Solidarité | | 13/11/2016
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Exceptionnel élan de solidarité envers les réfugiés de Nogent-sur-Marne

Exceptionnel élan de solidarité envers les réfugiés de Nogent-sur-Marne

Ce dimanche 13 novembre après-midi, une compétition de foot en salle a fait courir ensemble une partie de la soixantaine de réfugiés actuellement accueillis au gymnase Leclerc de Nogent-sur-Marne et des habitants de la ville dans la grande halle du gymnase Galliéni. Une rencontre amicale qui fait partie des nombreuses initiatives organisées par les habitants de la commune depuis l’arrivée des Soudanais, Érythréens, Lybiens et Somaliens vendredi 4 novembre.

Match de foot, course à pied, tournoi de ping-pong, sortie au cirque, visite au Stade de France, animation jeux de société, cours de Français, permanences traducteurs arabe-français, aide à voir un médecin… autant de propositions en cours d’organisation pour prendre soin de la soixantaine de réfugiés hébergés pour un mois dans le centre. Citoyens, associations locales, clubs, élus de tous les bords politiques, tout le monde se mobilise. A la MJC par exemple, on propose de l’accès wi-fi, des accès aux ordinateurs, et des ateliers Taï-Chi, danse, jeux, fabrication de savon… Au cinéma encore, on est prêt pour une projection. Une solidarité qui s’organise aussi au niveau matériel avec des dizaines de dons de vêtements, chaussures, jeux, matériel de dessin...  “Dès le premier jour, j’ai reçu des propositions d’aide, de cours de Français, de dons de vêtements, de soutien logistique… Depuis, cela continue. La commune a mis mon numéro à disposition des personnes qui souhaitaient aider et je reçois entre 15 et 20 appels par jour. C’est un élan de solidarité et de bienveillance exceptionnel et désintéressé, comme si les gens avaient décidé de ne pas être spectateurs passifs mais acteurs d’un projet. Il y a même un chasseur qui habite au-dessus du gymnase qui est venu spontanément apporter des faisans!” témoigne Rodolphe Beaudemont,  directeur de Coallia Val-de-Marne. Il y a aussi ces deux médecins retraitées qui ont proposé leurs services, la boulangerie d’en face qui porte ses invendus de pain et viennoiserie, les commerçants du petit marché voisin qui déposent leurs surplus…

Dessin refugie Nogent sur Marne Novembre 2016 2

De la méfiance à la générosité

Au départ, il y a eu des réactions de méfiance et une vingtaine de personnes  m’ont fait part de leurs doléances, comme cette personne qui s’indignait de savoir où elle allait pouvoir pratiquer la Zumba pendant ces quatre semaines, ou d’autres qui se demandaient si la facture s’ajouterait à leurs impôts locaux (pour rappel, il s’agit d’une réquisition de l’Etat entièrement financée par l’Etat) mais progressivement, j’ai aussi eu de plus en plus de sollicitations pour aider“, indique de son côté le maire LR de la ville, Jacques JP Martin. “Nous avons invité les personnes à s’adresser à Coallia et contribuons à notre niveau, notamment en donnant les surplus des repas de la  cantine, en jouant les facilitateurs. Nous avons aussi invité le directeur de Coallia à venir exposer la situation lors du dernier Conseil municipal, afin de répondre à toutes les questions. Un peu de solidarité et de générosité par les temps qui courent, cela ne fait de mal à personne!” commente l’édile.

Une cagnotte sur Leetchi

Entre les habitants, une chaîne de solidarité s’est aussi constituée de manière spontanée,  partie d’une habitante et agrégeant  progressivement de plus en plus de monde, citoyens, associations, élus de tous bords. Ce mercredi soir, une vingtaine de citoyens se sont ainsi réunis avec les réfugiés pour faire le point sur les besoins, programmer de futurs événements.  Pour pouvoir se comprendre, une personne traduit en Anglais pour les uns, une autre en Arabe. C’est cette organisation spontanée et citoyenne qui a permis l’organisation du match de foot en salle et les prochaines sorties qui sont programmées. Afin de constituer une cagnotte pour acheter des tickets de métro aux personnes pour qu’elles puissent aller effectuer leurs démarches administratives, et acheter d’autres produits de première nécessité, les citoyens ont même lancé une cagnotte en ligne sur le site Leetchi, qui a pour l’instant récolté près de 650 euros. Une page Facebook a également été créée, qui raconte les actions en cours.

Dessin refugie Nogent sur Marne Novembre 2016

Dessin réalisé par l’un des réfugiés actuellement hébergés au gymnase Leclerc de Nogent-sur-Marne

Pas de concurrence entre les SDF

Pour les citoyens qui ont décidé de faire bon accueil aux réfugiés, il ne s’agit pas d’un régime de faveur par rapport à “nos SDF” (sans domicile fixe). “Il n’est pas question de faire de différence entre les SDF, peu importe leur nationalité, ce-sont avant tout des personnes humaines qui ont besoin d’aide. Le SDF que l’on voit souvent devant les magasins de Nogent, et dont je me moque de savoir s’il est Français ou non,  il porte les baskets et le blouson de mon mari! Bien sûr que nous sommes soucieux de son sort“, réplique ainsi Paola sur cette question. “Lui comme ceux qui habitent dans le bois de Vincennes, je m’arrête souvent leur parler, je les aide dans leurs démarches administratives. Et je me suis battue contre l’arrêté anti-glanage qui avait été pris à Nogent il y a quelques années“, enchaîne Annie Lahmer, conseillère régionale EELV.  “Evidemment que nous prenons soin de ‘nos SDF’, en lien avec les structures dédiées et le CCAS (Centre communal d’action sociale), tranche encore le maire. Ce matin encore, j’ai discuté avec une personne qui était devant le petit marché et qui refusait depuis des années un hébergement en structure. Il m’a dit qu’il était prêt à passer le cap et je lui ai promis de le rappeler dès lundi“, complète l’élu. “Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre, gérés par deux ministères différents avec chacun un budget“, recadre pour sa part Rodolphe Beaudemont.

Des réfugiés primo-arrivants

Actuellement, une soixantaine de réfugiés sont abrités au gymnase Leclerc de Nogent-sur-Marne. 50 sont arrivés le vendredi 4 novembre après l’évacuation du campement Stalingrad. Depuis une petite vingtaine en sont repartis quelques jours après et 30 nouvelles personnes sont arrivées jeudi 10 novembre. Ils sont donc actuellement une soixantaine, essentiellement des Somaliens, Soudanais et Erythréens, mais aussi trois Lybiens depuis jeudi dernier. La majorité sont des primo-arrivants qui souhaitent rester en France. Un seul aurait transité par Calais, directement aiguillé là-bas par son réseau de passeurs. Il y a par exemple ce Somalien qui parle parfaitement un Italien appris à l’école (une partie de la Somalie a été une colonie italienne). Il travaillait dans l’hôtellerie mais a fui la guerre civile, appartenant à un clan trop petit pour se défendre. Il aimerait retrouver du travail en France, dans cette branche ou une autre. Un autre Somalien parle Anglais. Lui a commencé des études d’enseignant et souhaite poursuivre dans cette voie. Dans un premier temps, ils vont faire une demande de statut réfugié politique en déposant une demande en ce sens et en s’enregistrant à la préfecture. Si la procédure peut suivre son cours, ils se verront alors proposer de rejoindre un centre d’accueil en province, le temps d’étudier leur dossier de demande d’asile, ce qui prend plusieurs mois.  “Il y a également quelques personnes qui ont déjà obtenu leur statut de réfugié politique“, précise Rodolphe Beaudemont. Celles là vont être accompagnées vers les dispositifs d’insertion dans la société française.

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