente dans le quartier : vous savez, ici, c’est très calme normalement… » , confie encore une riveraine. D’autres habitants se mettent à la place des réfugiés. « Bien sûr, ça serait mentir que de vous dire que ça ne me dérange pas que ce soit en bas de chez moi. Mais il faut bien s’occuper des réfugiés non ? Des enfants dorment dans la rue. Même si on nous sort de notre petite zone de confort, on doit faire preuve d’humanisme », invite une habitante qui sort du marché couvert Leclerc. »Franchement, nos petits problèmes par rapport à ce que ces gens fuient… Il faut savoir ouvrir son cœur. S’il devait se passer le même genre d’événements, ici, en France, on serait bien content que d’autres nous accueillent ! D’ailleurs, ça s’est déjà produit dans l’Histoire il me semble ? » pose une habitante qui réside en ville depuis 14 ans.

Certains habitants vont plus loin. « Un ancien rugbyman nous a proposé d’animer des séances de sport le weekend. Une habitante nous a demandé spontanément ce qu’elle pourrait offrir pour apporter son soutien « , cite Rodolphe Baudemont. « On ne fait pas beaucoup appel aux bénévoles, nos salariés sont des professionnels de ce genre de situation. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y aura aucun problèmes pour les Nogentais,  tout est bien cadré, nous avons l’habitude« , reprend Géraldine Teneau.

Chaîne de solidarité

Parmi ceux qui activent la solidarité, il y a par exemple Paola Pietrandrea. En 2015 déjà, elle s’était rendue au campement d’Austerlitz pour savoir comment venir en aide aux réfugiés avant de lancer une chaîne par e-mail. « Beaucoup de personnes avaient réagi et c’est une voiture pleine de vêtements chauds que j’avais apporté sur place. Nogent tenait son rang! J’espère que cela sera pareil aujourd’hui, même si c’est ici que cela se passe », témoigne la professeur italienne.  Ce vendredi matin, elle s’est rendue dès qu’elle a pu au gymnase pour demander à l’association quels étaient ses besoins. Réponse : des vêtements chaud, car les réfugiés sont partis vite. Les vêtements de femme, on prend aussi, lui explique-t-on, car ils seront apportés par les bénévoles à Noisy-Le-Sec, où ont été transférées des réfugiées. Sitôt rentrée chez elle, Paola a envoyé un message à tout son carnet d’adresses des environs, et reçu des premiers messages encourageants. « C’est important de dire qu’il y a des gens qui sont solidaires aussi, explique-t-elle, horrifiée par les commentaires (…laissés sur le site de 94 Citoyens à l’annonce de l’accueil des réfugiés). Je n’ai même pas envie de répondre. Cela me révulse trop« , confie-t-elle. Alors que l’association lui a indiqué que des cours de Français seraient dispensés sur place à partir de lundi, elle voudrait aussi proposer d’autres activités, comme des rencontres sportives, des sorties… En attendant, elle se propose de collecter les affaires et indique son email pour ceux qui souhaitent le faire (paolapietrandrea@gmail.com).

Le maire réclame plus d’explications et d’anticipation

Du côté du maire, réceptacle des indignations des habitants, de solidarité comme de colère, on réclame des explications. L’édile LR, Jacques J-P Martin, a écrit ce jeudi 3 novembre au Premier ministre, Manuel Valls, agacé d’avoir été prévenu sur le tard. « Je  fais  partie  des  élus  qui  partagent  l’inquiétude exprimée   par   Madame  Valérie Pécresse, présidente du Conseil Régional de l’lle de France, à propos des conséquences du démantèlement des camps de migrants de Calais et actuellement de Stalingrad à Paris. (…) Je ne peux, comme elle, rester insensible face aux précarités et à la situation sanitaire et humanitaire plus que préoccupante de ces personnes qui ont été forcées à fuir à cause de l’état de guerre qui règne dans leur pays et leur région d’origine et des violences qu’ils ont subies. Il est évident que la solidarité nationale doit jouer pleinement surtout dans une France qui se veut être la patrie des droits de l’homme. Cependant cette solidarité nationale ne pourra être comprise par les élus locaux et les français des villes concernées que s’il y a de réels partenariats entre l’Etat et les Collectivités. Je ne m’exprimerai pas sur l’inertie et l’inefficacité de la politique européenne dans le domaine des contrôles aux frontières et de la prise en compte réelle et collective de ces migrations et de leurs conséquences sociales dans les pays de l’Union. C’est en début de semaine que je recevais de la part de Monsieur le Préfet du Val de Marne un arrêté de réquisition pour une mise à disposition d’un gymnase pendant 4 semaines pour accueillir des migrants. Ne pensez-vous pas que l’état, lorsqu’il sollicite les collectivités territoriales de notre région, ne devrait pas assurer auprès des élus franciliens un minimum d’information et de transparence concernant les raisons des opérations de redéploiement de ces personnes sur l’ensemble du territoire ?« , pose l’élu. « Il ne faudrait pas, comme le souligne Madame la Présidente de Région, que la multiplication de ces centres au cœur de nos villes devienne pérenne surtout dans la période hivernale d’autant qu’à Nogent-sur-Marne en particulier, la réquisition d’un équipement public suppose nécessairement des mesures d’accompagnement par notamment la redistribution dans d’autres bâtiments des  activités  associatives sportives et scolaires, mesures qui doivent impérativement être limitées dans le temps car provisoires. Nous avons besoin d’être informés pour agir efficacement à vos côtés dans l’optique de régler à cette occasion les problèmes de migrants économiques, en situation irrégulière et des  clandestins« , poursuit le maire de la ville, avant de réclamer une réunion d’échange entre le préfet et les élus concernés par les réquisitions.

La conseillère régionale défend l’accueil nogentais

« Je trouve normal que toutes les villes contribuent à l’accueil de personnes qui fuient la guerre et les exactions. J’espère que les Nogentaises et les Nogentais sauront les accueillir, les rencontrer et les aider dans leur quotidien », défend de son côté Annie Lahmer, conseillère régionale EELV habitante de la ville, qui regrette que la ville insiste sur la caractère imposé de la circonstance et indique qu’elle va contacter Coallia pour aider à l’accueil.

La plus grosse opération d’évacuation d’un campement parisien

Au total ce-sont 3 852 migrants qui ont été évacués ce vendredi des campements installés entre les avenues Jaurès, Flandres et le boulevard Stalingrad (19e arrondissement) et le quai de Jemmapes (10e arrondissement) vers 78 centres d’hébergement provisoire franciliens. « L’opération la plus importante effectuée à Paris« , indique la préfecture de région qui se félicite d’avoir mené cette opération de « mise à l’abri humanitaire« ,  « dans le calme« . Et la préfecture de préciser que parmi les évacués, 339 personnes vulnérables (femmes isolées et familles) ont été prises en charge par les services de la mairie de Paris. « Depuis le 2 juin 2015, 30 opérations de mise à l’abri ont été organisées et plus de 21 728 offres d’hébergements ont ainsi été proposées« , chiffre la préfecture d’Ile-de-France.

330 personnes dans le Val-de-Marne

En Val-de-Marne, 330 personnes ont été accueillies ce matin, réparties entre l’ancien centre de tri de La Poste de Créteil (150 personnes), le gymnase du parc interdépartemental de Choisy-le-Roi (100 personnes) basé à Créteil Pompadour, et le gymnase Leclerc de Nogent (80 personnes).

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