Entreprendre | Saint-Maur-des-Fossés | 12/03
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A Saint-Maur-des-Fossés, Aerial Coboticus invente un drone industriel révolutionnaire

L’aventure d’Aerial Coboticus est née d’une promenade à proximité de la cathédrale de Paris, magnifiquement ravalée sauf en certains endroits difficilement accessibles. « Pourquoi ne pas mettre un bras au bout d’un drone pour atteindre ces recoins », ont immédiatement pensé Asma Bouaouaja et Clément Serrat, passionnés de modélisme aéronautique.  C’était en 2013. En ce début 2017, leur petite entreprise peaufine un prototype prêt à être testé en condition réelle.

Diplômée de Centrale Paris, Asma Bouaouaja s’est spécialisée en aéronautique spatiale en troisième année avant de faire du conseil en management, notamment en lean six sygma. Clément Serrat, Cristolien désormais devenu Saint-Maurien, a étudié à l’Epitech avant de devenir consultant. C’est justement dans le conseil que les deux professionnels se rencontrent, travaillant ensemble sur plusieurs projets tout en partageant une même passion pour l’aéronautique, tous deux élèves pilotes, Asma en avion, Clément en hélicoptère. Durant leur temps libre, ils participent à la restauration d’avions anciens, du Blériot au mirage III B, au sein de l’Association des mécanienciens et pilotes d’aéronefs anciens (Ampaa) qui oeuvre à la création d’un musée dédié à Melun.  A l’époque, Clément fabrique déjà des drones pour faire de la photographie. Mettre un bras au bout d’un drone ? L’idée fait son chemin. Les deux futurs associés commencent à y réfléchir sérieusement. Clément Serrat profite d’une période entre deux jobs pour mener une étude de marché et identifier les acteurs en présence, dont aucun ne faisait exactement ce qu’ils avaient en tête. Vient ensuite la rédaction du business plan et de la pratique. Pour avancer dans la réalisation, il faut des partenaires.

cci-val-de-marneCet article s’inscrit dans le cadre de la rubrique Histoires d’entreprises et d’entrepreneurs, rédigée grâce au soutien de la CCI du Val-de-Marne. Voir tous les articles publiés dans cette rubrique.

En dire assez mais pas trop pour trouver des partenaires sans se faire voler l’idée

Là commence l’une des difficultés que les deux entrepreneurs rencontreront à chaque étape du projet : comment en dire suffisamment pour intéresser, sans risquer de se faire piquer le concept ? Un savant dosage…  « Cela a été le sujet. On a fait des omissions volontaires de certaines parties critiques du projet, on n’a même pas tout de suite dit que c’était un drone« , confie Clément Serrat. C’est d’abord le leader de la robotique Kuka que les ingénieurs vont solliciter, à l’occasion du salon de l’industrie. « C’était un peu un coup de bluff« , ressentent-ils. En réalité, le projet est clair dans leur tête et l’entreprise, toujours en quête d’idées innovantes, ne s’y trompe pas, qui les met rapidement en cheville avec le directeur de l’innovation. « Nous lui avons présenté la totalité du concept et l’accueil a été très favorable. Ils avaient imaginé toutes les plate-formes mais n’avaient jamais envisagé de mettre un bras sur un drone. Ils nous ont aidé par leurs conseils et leur mise en relation, nous ont présenté des partenaires et nous ont emmenés sur plusieurs salons », explique Asma Bouaouaja. Un partenariat est notamment noué avec les Arts et Métiers de Lille.

Dépôt du brevet : une étape cruciale

Après la création officielle de l’entreprise en 2015, le dépôt du brevet s’impose. Une étape qui prendra six mois, nécessitant de de bien préciser la technologie et les choix. « On a travaillé avec un cabinet mais avons écrit une partie nous même pour alléger les coûts tandis qu’ils nous apportaient leur expertise car la propriété industrielle constitue vraiment un domaine spécifique. Nous nous sommes aussi beaucoup appuyés sur  l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) qui propose énormément de services gratuits très précieux comme des permanences pour se former, une immense base documentaire, un pré-diagnostic… », détaillent les développeurs.  Nous sommes alors en juin 2015, le moment est venu de se lancer et de communiquer. Pour cela, il faut un premier prototype à montrer.

Un premier proto usiné au TechShop de Leroy Merlin

A cette étape, ils s’appuient sur leurs propre fonds, ceux des deux ingénieurs et d’un troisième associé, le père de Clément Serrat, ainsi qu’un peu de love money. C’est d’abord dans le salon de Clément que les ingénieurs commencent à assembler les pièces de ce premier modèle à l’échelle 1/3, qu’ils usinent au sein du TechShop de Leroy Merlin.  L’établissement vient alors d’ouvrir ses portes à Ivry-sur-Seine et ils se forment au fraisage, tour, coupes jet d’eau, fraises numériques… Autant d’outils qu’ils ne peuvent pas s’acheter et trouvent ainsi à leur disposition pour le prix d’une carte de membre.

Nouveaux financements et lancement du second prototype

Lauréat du réseau Entreprendre en Val-de-Marne, l’entreprise continue à engranger les conseils et bénéficie aussi d’un prêt d’honneur. Elle obtient également un financement de la BPI (Banque publique d’investissement). De quoi financer le lancement d’un second prototype, à l’échelle 1/2, et de s’installer dans un vrai local, au sein de la pépinière d’entreprises de Saint-Maur-des-Fossés.  Pour développer ce prototype, les associés travaillent avec leurs futurs clients, des grands comptes leaders dans leur domaine, du naval au bâtiment en passant par l’industrie ou l’armée, pour distinguer les usages, les gains que pourrait apporter leur solution, les spécificités intéressantes ou pas à intégrer en fonction des usages, comme par exemple le niveau de précision. « Cela nous permet de prioriser les développements en fonction du poids du marché« , explique Clément Serrat. « Ces grands comptes ont aussi identifié des usages auxquels nous n’avions pas pensé et nous permettent de développer des produits vraiment utiles, proches du métier de nos futurs clients » insiste Asma Bouaouaja.

Levée de fonds en cours pour lancer le prototype à taille réelle

En parallèle, le binôme, qui a recruté une personne spécialisée dans le droit et le montage des dossiers pour l’aider dans le développement de la structure, s’active pour réaliser une levée de fonds afin de boucler le financement d’un troisième prototype qui sera lui, réalisé à l’échelle 1 et testé en conditions réelles chez les clients, avant la commercialisation prévue fin 2018. Pour réaliser cette nouvelle étape, l’équipe de recherche et développement doit en effet s’étoffer pour compter une quinzaine d’ingénieurs en mécatronique, informatique… Pas question de perdre du temps en effet, car la tendance s’accélère avec des projets de recherche importants dans ce domaine, la jeune pousse doit donc conserver son avance.

Un réseau solide

La force du réseau, Aerial Coboticus l’a fait sienne depuis le départ, d’abord en s’appuyant sur les connaissances amies, les mettant en connexion avec d’autres experts. Ici, un ancien patron du Cac 40, là un spécialiste du marketing… « Ils ont accès au business plan et font des commentaires, posent des questions, pointent les défaut, les oublis… », détaille Clément Serrat. Plus l’entreprise se développe, plus les petits détails à trancher sont en effet nombreux tout en restant stratégiques. La jeune entreprise s’est aussi solidement appuyée sur les entreprises partenaires, en démarchant Kuka d’abord puis en travaillant serré avec ses clients potentiels, sans négliger les partenariats de recherche comme celui avec les Arts et métiers de Lille. Et pour les expertises entrepreneuriales, c’est encore vers un autre cercle d’institutions spécialisées que la startup s’est tournée, ne négligeant aucune opportunité de bénéficier de conseils pour gagner du temps, de l’INPI pour les brevets à la CCI pour le statut de Jeunes entreprise innovante en passant par le réseau Entreprendre en Val-de-Marne, qui lui a accordé un prêt d’honneur, la BPI, qui a contribué à son financement, ou encore la Chambre des métiers et de l’agence du développement qui lui ont accordé le prix de l’entreprise innovante avec à la clef une vidéo promotionnelle, sans oublier l’accélérateur des entreprises du spatial, Starbust, ou encore l’Impulse Lab à Paris. « Il y a beaucoup de services à disposition, il faut vraiment les utiliser. Les conseils qui viennent des réseaux spécialisés peuvent être mis à profit immédiatement« , enjoignent les entrepreneurs.

 

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