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Histoire | Cachan | 09/11/2017
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A Cachan, un descendant de poilu publie un journal de guerre inédit

A Cachan, un descendant de poilu publie un journal de guerre inédit © http://www.grande-guerre.net
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"Arrivé à Valence à 3h00 du soir, habillement à 4h15", ainsi commence le 2 août 1914 le journal de la grande guerre d'Alexandre Richard, 24 ans, 1m63.

Savoyard d’origine, le futur Cachanais n’est pas un bleu,  déjà engagé volontaire pour trois ans dès l’âge de 18 ans, avant de se marier et de s’installer à Saint-Etienne. Incorporé dans le sixième régiment d’artillerie de campagne, il part immédiatement vers les Vosges puis la Somme. Le 1er octobre 1914,  il est le seul de son équipée à survivre à une pluie d’obus qui le blesse au ventre et à la jambe.

Durant ces deux mois de guerre de mouvement, parmi les plus meurtriers du conflit, Alexandre tiendra soigneusement son journal en écrivant au crayon de papier quelques lignes chaque jour. Et c’est dans un vieux coffre qu’Olivier Roussard, son arrière-petit-fils, a déniché par hasard ce journal de guerre entre autres archives et photos, il y a quelques années. « Il y a deux exemplaires de ce journal, le premier manuscrit écrit au crayon, et un autre recopié mot pour mot au stylo plume. Mon père connaissait l’existence de ce journal mais cela ne l’intéressait pas beaucoup. Moi, c’est le contraire, et j’ai considéré que cela faisait partie de devoir de mémoire de porter ce document à connaissance« , explique Olivier Roussard, Cachanais de la quatrième génération, depuis celle de cet arrière-grand-père réchappé de la boucherie et installé dans la ville comme représentant de commerce en outillage pour l’industrie du bois.

Dès le 8 août, Alexandre Richard passe le Doubs. »C’est aux cris de « On ira à Berlin! » et de la Marseillaise que nous quittons Bourg » raconte-t-il ce jour-là, tout en mentionnant les trains de femmes et enfants qui évacuent Belfort les larmes aux yeux.  Le 9 août, Alexandre apprend que des déserteurs ont été fusillés à Langres.

Un témoignage humaniste

Vols de reconnaissance des aéroplanes allemands et français, chevaux qui meurent épuisés,  tonnerre des canons,  balles qui sifflent,  blessés,  soldats allemands et français tombés au combat… la guerre s’impose au fil des pages. Pas de haine pour autant, mais une alternance de compte-rendu factuel et de témoignages plus sensibles, qui prennent le temps d’être humains pour échapper à la folie de ce chaos. Ainsi le 21 août, Alexandre décrit le hameau de Planie « complètement brûlé ainsi que l’église dont le clocher tient droit par un miracle » au milieu d’animaux de ferme errants. « Comme nous passons, un superbe cochon sort des ruines d’une maison qui a été incendiée. Ce spectacle qui se renouvelle à chaque fois est lugubre et émouvant », note-il. Phrase suivante : « Nous assistons à une pluie de coups de canon tirés par nos troupes sur les Allemands qui nous répondent par huit coups de leurs 77 mm24 et qui éclatent à quelque cent mètres de nous. »

 

 

Au long de ce périple semé d’obus, Alexandre raconte ces gens affolés qui fuient leur village. « Une maison où nous venons de faire cuire nos volailles a son angle emporté, une autre est défoncée en même temps« , note-t-il le 26 août. « Le bruit court que nous allons être sacrifiés, qu’il faut tenir coûte que coûte. Je commence à le croire car l’infanterie ne nous soutient pas du tout« , écrit-il le 27. Le 28, la boucherie atteint son summum. « Durant le bombardement de la Bourgonce, un obus éclate en pleine ambulance, coupant un homme du train des équipages (…) Un infirmier qui se trouvait dans l’ambulance a reçu une jambe sur la tête et les épaules. »

Le 11 septembre, la traversée des villages de Taintrux et Saulcy-sur-Meurthe est sombre. « Silencieusement, nous passons entre les pans de murs noircis qui parfois nous barrent la route. 21h00. Les chevaux n’avance plus qu’avec répugnance, l’air est infecté par les cadavres en putréfaction. »  En route pour Saint-Dié le 12 septembre, le spectacle n’est pas plus réjouissant. « Des tous les côtés de la route nous apercevons des tombes, Français et Allemands dorment leur dernier sommeil sans rancunes, côte à côte », consigne Alexandre. « Ce passage m’a particulièrement touché par son humanisme, sa sagesse », confie son arrière-petit-fils.

Le 21 septembre, Alexandre passe par Villeneuve-Saint-Georges et Villeneuve-Triage, en remontant en train vers la Picardie. Le 24 septembre est particulièrement meurtrier à Harbonnières. « Lors de cette mémorable journée nous avons eu environ 40 tués et plusieurs centaines de blessés. » Les journées sont longues aussi, comme ce 28 septembre qui commence à 4h45 pour s’achever à la même heure le jour suivant, près de Bray-sur-Somme. Epuisés, les hommes dorment douze heures sous des meules de paille. « Toute la nuit, les canons, les fusils, les mitrailleuses n’ont fait que crépiter et tonner, mais mes camarades et moi sommes restés impassibles à la fusillade tant nous étions en retard de sommeil. »

C’est le 1er octobre que l’enfer s’arrête pour Alexandre, pris dans une pluie d’obus dont il sera le seul survivant. « Je me couche à plat ventre par terre en attendant la mort« , raconte-t-il. Un premier éclat d’obus le blesse a mollet, le second lui transperce le ventre.

La fin du journal s’achève par les péripéties du retour et l’ambiance de ces hôpitaux de guerre. Après son rétablissement, Alexandre a passé la suite de la guerre dans la maintenance d’avions, à Lyon. Le soldat Richard sera ensuite  récompensé par la Croix du combattant.

Des infos pratiques pour retrouver son ancêtre poilu

Autour de ce précieux témoignage, Olivier Roussard, journaliste professionnel et éditeur du site Maison et Energie Info, documente précisément le contexte de la guerre telle que vécue par son aïeul, et propose également une somme de contacts utiles pour qui veut partir sur les traces de ses ancêtres poilus. L’arrière-petit-fils entend aussi faire des enseignements de cette guerre un plaidoyer pour l’Europe.

Où trouver le livre

Pour commander le livre et voir les bonus, photos, explications complémentaires, voir le site Internet dédié à ce journal de guerre, que le soldat Alexandre Richard a titré « Souvenirs des mauvais jours de cette affreuse lutte contre ennemi plus nombreux que nous ».

« Août 1914 L’artilleur Alexandre Richard témoigne » Par Olivier Roussard Editions Baudelaire 17 euros

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