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Justice | Orly | 08/01/2016
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Meurtre à Orly : la version de l’accusé reste bancale

Meurtre à Orly : la version de l’accusé reste bancale
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Troisième jour de procès pour G. à la Cour d’Assises du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Créteil. Auteur d’un coup de feu mortel sur son voisin Hassine devant un café de la rue des Hautes bornes à Orly le 12 juillet 2013, sur fond de rivalités entre bandes, l’accusé avait ce jeudi la parole. Un moment très attendu.

« Ce que j’ai fait est impardonnable… Je souhaite être condamné, parce que j’ai volé une vie, et même si c’était pour sauver la mienne, moi je suis toujours là. Hassine, lui, n’est plus là… » , témoigne le jeune homme, debout dans son box, la gorge nouée. « J’ai brisé une famille, une famille travailleuse, joyeuse. J’ai enlevé un fils à sa mère… « 

Selon l’accusé, c’est sa volonté de ne pas s’impliquer dans la guerre des quartiers qui fait de lui, au fil des mois, le souffre-douleur de la cité. « Il y avait des problèmes entre les Saules, où j’ai grandi et où j’ai des amis d’enfance, et Alfred-de-Musset, où j’habitais. Je n’ai pas voulu choisir un camp et au fur et à mesure des mois, mes amis d’enfance m’en ont voulu » , explique G. De l’indifférence d’anciens amis aux insultes et aux menaces envers les proches de G., et notamment sa petite amie, il n’y a que quelques mois selon lui. Le 12 juillet 2013 au matin, une violente dispute éclate entre G. et plusieurs hommes. Quelques heures plus tard, la voiture de sa petite amie, H., est saccagée : les vitres sont brisées, les rétroviseurs arrachés. « A ce moment-là, je suis choqué » , reprend l’accusé. « Je descends pour voir l’état de la voiture. Et là, ma petite amie est furieuse, ma mère, présente aussi, très inquiète » , détaille-t-il, précisant se retrouver alors face à 3 hommes qui auront témoigné pendant le procès. Très vite, les esprits s’échauffent, les insultes pleuvent, et quelques coups partent. « Alors j’ai proposé qu’on se batte, d’homme à homme… » , explique G., qui affirme avoir vu plusieurs armes dans les mains de ses rivaux, notamment une arme de poing. « On a fait le cinéma dans la cité : tout le monde était à sa fenêtre, les voisins descendaient… On s’est donné en spectacle » , explique de son côté un témoin incarcéré dans une autre affaire de stupéfiants, qui réfute la version de G.

Une version contradictoire avec les constatations scientifiques

Puis vient le récit de la soirée, selon l’accusé. « Comme tous les soirs, je suis allé au bar dans lequel j’ai mes habitudes. Pendant la soirée, j’ai vu un groupe d’une quinzaine de jeunes, cagoulés, capuchés, et armés de bâtons, de barres de fer ou de battes de base-ball. Vu les tensions à ce moment-là, j’ai cru à une descente d’un quartier dans un autre. Puis, alors que je marchais en sens inverse, j’ai entendu : « Il est là, niquez-le ! » . J’ai compris qu’ils venaient pour moi » , raconte G. « J’essaie de m’échapper entre les voitures. Très vite, je me retrouve pris en sandwich et je prends un coup de batte sur le cou. Là, je vois quelqu’un brandir une arme de poing. Je lui saute dessus, j’arrive à me saisir de l’arme. Je le repousse avec mon bras gauche et le coup part sans que j’ai eu le temps d’y réfléchir. J’étais terrifié, tétanisé. J’ai pris la fuite et j’ai jeté l’arme dans une poubelle quelques mètres plus loin. « 

Une version qui ne concorde pas avec les constatations scientifiques de la police. « Hassine mesurait 1m92. Vous mesurez 1m75. Selon l’expert, Hassine est touché par un tir direct, c’est à dire peut-être à un mètre ou un mètre 20, de haut en bas, sous les cervicales. Ses constatations ne sont pas compatibles avec votre version« , lui oppose Philippe Coirre, le président de la Cour d’Assises. « Ca s’est passé tellement vite… Je ne sais plus, désolé » , répond G. « Pourquoi vos proches n’ont pas la même version que vous ? » s’étonne Philippe Coirre. « A l’époque, il y avait beaucoup de rumeurs et de versions à Orly… Ils ont du être influencés. » « Pourquoi personne ne vient témoigner contre vous ? Est-ce qu’ils devraient avoir peur d’éventuelles représailles ? », reprend le juge. « De quelles représailles parlez-vous ? Je suis en prison. Les gens ne veulent pas être mouillés dans cette histoire, ni de près ni de loin je pense.« 

L’avocate générale semble avoir du mal à croire aux propos du jeune homme. « Le témoignage du commerçant et les investigations auprès du service de ramassage d’ordure prouvent que vous n’avez pas jeté cette arme dans cette poubelle. Au sein d’un groupe de 15 jeunes cagoulés, comment arrivez-vous à en identifier seulement 3 ? Après vos antécédents (délits mineurs liés à des vols et aux stupéfiants), vous assurez vouloir sortir de ces histoires. Avec les relations que l’on vous trouve dans le dossier ? Lors des écoutes, on se rend compte que vos proches parlent des faits avec beaucoup plus de légèreté que vous ne le prétendez » , lance l’avocate générale . L’accusé, visiblement agacé par l’interrogatoire, ne répond pas. « Seulement un mois après votre incarcération, on saisit un téléphone dans votre cellule. Vous communiquiez avec des proches pour arranger les versions ? Ou pour gérer le business ? Étiez-vous en concurrence commerciale avec ces gens ? » , reprend l’avocate générale. « Il n’y a aucune version et il n’y a aucun business » , répond l’accusé.

L’audience ne permettra pas d’éclaircir réellement la situation. Tout comme les motivations de G., en cavale pendant 12 jours avant son interpellation. Quelques minutes après les faits, un ami à lui, habitant l’Essonne, vient le chercher à Orly. Il lui donne 2500 euros. « Il agit comme un grand frère, c’est un vrai ami. Il m’a conseillé de me rendre et m’a dit que cet argent servirait à la cantine, en prison, et à payer une partie des frais d’avocat » , explique l’accusé devant la Cour, incrédule face à un don si désintéressé. Mais le jeune homme ne suit pas les conseils et prend la route pour Perpignan avec sa petite amie. « Pendant ces 12 jours, alors que vous indiquez agir sous le coup de la panique, vous n’avez pas utilisé votre téléphone portable et votre carte bancaire » , note l’avocate générale. « Je constate aussi que vous passez quelques jours avec votre famille, à Orly, pour, selon vous, être sûr qu’il ne leur arrivent rien. Alors même que votre présence dans le quartier pourrait avoir de lourdes conséquences pour eux. » Silence du prévenu.

Son interrogatoire, l’un des moments clés du procès, n’aura pas apporté beaucoup plus d’informations précises sur les faits. Dans cette affaire, c’est paroles contre paroles, sur fond de loi du silence et de rivalités entre quartiers. Le verdict est attendu ce vendredi après-midi.

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