Société | Accueil Val de Marne (94) L'haÿ-les-Roses | 21/12/2017
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A L’Haÿ-les-Roses, la tour de Babel des demandeurs d’asile

A L’Haÿ-les-Roses, la tour de Babel des demandeurs d’asile

Ils et elles ont fui l’excision, les persécutions contre l’homosexualité, les répressions politiques…  Dans la cité Minou de L’Haÿ-les-Roses, le centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) géré par l’association Philia accueille 80 réfugiés de 24 nationalités différentes. Une petite tour de Babel visitée ce mardi par le préfet du Val-de-Marne, Laurent Prévost, en pleine polémique nationale sur le durcissement des procédures de répression contre l’immigration illégale.

Conventionnés par l’État, les Cada doivent offrir un hébergement et un accompagnement aux demandeurs d’asile pendant l’examen de leur dossier. Cela passe par une assistance dans leur demande auprès de l’Office Français Pour les Réfugiés et Apatrides (Ofpra ou de la Cour Nationale du Droit D’Asile (Cnda). Les agents des Cada doivent également permettre la scolarisation des enfants, faciliter l’accès aux soins des demandeurs, apprendre le français aux résidents non francophones et préparer leur sortie au terme de l’examen de leur statut. Le département compte 527 places d’accueil pour les demandeurs d’asile dont 103 pour le Cada de l’Haÿ-les-Roses.

La douzaine d’appartements en T4 et T5 de cet immeuble vendu par ses propriétaires dans les années 70, dérangés par la proximité de l’autoroute A6, ont été transformés pour accueillir plusieurs familles disposant de chambres privatives mais qui partageant la cuisine et la salle de bain. Cet aménagement permet aux nouveaux arrivants de ne pas se retrouver trop isolés. 45 enfants y vivent avec leurs parents.

Fresque réalisée en atelier par les enfants résidents au Cada.

«Au départ je préférais rester seul. J’avais peur de subir les mêmes comportements que dans mon pays d’origine. Aujourd’hui je sors sans crainte. Je remercie le Cada et la France de m’avoir permis cela», confie un jeune Angolais qui a quitté son pays après des années de harcèlement et de violence en raison de son homosexualité.  Interdit de travailler pendant la période d’examen de la demande, le jeune homme cherche désormais du travail dans la coiffure. A côté de lui, une mère de 5 enfants, juge en République Démocratique du Congo, a du fuir son pays parce qu’elle était menacée par des personnes qu’elle avait fait condamner. «Sans l’aide du référent du Cada qui m’a suivie dans mes démarches, rien n’aurait été possible. Mes enfants n’auraient pas pu me rejoindre. Maintenant que j’ai le statut, je vais pouvoir travailler. J’aimerais devenir conseillère juridique et continuer à travailler dans le droit. En janvier, je vais participer à une formation en informatique au Pôle emploi.» 

Trouver un logement : une étape difficile

Une fois obtenu le droit d’asile, reste aux pensionnaires à trouver un logement pérenne. «Depuis la réforme du droit d’asile en 2015, les délais de traitement des demandes se sont accélérés. Les séjours des personnes dans les appartements du Cada ont été réduits de moitié passant à environ un an. La sortie est une étape compliquée à gérer parce que les structures chargées d’assurer leur hébergement telles que les centres provisoire d’hébergement (CPH) et Cada Intégration des réfugiés (CAda-IR) sont saturés. Nous proposons à nos anciens résidents de mettre en place le suivi du courrier pendant les 6 mois consécutifs à leur départ mais ils ont souvent des difficultés à obtenir une domiciliation », constate Patricia Brochut, directrice du Cada de L’Haÿ.

Cinq mois de retard sur le versement de l’allocation pour demandeurs d’asile

Les sept employés du Cada traitent une quinzaine de dossiers chacun. En plus des 80 personnes vivant dans l’immeuble de la cité Minou, une vingtaine d’autres demandeurs d’asile vivent dans des logements dispersés dans des villes voisines. Malgré cet accompagnement régulier, certaines familles vivent difficilement, privées parfois de leur unique ressource, l’allocation pour demandeurs d’asile. « Avec la recrudescence des demandes d’asile, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, chargés du versement de l’allocation est submergé. Il arrive que les familles ne reçoivent pas de versement pendant plusieurs mois. En ce moment, l’une d’entre elle l’attend depuis 5 mois. Le Ccas de L’Haÿ-les-Roses nous a informés notamment d’une hausse des demandes de bons alimentaires», constate Maryline Maston, chef de service au sein du centre d’accueil.

Plus d’offres d’emploi

Parmi les évolutions positives, Patricia Brochut note le développement d’offres d’emplois et de formation à destination des bénéficiaires de l’asile, en sortie de Cada, grâce à l’émergence d’acteurs de l’insertion sur ce public.

Un pas de côté par rapport à la polémique sur les expulsions

C’est dans le contexte sensible de l’examen d’un projet de loi sur l’immigration qui divise la majorité, et d’une série de polémiques sur les mesures de répression à envisager pour lutter contre l’immigration illégale qui a commencé avec une circulaire du ministre de l’Intérieur , Gérard Collomb, adressée à tous les préfets de France, que le préfet du Val-de-Marne, Laurent Prévost, s’est rendu dans ce Cada ce mardi, à l’occasion d’une visite terrain de L’Haÿ-les-Roses avec son maire Vincent Jeanbrun. «Ces dernier jours, on parle de lutte contre l’immigration illégale mais il y a également beaucoup de demandeurs d’asile qui restent. Ils bénéficient du circuit d’accueil et de ces dispositifs d’accompagnement tels que ceux proposés par ce Cada dans un contexte d’afflux qui n’est pas toujours facile à gérer», a insisté le préfet.

Quelques chiffres sur les demandeurs d’asile en Val-de-Marne

En 2016, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a enregistré 78 371 demandes d’asile, soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente. L’Île-de-France concentre à elle-seule 40% des demandes, le Val-de-Marne a quant à lui traité 3300 demandes. A ce stade de l’année, les services de la préfecture du Val-de-Marne ne peuvent donner de chiffres annuels mais seulement les attestations initiales de demande d’asile délivrées jusqu’au mois de novembre.

Ainsi, 3730 attestations ont été délivrées dont 1748 via la procédure normale et 465 en procédure accélérée (deuxième demande, personne venant d’un pays dit « sûr », représentant une menace,…). Enfin 1517 demandes sont tombées sous le coup de la procédure du règlement européen Dublin 3, qui implique le renvoi du demandeur d’asile dans le pays par lequel il est entré dans l’Union  Européenne.

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