Justice | Accueil Val de Marne (94) Orly | 07/01/2016
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Fusillade mortelle à Orly : deux familles brisées par la loi du silence

Fusillade mortelle à Orly : deux familles brisées par la loi du silence
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Que s’est-il réellement passé ce vendredi 12 juillet 2013, à la tombée de la nuit, devant un café de la rue des Hautes Bornes ? Pourquoi G., jeune du quartier vivant dans un immeuble alentour, tire sur Hassine, son voisin? Ce sont les questions auxquelles tente de répondre depuis mardi la Cour d’Assises du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Créteil, qui juge cette affaire jusqu’à vendredi.

D’un côté, il y a la famille de la victime. Une dizaine de membres, dont certains se sont portés partie civile, frappés par la disparition d’un frère, d’un fils. De l’autre côté, l’accusé est recroquevillé dans son box. Silencieux, il garde la tête baissée la plupart du temps. Soutenu par sa famille, qui assiste aux débats dans le public. Mis en examen pour violence avec usage ou menace d’une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner, son audition ce jeudi sera l’un des moments forts des quatre jours d’audience.

Ce soir-là, Hassine, « un garçon courageux, sérieux, travailleur, qui ne sortait pas beaucoup« , selon sa mère, tarde à revenir au domicile familial pour la rupture du jeune – les Musulmans sont alors en plein Ramadan. Son petit frère, Fadi, enfourche son vélo et fait le tour du quartier à sa recherche. Quelques minutes plus tard, il trouve Hassine, gisant sur le sol, devant le café, au cœur d’une zone fréquentée d’Orly. G. vient de lui tirer dessus, devant un nombre indéterminé de témoins. Touché au thorax, le jeune homme ne se relèvera pas.

Guerre de bandes ?

Le prévenu, lui, reconnaît avoir utilisé une arme à feu. Il assure avoir répliqué contre un groupe de jeunes qui le poursuivait. Hassine aurait fait partie du groupe. Plus tôt dans la journée, Fadi, le frère d’Hassine, aurait vu G. se disputer violemment avec deux hommes au pied de son immeuble. Quelques heures plus tard, la voiture de la petite amie de G. est retrouvée, largement endommagée, et une main courante est déposée à la suite de menaces de morts. Cet événement va précipiter l’altercation de la soirée, au café Les Terrasses. Selon Fadi, le meurtre de son frère, le soir même, aurait été la conséquence dramatique d’une journée de tensions exacerbées dans les quartiers sensibles d’Orly.

En toile de fond, une rivalité entre bandes. Deux groupes d’Orly, dits des Saules et d’Alfred-de-Musset, s’affrontent depuis quelques années. Depuis le meurtre de Liesse Khider, en 2011, plusieurs vengeances successives ont ensanglantées les rues d’Orly. Quelques semaines après le meurtre de Khider, un proche des deux accusés est blessé à coup de hache en pleine rue. Un ouvrier, victime d’une balle perdue, est tué dans une fusillade en novembre 2012, pendant son déjeuner. Hassine a-t-il à son tour fait les frais de ces rivalités  le 12 juillet 2013 ? Une version contestée par sa famille. « Hassine se levait tous les matins pour aller à Rungis avec son père, il envisageait de se marier avec sa petite amie et de fonder son entreprise » , détaille sa mère, en larmes, devant la Cour. « Est-ce que, selon vous, Hassine aurait pu fréquenter l’une de ces deux bandes ? Aurait-il pu porter une arme à feu ? » questionne le président de la Cour, Philippe Coirre. « Jamais ! » , répond sa mère.

Plusieurs zones d’ombres susbsistent. Mohamed, qui a tenu la main de son ami Hassine et a tenté de lui prodiguer des soins, affirme s’être retourné vers Les Terrasses après avoir entendu « comme des pétards » dans son dos. Le gérant d’un café voisin, dont l’accusé était un habitué, a entendu les détonations et accueilli tous ses clients dans sa cuisine, mais n’a rien vu. Fadi, lui, tempère la déclaration faites aux enquêteurs, quelques heures après les faits. Aucuns des témoins présents n’a voulu s’exprimer devant la Cour. « On peut regretter le manque de solidarité et de franchise de cette jeune génération qui n’a pas aidée la police, et c’est le moins que l’on puisse dire« , regrette Philippe Coirre. « Tous ont peur de représailles« , assure l’avocat de la partie civile qui s’interroge : « Pourquoi la loi du silence est-elle si forte ?« 

Règlements de comptes, vengeance personnelle, accident ou coïncidence? Après deux jours de débats, le mystère reste entier. Les plaidoiries des parties civiles et de la défense, attendues jeudi après-midi, suivront l’audience de l’accusé. Le verdict devrait être rendu vendredi après-midi.

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