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Grands projets | | 25/08/2016
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Piétonisation quai de Seine rive droite: le rapport d’enquête dit non, Paris passe outre

Piétonisation quai de Seine rive droite: le rapport d’enquête dit non, Paris passe outre © Luxignon

Après un mois d’enquête publique dans un climat conflictuel en raison de l’impossible dialogue Paris banlieue d’une part, des oppositions politiques droite-gauche d’autre part, la piétonisation d’une partie de la voie Georges Pompidou rive droite fait plus que jamais polémique.

La Commission d’enquête a rendu un avis défavorable, applaudie notamment par les élus du Val-de-Marne mobilisés contre le projet. De son côté, la maire de Paris explique pourquoi elle passera outre l’avis de la commission.

Trois ans après la piétonisation des quais de la rive gauche entre le pont Royal et le pont de l’Alma, globalement bien perçue, celle de la rive droite, sur 3,3 km entre le tunnel Henri IV et le tunnel des Tuileries, semblait aller de soi pour un certain nombre d’élus, s’inscrivant «dans le sens de l’histoire», comme l’a défendu la maire du 12 ème arrondissement auprès de la Commission d’enquête publique, concourant à la diminution des flux automobiles dans la ville au profit du vélo, de la marche et des transports en commun. Améliorer la qualité de l’air, redonner aux bords de Seine un aspect digne de ce patrimoine classé à l’Unesco, offrir des espaces de respiration aux habitants… autant d’arguments de la capitale.

Reports de trafic automobile et anticipation des transports en commun

Quel impact sur la circulation de la voie haute rive droite, sur la circulation rive gauche et sur les temps de transports des automobilistes de la voie Georges Pompidou ? Les transports en commun ont-ils été anticipés pour accueillir un report d’usagers ? Voilà sur le fond les questions qui ont été posées et opposées au projet, relayées par la Commission d’enquête, laquelle a exigé «des données permettant d’avoir une connaissance exacte et fine du trafic empruntant la voie Georges Pompidou et, partant, d’apprécier les conséquences réelles qu’aura sa fermeture envisagée sur la circulation automobile ainsi que la zone géographique sur laquelle lesdites conséquences seront supportées.»

Désaccords sur les évaluations chiffrées

Pour la Commission, les chiffres, statistiques et évaluations fournies par Paris ne permettaient pas de répondre à la question, ayant un caractère trop macroscopique. La mairie s’est défendue en indiquant que les données qu’elle avait intégrées dans l’étude étaient de même nature que celles qui avaient été fournies lors de l’enquête publique sur la piétonisation d’une partie de la rive gauche, mais ses arguments n’ont pas convaincu. La Commission a insisté sur le fait que, même si la ville de Paris a décidé de considérer cette voie Georges Pompidou comme un boulevard urbain, il n’en reste pas moins qu’à l’origine, cet axe a été créé pour assurer la continuité des itinéraires principaux dans l’agglomération parisienne et la région d’Ile-de-France. La commission a par ailleurs indiqué que les chiffres de trafic annoncés par la ville et d’autres captés sur place ne concordaient pas.

Polémique sur le périmètre de l’enquête publique

La Commission a aussi largement motivé son avis défavorable par le périmètre trop restreint de cette concertation publique, limitée à seulement quatre arrondissements de la commune (1,4, 7 et 12) alors que d’autres arrondissements, notamment les 5,6 et 8, vont être impactés par des reports de circulation, ainsi que les villes de banlieue dont les habitants empruntent la voie Georges Pompidou pour rallier l’autre côté de la capitale. Excédés par ce périmètre de concertation, plusieurs élus du Val-de-Marne avaient même menacé de couper l’A4.

Fait accompli ?

Sur la forme, la Commission a regretté l’annonce par Paris que la voie sur berge concernée resterait fermée entre la fin de Paris Plage et le vote définitif de la piétonisation au Conseil de Paris, prévu fin septembre, donnant l’impression que l’affaire était déjà actée, quelle que soit l’issue de l’enquête publique. La Commission pointe et regrette également la politisation du débat qui a animé un certain nombre de contributions ainsi que la transformation de l’enquête en une confrontation entre Paris et sa banlieue.

Les élus LR des villes riveraines applaudissent l’avis défavorable

Les réactions politiques à cet avis défavorable illustrent les clivages qui ont cristallisé le débat. Dans le Val-de-Marne, les élus LR des villes riveraines se sont largement réjouis des conclusions de la Commission d’enquête. «Je me réjouis que cette instance reprenne ainsi les arguments qui ont été avancés par les maires des villes du Val-de-Marne limitrophes de la capitale au premier rang desquelles Charenton-le-Pont pour s’opposer à cette initiative. En effet, Charenton-le-Pont serait particulièrement touchée par tous les effets négatifs de la fermeture définitive des voies sur berges car elle se trouve au croisement de l’autoroute A4 et du boulevard périphérique qui sont déjà reconnus comme étant parmi les axes routiers urbains les plus fréquentés d’Europe et sources répertoriées de nuisances (Point Noir du Bruit…)», a ainsi immédiatement réagi Hervé Gicquel, maire de Charenton-le-Pont. “Cette décision courageuse et lucide donne droit aux arguments que nous ne cessons de défendre depuis des mois.C est une première victoire en faveur des habitants de la banlieue,méprisés par la maire de Paris. C’est aussi une victoire pour les Parisiens qui auraient vite  subi une augmentation des embouteillages et de la pollution. Nous aussi, les maires de banlieue, nous nous battons contre le tout voiture et contre la pollution, à condition que des transports en commun réguliers, confortables et sécurisés viennent offrir une alternative décente à leurs contraintes de déplacement. Ce n est évidemment pas le cas aujourd’hui”, ajoute Patrick Beaudouin, maire LR de Saint-Mandé.

«En réalité nous ne demandions pas une annulation de cette décision, mais bien un moratoire de deux ans destiné à améliorer la qualité de l’air, tant sur Paris que dans la proche Couronne, et à étudier des solutions alternatives à la fermeture des berges (transports en commun, modes doux en matière de déplacements…)», tempère pour sa part Jacques JP Martin, maire de Nogent-sur-Marne et président du territoire Marne et Bois, qui attend désormais que le préfet de police intervienne, rappelant que ce dernier lui a écrit en juillet pour lui indiquer qu’il rendrait son avis fin septembre, en tenant compte des conclusions du Commissaire enquêteur. Et l’élu de réclamer également la création d’un «Comité de Pilotage mixte, Paris-Banlieue, au sein, ou hors, de la Métropole du Grand Paris

Rive gauche, Luc Carvounas, sénateur-maire PS d’Alfortville, encourage au contraire Anne Hidalgo à poursuivre son projet.

Le Conseil régional réclame une enquête publique au niveau Ile-de-France

Le Conseil régional d’Ile de France, lui,  appelle à la concertation avec les franciliens «avec une enquête publique sur un périmètre régional, afin que ce projet puisse être réexaminé et accompagné de mesures compensatoires (parkings aux portes de Paris, protections phoniques, solutions alternatives de transport…)» et «souhaite que la mairie de Paris sursoie à sa décision, en attendant un nouveau projet qui réponde aux inquiétudes des parisiens et des habitants de la petite et grande couronne.»

Anne Hidalgo retoque l’avis de la Commission d’enquête

Anne Hidalgo, maire PS de Paris, regrette au contraire «un déni complet de l’urgence climatique, pourtant actée à Paris par tous les Etats du monde il y a moins d’un an», rappelant que «la pollution de l’air est responsable, chaque année, de 48 000 décès prématurés en France, dont 6 500 à Paris,» et dénonce des conclusions qui «ne tiennent pas non plus compte des motifs environnementaux, sanitaires, urbains et culturels qui sont pourtant à l’origine de ce projet de piétonisation.» Et de citer un sondage Ifop d’avril 2016 a donné 60% de Parisiens favorables au projet. En colère, l’édile reproche à la Commission d’enquête d’avoir écarté «les études objectives et extrêmement précises qui lui ont été fournies, qui prévoient un impact très faible en dehors du centre de Paris et un report de circulation tout à fait absorbable pour les quais hauts et le boulevard Saint Germain» et l’accuse de reprendre «benoîtement des arguments usés du Medef» concernant un éventuel effet négatif sur l’économie locale. «En tant que maire de Paris, représentante des Parisiens et ayant la responsabilité de protéger et d’améliorer leur cadre de vie, j’ai donc décidé, dans le respect du droit, de ne pas suivre cet avis consultatif de la commission d’enquête», tranche donc l’élue qui promet de mettre au menu du prochain Conseil de Paris, qui se tient du 26 au 28 septembre, la délibération actant de cette piétonisation partielle de la voie Georges Pompidou. L’élue annonce également qu’elle convoquera début septembre une conférence pour faire appliquer intégralement l’accord de Paris sur le climat, signé lors de la Cop 21 de novembre 2016, rappelant son statut de présidente du C40, un réseau de 86 métropoles mondiales qui coopèrent contre le dérèglement climatique.

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