Environnement | Accueil Val de Marne (94) Limeil-Brévannes | 10/05/2016
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Explosion des charges liée à la centrale biomasse de Limeil: à qui la faute ?

Explosion des charges liée à la centrale biomasse de Limeil: à qui la faute ?
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Dans dix ans peut-être, Limeil-Brévannes sera à nouveau citée en exemple et les habitants du quartier des Temps durables et de Pasteur se féliciteront d’être chauffés à plus de 50% grâce aux énergies renouvelables. Mais à l’échelle d’un foyer qui a acheté un appartement grâce à un crédit sur vingt ans en ajustant ses mensualités sur des estimations de charge qui ne correspondent pas à ce qu’il doit payer tous les mois, difficile aujourd’hui de voir la vie en rose.

Lancé au début des années 2000 sur le site d’une ancienne ballastière (carrière à pierres de ballast utilisées sur les voies ferrées) occupée par Les Hôpitaux de Paris pour entreposer des déchets hospitaliers, l’écoquartier des Temps durables avait pour vocation de transformer ce site servant et pollué en quartier de ville exemplaire, principalement alimenté en énergie renouvelable grâce à une centrale biomasse (bois et huile) et agencé tout en circulations douces. Le projet, piloté par la Centrale de création urbaine, prévoit 1250 logements dont 50% en location sociale et 50% en accession à la propriété.  Bouygues Immobilier, Propria/Constructa, Expansiel, le Groupe Gambetta et Pitch Promotion répondent à l’appel, ainsi que des bailleurs sociaux comme Valophis, Logial, I3F. Vendus moins de 3000 € le m2, les logements neufs partent comme des petits pains en 2009, avec des promesses de charges de chauffage faibles de 1 euro le m2 par mois. « Les tarifs étaient conçus de manière à ne pas supporter la hausse des prix de l’énergie« , motive Joseph Rossignol, ancien maire divers gauche à l’initiative du projet, qui revendique toujours ce quartier et le choix de la centrale biomasse comme « son bébé« .  A l’époque, les prix du pétrole ne cessent en effet de monter. « Si la courbe avait continué, on imaginait aisément que le baril de brut atteindrait les 150 dollars« , se souvient Philippe Lebrun, directeur délégué chez Cofely Services France, l’opérateur retenu pour exploiter la centrale Biomasse en délégation de service public (DSP) pour le compte de la ville sur une durée de trente ans, et président de la SCLB (Société de chaleur de Limeil-Brévannes).

Pour limiter les besoins en chaleur, les constructions doivent être pensées en basse consommation. « Les prévisions étaient de 35 kWh par m2 par an, nous avons ajusté la capacité de la centrale en ce sens« , précise Philippe Lebrun. Mais une fois les bâtiments construits, en 2012, la centrale s’avère sous-dimensionnée . « A l’époque, les promoteurs et le délégataire de service de la centrale biomasse se sont renvoyés la balle. Ils se sont notamment battus sur les notions de surface, les uns raisonnant en Shon (Surface hors oeuvre nette) et les autres en Shab (Surface habitable). En bref, les promoteurs n’avaient pas calculé les cages d’escalier », résume Joseph Rossignol. « Pour essayer de comprendre le problème et trouver une solution, nous avons organisé des réunions mensuelles avec des représentants des habitants pour auditionner les promoteurs et l’opérateur », poursuit l’ancien maire. Au final, une solution est trouvée, qui passe par un surcoût de 2,5 millions d’euros. Pour rentabiliser l’augmentation de capacité de l’usine biomasse, il est aussi décidé d’y raccorder les 750 logements du quartier Pasteur. Entre l’emménagement des habitants en 2013 et la mise en service de la centrale en avril 2015, l’intérim est assurée grâce au fioul…  « Cofely et les promoteurs ont chacun contribué à payer ce montant. La ville a également contribué en mettant à disposition la chaudière gaz de la boite à clous et les toits de la mairie pour accueillir des panneaux solaires. Début 2014, nous avons mis en place un tableau de bord pour suivre mois après mois la consommation réelle, bâtiment par bâtiment. Lorsque l’on regardait les résultats, certains bâtiments faisaient mieux que ce qui était prévu. Dans d’autres, c’était la catastrophe. C’est donc bien certains promoteurs ou leurs constructeurs qui n’ont pas travaillé comme ils auraient du le faire« , pointe l’ancien édile. « En moyenne, la consommation des résidences tourne aujourd’hui  autour de 65 kWh/m2, mais il y a une forte disparité entre les bâtiments, cela varie du simple au double », constate pour sa part Philippe Lebrun. Qui sont les bons et mauvais élèves ? L’opérateur ne répond pas sur ce point.

Au final, c’est la facture des habitants qui s’avère salée, avec en prime, pour certains, un décalage de facturation dans le temps, qui rend la note d’autant plus douloureuse. « Je suis rentrée dans l’appartement en avril 2015 mais notre syndic n’a reçu les factures qu’en décembre, nous n’avons donc pas payé le chauffage pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, mes charges de 122 euros par mois vont être multipliées par trois », s’inquiète une habitante du quartier Pasteur.  Chez Logial, bailleur social, on a provisionné pour éviter les mauvaises surprises, ce qui a permis de ne pas dépasser les 30 euros de régularisation de charges annuelles prévues dans les engagements de service auprès des locataires.

Elue en mars 2014, la nouvelle maire LR de la ville, Françoise Lecoufle, espère pour sa part renégocier ou dénoncer le contrat de délégation de service public qui lie la commune avec l’opérateur Cofély. L’élue, qui a mandaté le Sipperec (Syndicat Intercommunal de la Périphérie de Paris pour les Energies et les Réseaux de Communication) pour réaliser un audit de la situation fin 2014,  reproche à l’opérateur de la centrale de ne pas être transparent sur les chiffres. « Le Sipperec rend un premier rapport en mai 2015. Malgré de multiples relances par courrier recommandé et de nombreuses réunions, il ne parvient pas à obtenir de Cofely l’intégralité des documents nécessaires à sa mission« , dénonce l’élue dans une lettre aux habitants. « Nous avons répondu à toutes les questions du Sipperec« , se défend Philippe Lebrun. Pour la nouvelle édile, l’un des problèmes est que les terrains ont été cédés à des prix insuffisants pur tenir compte de l’amortissement de la centrale biomasse. Et puis, pointe l’élue « il faudrait plus de 5 000 logements pour rentabiliser cette infrastructure, or il n’y en a à peine 2000! » C’est donc sur le pied de guerre que la maire, qui envisage d’attaquer en justice l’ancien maire pour avoir lancé ce projet « dément« , tient ce soir une réunion publique  sur le sujet avec les habitants, à 20 heures en mairie. Elle y présentera  l’équipe d’avocats qui va plancher sur le sujet.

« J’invite aussi Joseph Rossignol et la direction de Cofely, les bailleurs sociaux et tous les promoteurs« , indique Françoise Lecoufle. « Je n’ai pas reçu d’invitation et n’ai pas l’intention de venir pour me faire insulter sans pouvoir m’exprimer« , rétorque l’ancien maire. Chez Cofély, Philippe Lebrun n’envisage pas non plus de venir. « Nous avons sollicité un rendez-vous avec la mairie et attendons de les rencontrer« , indique le patron de la société qui exploite la centrale. Les habitants, eux, devraient être là en nombre pour demander des comptes.

 

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