Politique locale | Accueil Val de Marne (94) Val de Marne | 06/02/2017
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3 parlementaires sur 17 travaillent actuellement avec leur fille ou épouse dans le Val-de-Marne

3 parlementaires sur 17 travaillent actuellement avec leur fille ou épouse dans le Val-de-Marne © Keryann
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(Mise à jour avec les positions de C.Procaccia, JA Bénisti et R Rouquet) L’affaire Fillon sème le doute dans toutes les circonscriptions. Alors que 20% des députés ou sénateurs emploient un membre de leur famille comme collaborateur parlementaire, les femmes, maris, ‘fils et filles de’ se retrouvent sur la sellette. Dans le Val-de-Marne, 3 parlementaires sur 17 sont actuellement concernés et s’en expliquent.

Sur les 11 députés et les 6 sénateurs actuels du département, trois parlementaires emploient actuellement officiellement un membre de leur famille comme collaborateur. René Rouquet, député PS d’Alfortville, emploie sa fille Hélène. Cette dernière est également conseillère municipale élue à Alfortville, et était même adjointe au logement jusqu’en mai 2016, date à laquelle elle passé l’écharpe à Philippe Car. Jacques-Alain Bénisti, député-maire LR de Villiers-sur-Marne, emploie pour sa part sa femme, Marie-Christine Guignot. Catherine Procaccia, sénatrice LR, emploie aussi sa fille comme collaboratrice parlementaire.

René Rouquet : « Ma fille était déjà collaboratrice d’un autre député »

« Ma fille était déjà assistante parlementaire de Pierre Bourguignon et avait aussi été ma secrétaire lorsque j’étais maire d’Alfortville. Je l’ai embauchée en 2012 car un poste se libérait. Elle est rémunérée selon la grille normale des collaborateurs parlementaires, comme mes deux autres assistants.  C’est une vraie militante politique et elle travaille autant que les deux autres. En tant qu’homme politique, on choisit toujours quelqu’un de proche pour faire équipe. Moi j’ai milité au PS avec mon père et  mes enfants ont vécu toutes mes campagnes. La seule chose importante est de réellement faire le travail », s’explique René Rouquet.

Jacques-Alain Bénisti : « J’ai toujours travaillé avec mon épouse, même quand j’étais chef d’entreprise »

« Il y a une grande hypocrisie en la matière. Il faut dire la vérité. La grande majorité des parlementaires ont une personne très proche parmi leurs collaborateurs, car nous avons besoin de quelqu’un de confiance. Et un très proche, c’est soit la personne avec qui l’on vit, soit un enfant ou un neveu, soit son meilleur ami, s’explique pour sa part Jacques-Alain Bénisti. Rappelons aussi que beaucoup de parlementaires sont divorcés car à force de passer 70 heures par semaine au travail, matin, midi, soir et nuit, on détruit sa vie familiale au bénéfice de sa vie politique. Avant d’entrer au parlement, je travaillais déjà avec mon épouse. J’ai créé une société d’édition qui marchait bien et ma femme s’occupait de l’administratif. Lorsque j’ai été élu député, je lui ai demandé de reprendre l’entreprise pour pouvoir me consacrer pleinement à ma tâche, mais elle m’a fait comprendre que cela n’était pas possible. Nous avons revendu l’entreprise et elle est venue travailler avec moi, comme nous l’avions toujours fait. Je souligne même que nos salaires ont régressé. Je suis passé de 8000 à 5200 euros par mois, et même 4800 actuellement, et ma femme est passée de 3500 à 1900 euros avant de remonter à 3800 euros. Quant à ma fonction de maire, je l’assume de manière bénévole, et ce n’est pas en raison de l’écrêtement. Dans la circonscription, ma femme est omniprésente, elle est toujours sur le terrain, organise des réunions, et certains m’ont même suggéré que ce soit elle qui se présente aux prochaines législatives lorsque j’ai indiqué que ne souhaitais pas continuer. Il n’y a pas de honte, il faut simplement dire les choses. Je ne dissimule pas le fait d’employer mon épouse, et si son nom de jeune fille est indiqué, c’est simplement parce que c’est contractuel. »

 

 

Catherine Procaccia : « J’ai embauché ma fille quand ma collaboratrice a été débauchée par un ministre »

« J’ai embauché ma fille à l’été 2009, car ma collaboratrice venait d’être débauchée par un ministre et je devais présenter un gros texte de loi à la rentrée Je lui ai demandé de venir m’aider et depuis elle est restée. Je précise qu’elle a un master 2 en communication, multimedia et langue. Elle m’accompagne les weekends, les soirées, c’est vrai que je la sollicite plus facilement à toute heure. Le problème n’est pas que l’emploi soit familial ou pas mais qu’il soit fictif.  En outre, la notion d’emploi familial est restrictive. Au Sénat, on vérifie sur le livret de famille s’il n’y a pas de lien de parenté, mais cela ne permet pas de voir si c’est un cousin, une maîtresse, un concubin… La question de l’emploi familial est une fausse question, et cela part de l’idée que les parlementaires fraudent. Cela me choque profondément alors que tous les membres des cabinets ministériels se font recaser dans les grandes entreprise, parfois publiques…« , indique la sénatrice, qui a spontanément indiqué qu’elle employait sa famille à l’occasion d’une interview sur la question de : « faut-il ou non légiférer? »

Ca balance à Villeneuve-le-Roi

A Villeneuve-le-Roi, des opposants à Didier Gonzales, maire LR de la commune et ancien député de la circonscription, de 2007 à 2012, n’ont pas manqué de rappeler qu’il avait embauché sa femme durant ces années, ainsi que son fils « pendant un mois en décembre 2007 » selon les précisions apportées le député. Sur sa page Facebook, Didier Chamault, élu PS, l’interpelle ainsi : « Question à Didier Gonzales : votre femme a été votre assistante parlementaire : A-t-elle été active à l’Assemblée Nationale? Car en ce qui concerne la circonscription, elle a brillé par son absence. Pouvez-vous nous apporter des preuves de son activité? » L’élu s’en explique. « Ma femme est ma première militante. Lorsque je lui ai demandé d’adhérer à ma cause,  elle l’a fait volontiers et a sacrifié sa carrière de docteur en pharmacie. Elle m’a poussé dès le début. Il n’y a pas un document qui sorte de chez moi qu’elle n’ait pas lu. Elle fait partie de mon équipe de confiance. En tant que collaboratrice parlementaire, elle a travaillé tout le temps et avait bien son badge à l’Assemblée nationale. Son nom et son numéro de téléphone direct figurent sur tous les numéro du Journal du député qui ont rendu compte de mon activité parlementaire aux habitants. La politique c’est rude, lourd, très prenant. C’est un combat de tous les instants de la vie. Et s’il y a trop d’écart entre les vies, on finit par s’éloigner, on divorce. Nous avons fait le choix de faire bloc ensemble. Du reste, je la remercie à chaque discours de voeux, et cette année, je l’ai même fait en vers, témoigne le maire. Alors oui, si demain j’ai la chance d’être à nouveau député, je la reprendrai dans mon staff sans hésitation. Je ne vois pas pourquoi la politique serait le seul métier où il soit interdit de travailler avec des membres de sa famille. L’important est de faire le travail. Ce n’est pas parce que certains comportements sont discutables qu’il faut jeter l’opprobre sur tous les parlementaires. Pour avoir un personnel politique de qualité, il faut bien le rémunérer et qu’il soit entouré, sinon, on n’aura que des retraités et des nantis. Moi, je crois à la méritocratie! » poursuit l’ancien parlementaire, balançant en retour l’un de ses opposants, Daniel Guérin. « Lui a été assistant de trois parlementaires en même temps ! » dénonce le maire, dénonçant plusieurs contrats à plein temps. « Cela n’a rien d’illégal« , réagit le vice-président du Conseil départemental. « J’ai été chef de cabinet d’Emile Zucarelli, radical de gauche,  lors qu’il était ministre des Postes, et je suis ensuite resté son collaborateur parlementaire ainsi que celui de deux autres députés radicaux de gauche corses pendant plusieurs années, en toute transparence. Une partie de mon travail était rémunérée et l’autre bénévole », détaille l’élu. Sur le fond, le conseiller départemental est sur la même ligne que son opposant. « Je comprends que l’on ait besoin de s’entourer de gens de confiance. Pour moi, le sujet n’est pas que l’on travaille avec sa femme, son cousin ou son mari, mais la réalité du travail. »

Concernant l’emploi de son fils, l’élu indique ne l’avoir embauché que un seul mois, en décembre 2007. « Il était à l’époque étudiant en deuxième d’architecture et a travaillé pour aménager les permanences, notamment celle de Villeneuve-Saint-Georges. » Par ailleurs, comme dans un certain nombre de commune du département, la fille du maire siège également au Conseil municipal, en tant qu’élue. Son frère était pour sa part élu au Conseil municipal de 2008 à 2014. A droite comme à gauche, la présence des enfants des maires au sein du Conseil municipal est assez fréquente.

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