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Société | Fresnes | 03/10/2016
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Record de cafards et punaises à la prison de Fresnes: l’Etat attaqué en justice

Record de cafards et punaises à la prison de Fresnes: l’Etat attaqué en justice © OIP

La cellule avec option cafard et punaises de lit, ce n’est sans doute pas celle qui a été donnée à voir à Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, lorsqu’il est venu visiter la prison de Fresnes le 20 septembre dernier pour annoncer son plan prison. Pour Maud Schlaffmann-Amprino, avocate au Barreau de Créteil depuis fin 2014, c’est pourtant le quotidien décrit par la douzaine de ses clients incarcérés dans cette Maison d’arrêt.

Précisément, tous ne décrivent pas exactement la même situation. Entre la première, la deuxième et la troisième division, que l’on franchit successivement pour aller jusqu’au quartier disciplinaire, il y a des nuances. « La première est un peu moins touchée, la seconde est infestée de cafards, et la troisième également, avec énormément de punaises de lits, indique la jeune avocate.

Eviter le lit pour éviter les punaises

Une invasion telle que les clients développent des stratégies pour pouvoir dormir. Certains gardent la lumière allumée pour éviter de voir les cafards noircir le mur. J’ai aussi un client qui dort à moitié assis sur sa table plutôt que de s’allonger sur son matelas investi par les punaises de lit. Mais je vois bien les piqûres lorsque je les visite. » Pour ces détenus dont certains sont en détention provisoire depuis plus de neuf mois,  Fresnes fait partie des pires. « Certains me disent regretter Fleury Mérogis ! » note encore Maud Schlaffmann-Amprino. Selon l’avocate, la recrudescence des cafards a été signalée depuis le début de l’année 2016. Un fait que n’ont pu repérer les parlementaires écologistes Laurence Abeille et Esther Benbassa, qui n’avaient pourtant pas l’oeil dans leur poche lors de leur visite en février, puisqu’il leur avait été montré des cellules vides, sans doute pas celles de 3e division. « A l’époque, ce qui m’avait particulièrement choqué était l’état des parloirs, situés au sous-sol. L’odeur d’égout et de saleté mêlées était suffocante », se souvient Laurence Abeille, députée EELV.

Une situation dénoncée par les gardiens de prison depuis longtemps

« Cela fait des années qu’il y a des rats, des punaises de lit et des cafards« , témoigne pour sa part Cédric Boyer, responsable FO pénitentiaire à Fresnes. Cet été, le syndicat, qui proteste régulièrement contre les conditions de travail des gardiens confrontés à une violence quotidienne exacerbée par la surpopulation carcérale, a adressé une lettre ouverte au Tribunal de Grande Instance de Créteil pour dénoncer la prolifération des rats, après que deux cas avérés de leptospirose (maladie infectieuse transmise notamment par les rats) parmi les détenus aient été reconnus par l’Agence régionale de santé et qu’un gardien de prison ne soit réveillé par un de ces rongeurs en train de lui uriner dessus dans la salle de repos!

L’Observatoire des prisons attaque en justice

De son côté, l’OIP, Observatoire international des prisons, qui suit également de près la situation à Fresnes et a déjà réussi à faire tomber les murets de séparation qui persistaient au parloir, a décidé de sonner l’alarme et a déposé un référé liberté (télécharger la requête en mémoire) au Tribunal administratif de Melun ce lundi 3 octobre à midi (audience prévue le 5), après avoir été alerté par la lettre ouverte du syndicat et les cas de Leptospirose, mais aussi reçu un certain nombre de témoignages de personnes incarcérées et de leurs avocats. L’association demande à l’Etat d’intervenir pour assainir la situation. Une action similaire avait été lancée en 2012 à Marseille, qui avait conduit à une vaste désinsectisation et dératisation. Des actions, il y en a pourtant qui sont menées régulièrement dans l’établissement, mais la surpopulation chronique, avec actuellement un taux de remplissage de 200%, ne facilite pas les choses. Difficile de vider les cellules pour procéder à une action d’envergure.

En attendant un arrêt pilote de la Cour européenne de justice

L’OIP a également démarré une action de longue haleine. « Nous encourageons les procédures individuelles de dépôt de plainte auprès de la Cour européenne de justice pour obtenir un arrêt pilote préconisant des recommandations contraignantes à la France pour résoudre le problème de manière structurelle plutôt que de traiter des cas individuels à l’infini. Pour l’instant, entre 20 et 30 recours ont été déposés, qui émanent de personnes incarcérées dans différentes prisons, dont une de Fresnes. Deux autres procédures vont également être lancées prochainement concernant Fresnes », détaille Nicolas Ferran, responsable du pôle contentieux au sein de l’OIP.

En attendant, le référé liberté sera examiné par le Tribunal administratif de Melun ce mercredi 5 octobre à 16 heures (télécharger la requête en mémoire). Nouveau directeur de la prison depuis la rentrée, Philippe Obligis n’est pas au bout de sa peine.

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