Education | | 12/10/2016
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D’enfant soldat pro Gbagbo à lycéen modèle à Choisy-le-Roi

D’enfant soldat pro Gbagbo à lycéen modèle à Choisy-le-Roi

A onze ans, il combattait aux côtés des soutiens de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Après la chute du président, en 2011, il s’est caché dans tout le pays pour fuir les expéditions punitives, avant d’arriver en France en 2014.

Encore aujourd’hui, le jeune homme, à la voix posée, sage mais marquée, a gardé les réflexes adoptés lors de la guerre civile. “J’ai très peur de me faire arrêter par l’armée…” , confie-t-il. Après des débuts difficiles en France, le jeune homme devient l’un des éléments les plus importants de l’équipe de football des Lusitanos de Saint-Maur, en section U19 – Division Excellence. “Cela m’a permis de penser à autre chose. On a fini la saison champions ! C’était super de partager tous ces moments avec mon équipe. Ça m’a redonné goût à la vie” , témoigne-t-il. Il  enchaîne rapidement avec une formation en mécanique automobile. Suit un stage chez Renault, où sa situation administrative l’empêche de décrocher un emploi en alternance. Il se retrouve alors à la rue et vivra presque neuf mois sous un pont, à Choisy-le-Roi. C’est là qu’un ancien professeur, chargé de la coordination de la lutte contre le décrochage scolaire au lycée Jacques-Brel, reprend contact avec lui. “Dans un autre établissement, on a créé un logo et réussi à le vendre en créant une micro-entreprise. Une cérémonie a été organisée pour l’occasion où il y avait des professeurs, des journalistes, les familles… Cet événement m’a redonné confiance en moi” , sourit-il. Désormais, il est en deuxième année de bac pro à Choisy-le-Roi, toujours hébergé par le Samu Social dans une structure située à Villiers-sur-Marne.

Si tous les camarades de classe de l’ancien enfant-soldat n’ont pas eu un parcours aussi mouvementé, ils ont en commun de s’être trouvés éloignés de la sphère scolaire et professionnelle par les aléas de la vie, et font l’objet d’actions de remobilisation au lycée Jacques Brel de Choisy-le-Roi pour ne pas se retrouver dans le demi-million de jeunes de 18 à 24 ans sans diplôme ni formation. Ce mardi 11 octobre, le lycée a fait l’objet d’une visite du préfet Thierry Leleu et de la directrice académique de l’Education nationale Guylène Mouquet-Burtin, venus observer concrètement les initiatives de lutte contre le décrochage scolaire.

J’arrive tout juste de l’Académie d’Orléans-Tours et je ne me suis pas inscrite à temps et je n’arrive pas à trouver d’entreprises pour mon CAP commerce…” , explique une ado qui hésite encore entre l’hôtellerie et le commerce. Une de ses camarades, elle, n’a pas réussi à trouver d’affectation dans un lycée public pour suivre un BTS dans le tourisme. Avec l’équipe pédagogique, elle prépare un éventuel départ à Londres, dans quelques mois, pour devenir fille au pair et maîtriser l’Anglais, indispensable pour une carrière dans l’industrie du tourisme. Un jeune homme arrive lui du Portugal, installé en France depuis trois ans. “J’étais vraiment perdu quand je suis arrivé. Mais très vite, grâce au centre d’information et d’orientation (CIO) d’Ivry, j’ai passé avec succès des tests d’équivalence. J’ai ensuite rejoint le lycée Jacques-Brel, pour suivre un bac pro Systèmes électroniques numériques.  Je parlais deux mots de Français quand je suis arrivé en cours, maintenant, je l’écris presque parfaitement. J’aimerais travailler dans la maintenance informatique. ” Un autre encore  reconnaît avoir “beaucoup trop séché” les cours pour décrocher son bac pro ébéniste au lycée François-Mansart de Saint-Maur l’année dernière. “J’ai déjà suivi des formations sur les métiers du froid, sur la mécanique des poids-lourds ou des automobiles, sur la menuiserie… Soit le domaine ne m’intéressait plus, soit je n’ai pas réussi à trouver de travail. Désormais, je prépare le concours pour devenir sous-officier de la gendarmerie qui se tient en mars” , se projette-t-il, tout en se rêvant sauveteur en haute-montagne.

Réapprendre l’estime de soi

Organisée dans le cadre de la semaine de lutte contre le décrochage scolaire, la visite des autorités de l’Etat visait à valoriser les actions concrètes mises en place. L’occasion aussi d’échanger avec l’équipe pédagogique. “La plupart des décrocheurs ont perdu toute estime d’eux-mêmes. Ils ne réussissent pas à l’école donc ils pensent qu’ils ne savent rien faire, qu’ils ne peuvent pas trouver leur place. C’est là-dessus qu’il faut travailler, pour leur réapprendre le savoir-être, que les entreprises cherchent autant que le savoir-faire, si ce n’est plus” , estime Claudie Hébrard, conseillère technique départementale de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire (MDLS). Pour Aude Druart, l’assistance sociale de l’établissement, qui partage son temps de travail avec le collège Jules Vallès voisin, c’est avant tout une question de moyens humains. “La lutte contre le décrochage scolaire est un travail de longue haleine. Il faudrait qu’une assistance sociale à temps plein soit installée sur les deux établissements. Tous les dossiers liés au décrochage scolaire sont différents : il y a celui qui se désintéresse de l’école, celui qui est en rupture familiale, le nouvel arrivant sur le territoire… C’est pour ça qu’ils exigent beaucoup de temps, glisse-t-elle, regrettant également de constater la précarisation des lycéens depuis quelques années. On a déjà passé une journée au téléphone pour éviter qu’un de nos élèves ne dorme dans la rue le soir-même.

 

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