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Politique | Villejuif | 15/11/2016
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Comment les pro-Macron se structurent, exemple à Villejuif

Dépasser la gauche et la droite en mettant les citoyens au cœur du projet politique… Depuis plusieurs années, les mouvements qui se positionnent sur le créneau se succèdent et échouent. Bien positionné dans les sondages, Emmanuel Macron, tente à son tour sa chance avec son mouvement En marche.

L’ancien ministre de l’Economie, initialement soupçonné de jouer les rabatteurs pour le compte de François Hollande, n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature mais commencé à dévoiler des points de programme dans la presse (dégressivité du temps de travail en fonction de l’âge, accent sur l’école élémentaire, droit au chômage même quand on démissionne…). Le candidat putatif, qui a prévenu qu’il s’affranchirait de toute primaire à droite comme à gauche, active d’abord son réseau sur le terrain, et avait réuni les représentants de ses près de 2000 comités locaux lors d’une réunion à Paris le samedi 5 novembre dernier.

L’enjeu est désormais de transformer les 93 000 adhérents gratuits en ligne (dont 2500 dans le Val-de-Marne) en membres actifs et engagés, pour l’instant comptabilisés autour de 6000 à 7000. C’est justement le rôle des comités locaux que de développer une communauté pour mener la campagne le moment venu. A Villejuif, le comité local, lancé par des membres du groupe Villejuif notre ville (l’une des composantes de la majorité municipale plurielle emmené par l’ex PS Philippe Vidal en 2014), s’active en ce sens. Dès le 17 novembre, il lancera des cafés citoyens au bar le Pacha chaque samedi matin. Et ce mercredi 9 novembre, une première réunion publique était organisée à la pizzéria Barbaresco pour poser le cadre de manière plus formelle, qui a attiré une grosse vingtaine de personnes.

Dans l’assemblée, quelques jeunes étudiants hypermotivés, venus du Comité local d’Ivry-sur-Seine pour s’inspirer, à l’instar de Paul M, qui fait son droit à Assas où il a du reste créé Assas en marche, et un camarade qui est lui en licence de philo. Pour eux, il s’agit du premier engagement en politique. «Ce qui m’a séduit dans la démarche, c’est le fait de partir des citoyens, et de dépasser la droite et la gauche», indique Paul M., qui a participé à la grande marche à Paris cet été. Il y a aussi un chef d’entreprise de 28 ans, déjà passé par le Modem, un trentenaire qui vient lui de l’UDI, des quadras et quelques quinquas voire un peu plus, ont aussi pris place, dont un groupe plutôt issu du PS.

Après un rapide tour de table invitant chacun à illustrer d’un mot la raison de sa présence, la réunion démarre par un exposé d’une bonne heure sur la démarche Macron, les valeurs revendiquées (attachement au travail, goût du risque, croyance dans le progrès, attachement européen et défense égale de la liberté et de la justice), la grande marche constituée de portes à portes avec 5000 militants pour sonder les habitants sur leurs préoccupations (300 000 portes frappées et 25 000 questionnaires remplis), les conclusions qui en ont été tirées et l’organisation du mouvement. Dans la salle, on s’impatiente un tantinet de ce long préambule, même si déroulé à trois voix entre les responsables du comité local, Philippe Vidal, Paulo Nunes et Albane Gaillot, tous issus de l’équipe Villejuif notre ville. Une définition un peu personnelle de la laïcité d’un des intervenants fait même sortir un spectateur.

Albane Gaillot Paulo Nunes Philippe Vidal En marche Villejuif

«1h30 avant de pouvoir s’exprimer c’est pas possible, j’ai l’impression d’avoir assisté à n’importe quelle réunion politique !», réagit une habitante. «C’est vrai c’est un peu long mais c’est important d’expliquer les fondamentaux», motive Albane. «Moi je voudrais bien avoir un programme un peu précis avant de me positionner», répond un autre participant. «Mais le programme, c’est à nous de le faire !», se voit-il répondre. «J’ai l’impression de redécouvrir l’eau chaude et de sortir d’un brainstorming d’entreprise, enchaine un autre. Et puis, le mythe de ‘on va voir les vrais gens’, ça me gonfle. Nous disposons déjà de tas d’études sociologiques fines pour se faire une idée. Je n’attends pas des politiques qu’ils me disent ‘on va vous interroger’», expose Denis, un quinqua. «Mais ce n’est pas pareil de rentrer au contact des gens que de se plonger dans une étude», lui répond un des étudiants. «A en croire les études, Hillary Clinton aurait été élue», pointe quelqu’un. «Le programme c’est important mais pas seulement, c’est aussi la manière de poser les questions. Par exemple, la question n’est pas de travailler 35h ou 39h, il faut poser le problème autrement», suggère un trentenaire, ancien de l’UDI. «Moi j’essaie de trouver le parti qui propose que chacun ait sa place dans la société», témoigne Tina, qui se décrit comme «profondément» à gauche.

«Moi j’ai adhéré car je ne me résous pas à mettre un bulletin blanc dans l’urne si l’alternative est Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen», se lance Philippe Vidal, maire adjoint aux finances de Villejuif. «Oui, la démocratie ne fonctionne plus correctement. Les structures sont figées, la parole est figée par les partis, il faut inventer autre chose. Moi non plus je ne veux pas avoir le choix entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen», approuve l’habitante qui s’était d’abord agacée de l’intro un peu longue. «Je suis fatigué des propositions de partis politiques qui ne sont jamais mises en œuvres, même s’il y a de bonnes raisons. Et puis, on passe son temps à s’informer en lisant les médias. Moi, je veux que l’on réfléchisse par nous-même, entre nous, enchaîne un autre. Aux dernières régionales, j’ai vu la France de gauche appeler à faire barrage au FN, mais je ne vois jamais la droite le faire. Je crois qu’il faut arrêter ces déchirements. Ici, on n’est peut-être pas d’accord sur tout, mais on peut peut-être avancer ensemble», suggère-t-il. «La démocratie est en panne», pointe encore Alain Caporuso, également membre de Villejuif notre ville, qui insiste sur les questions de solidarité.

«Et si on laissait les gens innover, sans les casser dès qu’ils essayent de faire quelque chose en leur disant qu’ils n’y arriveront pas. Nous avons besoin de bienveillance», exprime une jeune femme, pour l’instant engagée dans l’associatif. S’affranchir des clivages politiques, écouter les citoyens, laisser agir les «faiseux» à la Alexandre Jardin (initiateur du mouvement des Zèbres), cité à plusieurs reprises par les participants. Voila ce qui ressort de la motivation commune.

L’idée n’est certes pas neuve. Le Modem, en se positionnant à «l’extrême-centre», avait séduit beaucoup de novices en politiques à la fin 2007, avant de décliner progressivement. Lancé à la Cartoucherie du bois de Vincennes fin 2013, Le Rassemblement citoyen de Corinne Lepage ambitionnait lui aussi de dépasser les clivages et s’appuyer sur les citoyens, mais n’a guère percé dans les élections. Est aussi apparu Nous Citoyens, avec un focus sur les entrepreneurs, rapidement fruit d’une scission donnant naissance à Génération citoyens. Ceci pour n’en citer que quelques-uns. Ces mouvements qui se cherchent depuis une dizaine d’années n’ont pas encore réussi à percer de manière significative lors des élections. Jeune et populaire, Emmanuel Macron réussira-t-il là où d’autres personnalités politiques, déjà éprouvées par les partis traditionnels ont échoué ? C’est le pari des sympathisants.

«Bayrou défendait le centre. Nous, le positionnement politique, on s’en moque. Chacun peut garder son appartenance à un autre parti, être de droite ou de gauche, on va au-delà», répond une participante. «C’est vrai que le Modem avait réussi à créer une dynamique en 2007, mais François Bayrou n’a pas été capable de gérer le succès de son mouvement. Aujourd’hui, il est has-been», tranche un autre. «Ce qui est nouveau, c’est que deux-tiers des référents des comités locaux ne sont pas des élus», indique Philippe Vidal.

Bilan de la soirée ? «Les deux-tiers des participants sont restés pour croquer une pizza, et nous avons échangé sur d’autres sujets comme la laïcité, que nous avons décidé de mettre au menu d’un prochain café citoyen. Nous avons aussi réfléchi à comment se mettre en ordre de bataille alors qu’Emmanuel Macron ne s’est pas encore déclaré, et puis bien-sûr nous avons longuement commenté les résultats des élections américaines, leur impact en France, et aussi la primaire à droite… Désormais, nous sommes une bonne douzaine de personnes engagées au sein du comité local, sur 80 adhérents villejuifois», se réjouit Philippe Vidal.

Meeting départemental le 3 novembre

Ce mardi 15 novembre, ce-sont les référents départementaux, Jean-Jacques Bridey, député-maire PS de Fresnes et Laetitia Vialle, avocate, qui réunissent les responsables des comités locaux pour faire le point, à Vincennes. Officiellement candidat pour garder sa circonscription lors des législatives de 2017, le député se veut confiant quant à son investiture par le parti. «Il y a plusieurs voix distinctes au sein de la direction du PS», indique l’élu. En attendant l’officialisation de candidature d’Emmanuel Macron et le verdict du parti, le député annonce également un meeting En marche le 3 décembre dans le Val-de-Marne.

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