Législative 2017 en Val-de-Marne : les résultats détaillés du 2nd tour
Politique | Val de Marne | 11/11/2016
Réagir Par

Soutiens nuancés des élus PCF à Jean-Luc Mélenchon en Val-de-Marne

Le PCF soutiendra-t-il la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017 ? La question sera tranchée par les militants d’ici le 26 novembre. Dans le Val-de-Marne, certains élus affichent déjà ouvertement leur soutien, avec un enthousiasme nuancé et quelques pincettes.

L’ex-candidat du Front de Gauche de 2012 a écarté l’idée d’une alliance de partis pour se lancer personnellement dans la campagne dès le début 2016, créant un nouveau mouvement, La France insoumise. Le temps de recueillir quelques 130 000 parrainages citoyens et de jeter les bases d’un programme  nourri  du projet de 2012, L’Humain d’abord, mais aussi des thèses du Parti de Gauche et des quelques 3 000 propositions postées sur son site entre février et août. Cette pré-candidature a franchi une nouvelle étape cet automne avec la Convention de la France insoumise. Au vu des derniers sondages qui le créditent de 13% à 15% des intentions de vote, la mayonnaise a pris et l’ancien ministre PS (entre 2000 et 2002 dans le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin), cofondateur du Parti de Gauche en 2009, est devenu incontournable.

Soutenu par les habitants en direct, Jean-Luc Mélenchon peut aussi s’appuyer sur son propre parti, le PG. Dans le département, le bureau récemment réélu du PG a réaffirmé son soutien  à la candidature Mélenchon et à son objectif de disposer de candidats France insoumise dans toutes les circonscriptions du Val-de-Marne en juin 2017. Les militants PG sont aussi à l’initiative de la grande majorité des comités de soutien locaux à Jean-Luc Mélenchon dans le département. L’Insoumis en chef peut aussi compter sur Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, qui a appelé à le rallier dès le mois de septembre, même si son parti doit se prononcer en conférence nationale le 19 novembre prochain. En Val-de-Marne, Ensemble tiendra son AG à ce sujet ce mercredi 16 novembre, indique son responsable départemental Bernard Galin. Au sein du PCF, gros morceau du FG, c’est plus compliqué. Le secrétaire national, Pierre Laurent, a appelé à soutenir le candidat PG malgré ses réserves, mais les dirigeants du parti ont voté pour une candidature PCF lors de la conférence nationale qui se tenait samedi 5 novembre. Le vote des militants départagera les positions d’ici la fin novembre.

Dans le Val-de-Marne, le débat suscité par la conférence nationale a donné lieu cette semaine à une série de communiqués d’élus PCF désireux d’afficher leur soutien à Jean-Luc Mélenchon, de Gilles Saint-Gal, conseiller départemental et municipal PCF de Fontenay-sous-Bois, à Stéphanie Daumin, Christian Hervy et Guy Petenatti, maire et anciens maires PCF de Chevilly-Larue, en passant par Nathalie Dinner, vice-présidente FG (non encartée au PCF) du Conseil départemental, qui vient d’annoncer qu’elle lui donnait son parrainage, ou encore Sylvie Altman, maire PCF de Villeneuve-Saint-Georges qui a signé un appel en ce sens. Sans aller jusqu’à publier des déclarations, d’autres élus, à l’instar du président du Conseil départemental, Christian Favier, du maire de Choisy-le-Roi Didier Guillaume ou de celui d’Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou, indiquent, lorsqu’ils sont questionnés sur la question, qu’ils se rangent à cette position. A Champigny-sur-Marne en revanche, le maire Dominique Adenot souhaite attendre le vote des militants. Au-delà du PS, l’ancien directeur de cabinet du maire PS de Boissy-Saint-Léger, Nicolas Georges, exclus du parti après avoir créé un groupe dissident au sein du Conseil municipal, a lui aussi déclaré son ralliement.

Des divergences de méthode

Dire que l’enthousiasme est béat au sein des communistes serait exagéré. « Cela ne veut pas dire que nous adhérons à toutes ces positions ainsi qu’à sa stratégie de candidature sans concertation avec les autres composantes du Front de Gauche« , souligne Christian Favier. Et le sénateur communiste de citer quelques différences de vues comme la notion de « planification » écologique,  méthode jugée un peu dépassée, ou la demande d’engagement des parlementaires France insoumise à discipliner leurs positions au programme du mouvement.  « Je pense qu’il faut faire confiance aux élus même si c’est sur la base d’un engagement« , pointe le président du Conseil départemental. Sur l’analyse sociétale, l’élu distingue également les visions. « Nous restons plutôt sur une analyse d’une société divisée en classes sociales avec une opposition entre ceux qui possèdent les richesses et ceux qui n’ont que de leur force de travail à faire valoir, et ne lui substituons pas une opposition entre oligarchie et peuple« , poursuit le parlementaire qui refuse également de voir deux gauches irréconciliables, « car il faudra bien se rassembler  un moment« . Ceci étant posé, le feu est au vert. « Les questions qui font débat ne sont pas insurmontables« , motive le sénateur.

Le Front commun se positionne pour Mélenchon mais au-delà de France insoumise

Pour soutenir Jean-Luc Mélenchon sans rentrer dans la canal France insoumise, un certain nombre d’élus ont décidé d’élargir le cercle en appelant à un Front Commun, signant un appel en ce sens. C’est le cas notamment de Sylvie Altman, maire PCF de Villeneuve-Saint-Georges, qui fait partie des 100 premières signataires de l’appel.« Quels que soient les arguments des uns et des autres ou les divergences que nous pouvons avoir avec lui, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique. Elle exprime dans les classes populaires le refus à gauche de la politique mise en œuvre par François Hollande. A six mois de l’échéance, il serait, à nos yeux, irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation. Cependant son mouvement « La France insoumise » ne représente qu’une partie des forces disponibles« , pose l’appel qui compte à ce jour un millier de signatures dont un peu plus d’une trentaine dans le Val-de-Marne. Ont également signé Marc Thiberville et Elsa Bardeaux, élus à Villeneuve-Saint-Georges, Nora Saint-Gal, élue à Fontenay-sous-Bois, mais aussi un certain nombre de militants d’Ensemble, dont son responsable départemental, Bernard Galin.

Rejet d’une partie de la gauche, peur de la division et temps qui presse

Quels sont les constats partagés par les communistes pour soutenir Jean-Luc Mélenchon? Il y a d’abord le rejet de la gauche gouvernementale actuelle. « Les différents gouvernements de François Hollande ont dès leurs premiers actes tournés le dos à tous les engagements pris en 2012. (…) La candidature de Jean-Luc Mélenchon,  qui déjà en 2012 nous rassemblait avec le programme l’humain d’abord,  est la seule en rupture avec le social-libéralisme, et la seule sur laquelle peut se construire un rassemblement qui permettra d’éviter un scénario catastrophe pour notre peuple« ,  pose Gilles Saint-Gal.

Le risque d’une division au sein de la gauche alternative prolonge ce premier argument. « Nous devons remiser nos égos pour  jouer collectif », enjoint Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry-sur-Seine, qui invite à commencer par se plonger dans le programme, et, à défaut de converger sur tous les plans, rejoint Jean-Luc Mélenchon dans son appel à une nouvelle République.. « Cette candidature aura d’autant plus de chance de rassembler et d’aboutir si le PCF s’y investit« , poursuit l’élu.  « J’ai commencé ma vie politique en 2008, dans ma ville, Villeneuve-Saint-Georges, dans une dynamique ouverte, rassembleuse et citoyenne. A l’époque c’était les prémices du Front de Gauche, et cette démarche nous a permis d’être élus, avec Sylvie Altman, maire communiste. En 2012, avec la constitution du Front de Gauche, la candidature de Jean-Luc Mélenchon aux Présidentielles et des candidats aux législatives sous l’appellation Front de Gauche, j’ai connu, comme beaucoup, une campagne dans laquelle de très nombreux citoyens se sont retrouvés et de fait engagés. Elle a redonné de l’envie, de l’espoir, celui de changer la donne, de créer un autre monde », rappelle de son côté Nathalie Dinner.

Le troisième argument partagé concerne le timing, alors qu’il ne reste que six mois avant les élections. « Le temps n’est pas aux décisions mi-chèvre mi-chou ni aux tergiversations« , insistent les maire et anciens maires de Chevilly-Larue. La réalité politique, c’est que Jean-Luc Mélenchon marque aujourd’hui de manière crédible le paysage politique en tant qu’alternative de gauche à la politique actuelle« , défendent les élus. C’est aussi dans ce contexte que se positionne le maire PCF de Choisy-le-Roi, Didier Guillaume, qui a attendu une réunion avec les militants ce jeudi soir pour donner son point de vue. « Hier, une quarantaine de militants étaient présents et il s’est dégagé une grande majorité en faveur de cette option. Il est temps aujourd’hui  de réfléchir  à un pacte fort de rassemblement pour lutter contre la finance, défendre l’égalité hommes-femmes, travailler à une nouvelle république… », insiste l’élu, pour qui il n’est pas question en revanche de rentrer dans un moule France insoumise aux élections législatives mais plutôt de présenter un candidat, soutenu aussi par France insoumise.

Refus de la primaire

Et si un Montebourg sortait vainqueur de la primaire, cela ne serait-il pas de nature à changer la donne ? Pour Nicolas Georges, longtemps au PS, c’est justement les primaires qui posent problème. « Cette mécanique ne sert qu’à celui qui tient le parti, avec des trublions et des faire-valoir au premier tour. Il faut partir sur un autre modèle, clair pour tout le monde. Mélenchon, c’est clair!« , insiste l’élu boisséen sans étiquette. Et les positions sur la sortie de l’Europe ? « Personnellement, je suis plutôt pour changer les choses de l’intérieur. Mais la joute oratoire est nécessaire en politique, il faut mettre les pieds dans le plat pour réveiller les électeurs à gauche« , répond le conseiller d’opposition.

En attendant le vote militant

Maire PCF de Champigny-sur-Marne, Dominique Adenot ne se prononce pas encore. « Je respecterai le vote des militants. On n’est pas seul dans sa tour d’ivoire et je n’ai pas un statut spécial en tant que maire », pose l’élu, tout en reconnaissant être très interrogatif sur la question. « Je suis pour une gauche de la gauche sans compromis avec Hollande, Valls ou Macron, mais il peut y avoir des convergences avec des écologistes, des frondeurs du PS, des gens issus du mouvement social, notamment celui qui s’est développé contre la loi Travail, des gens fatigués du 49.3 et qui veulent se vacciner des politiques qui font le contraire de ce qu’ils promettent« , développe l’élu.  Quid du timing serré? « Il est vrai que plus on se rapproche des échéances, plus il sera difficile d’imaginer une convergence, mais l’histoire a parfois plus d’imagination que nous. Quelques mois avant la victoire du Front populaire en 1936, tout le monde était en berne après les événements de février 1934… »

Secrétaire départemental du PCF, Fabien Guillaud-Bataille ne souhaite pas non plus rendre sa position publique avant que les militants ne se prononcent, mais veut recadrer le sujet. « On pose un regard déformant sur le débat en ne s’intéressant qu’à la question sur la candidature Mélenchon, alors qu’une position préalable a recueilli l’assentiment de 94% des participants à la conférence nationale, qui propose de continuer d’agir jusqu’au bout pour parvenir à une candidature commune, en appelant tout le monde à se mettre autour de la table : Jean-Luc Mélenchon, mais aussi les frondeurs, Yannick Jadot, Arnaud Montebourg, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann… Il faut que tout le monde se parle« , plaide le secrétaire départemental.

Du côté d’EELV, la possibilité d’un rapprochement sous les fourches caudines de la France insoumise semble pour l’heure compliquée alors que le parti vient d’achever des primaires pour désigner son candidat, lé député européen Yannick Jadot, et que certaines positions de Jean-Luc Mélenchon sont peu compatibles avec le parti, notamment sur le plan international.

 

 

Merci de votre lecture !

Nous mettons nos articles en ligne gratuitement afin quʼils puissent être lus par tous mais lʼinformation a un coût.

Si cet article vous a intéressé, et si vous souhaitez quʼil y a en ait beaucoup dʼautres, vous pouvez contribuer à notre développement et notre indépendance, soit en vous abonnant, soit en faisant un don, même modeste et ponctuel.

Législative 2017 en Val-de-Marne : les résultats détaillés du 2nd tour
28 commentaires pour Soutiens nuancés des élus PCF à Jean-Luc Mélenchon en Val-de-Marne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *