Histoire | Accueil Val de Marne (94) Cachan | 11/05/2016
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Après des années de silence, la résistante Paulette Fouchard-Ayot a témoigné auprès des collégiens de Cachan

Après des années de silence,  la résistante Paulette Fouchard-Ayot a témoigné auprès des collégiens de Cachan

Résistante dès 1940 depuis sa ville de Cachan, Paulette Fouchard-Ayot, aujourd’hui âgée de 96 ans, était de retour dans sa ville natale la semaine dernière, et a rencontré une centaine d’élèves du collège Paul-Bert, à l’occasion d’un fascinant et émouvant récit.

Paulette, qui s’est aussi fait appeler Isabelle, Corbeau ou encore Poulet pendant l’Occupation, tenait à marquer l’étape dans ce collège cachanais, à quelques mètres de son bâtiment historique, car elle y a elle-même étudié au début des années 30. « Les jeunes, c’est l’avenir. C’est très important de pouvoir leur raconter mon histoire, pour les aider à prendre conscience de ce qui s’est passé, sans porter de jugement, car on ne sait jamais comment on peut réagir face à de telles situations« , rappelle-t-elle.

Si elle parle aujourd’hui, aidée de sa biographe Mireille Delfau – co-auteur de Résistante un jour, Résistante toujours, Paulette a longtemps remisé ses souvenirs douloureux.  La fuite de Cachan, les images de familles déchirées, d’enfants perdus, de maisons brûlées, « les tissus rouges » des drapes nazies en région parisienne, les pénuries, les maladies… autant de traumatismes qu’elle a préféré mettre de côté pendant des années. « Ce qu’on ressent, dans le Paris et le Cachan occupés, c’est l’odeur de la mort« , témoigne-t-elle. « Même ma famille n’a appris toute mon histoire qu’en 2012« , confie la résistante. A son propre père, ce n’est que quelques années après la fin de la guerre que Paulette a montré sa carte. « Et là, alors qu’on vivait tous la Cité-Jardins à Cachan à cette époque, il m’a sorti sa carte de cheminot-résistant ! On était tous les deux résistants, sans se l’être jamais avoué! » Quelques décennies plus tard, c’est finalement dans un livre que Paulette est sortie de sa réserve. « C’est mon devoir de transmettre » .

Un destin de résistante dû à un quiproco

Ce parcours de résistante, c’est d’abord à un événement fortuit que Paulette l’a commencé. Lorsqu’elle revient à Cachan en 1940, après avoir tenté de rejoindre la France libre, elle doit assumer ses six frères et sœur, son père étant introuvable depuis sa mobilisation, et sa mère gravement malade. « Toutes les usines étaient fermées, impossible de trouver du travailNaïvement, je me suis rendue au ministère du Travail, alors occupé par les Allemands, pour trouver un emploi. » Sur place, la jeune femme, tout juste maman, rencontre et échange avec deux jeunes hommes, sans trop comprendre le contenu exact de la conversation. « En fait, ces deux jeunes hommes, fonctionnaires au ministère, étaient des résistants qui attendaient une jeune femme – qui ne s’est d’ailleurs jamais présentée – qu’ils ont confondue avec Paulette« , explique Mireille Delfau. « Ni syndicaliste, ni étudiante, ni communiste : Paulette n’était absolument pas programmée pour rencontrer la Résistance« , insiste la biographe qui accompagnait Paulette toute la semaine pour une succession de rencontres et de cérémonies officielles.

Après une nouvelle rencontre avec ces deux hommes, dont elle ne connaîtra pas le nom pendant la guerre, Paulette livre son premier pli. En quelques jours, elle rejoint un réseau de 17 personnes, spécialisés dans la réalisation et la diffusion de faux papiers d’identité. « J’ai beaucoup couru, menti, volé, et je ne l’ai jamais regretté« , sourit-elle. « Paulette volait des lettres de dénonciation lors de ses visites au ministère. Elle empruntait aussi le cachet officiel, pour pouvoir tamponner tous les faux papiers du réseau, avant de le reposer« , précise sa biographe. Un jour de 1943, Paulette reçoit un message lui ordonnant de partir, avec son fils, le plus vite possible, sans même faire ses bagages. La jeune femme s’exécute et tente de rejoindre la Savoie. « Une nuit de novembre, je me retrouve seule avec mon fils, sans argent, en Savoie, ne sachant où aller« , se souvient-elle, encore émue. Un jeune couple l’accueille alors dans son café et l’héberge pendant six semaines. Paulette attendra la Libération pour regagner la capitale.

A son retour à Paris, Paulette déchante. Des 17 membres de son réseau, elle n’en rencontrera que 3, les seuls à être rentrés des différents camps de concentration. Volontaire au Lutétia, pour participer au retour des déportés, Paulette est frappée « par les regards vides de gens qui avaient oublié leur nom« , ne s’identifiant plus que par leurs matricules. Infirmière de fortune au Val-de-Grâce, Paulette soigne les blessés, de retour du front. « Toutes ces images, on ne le les oublie pas, et c’est à ce moment que j’ai décidé de ne plus parler de toute cette période. Même avec mon mari, lui aussi résistant, on a passé des années sans évoquer ce sujet. » Paulette confesse aussi avoir eu du mal à retrouver un quotidien calme et paisible. « C’était une vie dangereuse, mais palpitante. Après la guerre, j’estimais avoir fais quelque chose de grand, et je suis devenue insupportable« , estime-t-elle, évoquant ses difficultés à rester longtemps dans la même entreprise. Apaisée, Paulette terminera finalement sa carrière comme contrôleur de gestion chez Thomson.

« C’est dur d’être une femme dans la Résistance ?«

Fascinés par le récit de Paulette, les collégiens de Paul-Bert peinent à tous poser leurs questions. « Est-ce que c’était difficile d’être une femme dans la Résistance ? » demande Paloma. « A cette époque, c’était difficile d’être une femme tout court ! Elles n’étaient bonnes qu’à faire des enfants, aux yeux des hommes« , répond Paulette. « Est-ce que vous portiez une arme quand vous livriez vos plis ? » s’interroge un autre. « Non, là encore, il y avait des hommes pour cela ! Mais il ne faut pas me chercher, je sais monter et nettoyer une mitraillette très rapidement… » , plaisante la résistante. « Et elle livrait des armes dans ses colis ! » précise Mireille Delfau. « Et votre action la plus dangereuse ? »  veut savoir Gaston. « Dès que je transportais quelque chose, c’était dangereux… Une fois, j’ai même été arrêtée par un Français. J’étais furieuse ! Après m’avoir interrogée, il m’a demandé de lui donner ma carte d’identité, qu’il garderait toute la nuit. J’ai été prise d’un fou rire parce que je lui ai donné une fausse carte : c’était ma spécialité ! »

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