Société | Limeil-Brévannes | 26/10/2017
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Limeil veut l’expulsion du bidonville avant la trêve hivernale

Limeil veut l’expulsion du bidonville avant la trêve hivernale © FB

Alors que les riverains sont exaspérés par l’installation d’un bidonville rom à côté des Temps durables, la maire LR de Limeil-Brévannes, Françoise Lecoufle, exige leur expulsion avant la trêve hivernale du 1er novembre. Hier, la municipalité a reçu le soutien du sénateur UDI Laurent Lafon qui promet de faire évoluer la loi. Des démarches contre lesquelles s’élèvent les associations qui accompagnent les populations roms des bidonvilles.

Les habitants du quartier des Temps Durables à Limeil-Brévannes affichent de plus en plus ouvertement leur exaspération vis- à-vis du bidonville rom installé près de chez eux depuis le mois d’août. Une procédure de demande d’expulsion est en cours au Tribunal administratif mais, même si le juge prononce l’expulsion lors de l’audience du 7 novembre prochain, les autorités devront attendre la fin de la trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars pour l’appliquer. Une situation inenvisageable pour la maire de la commune qui a lancé une pétition pour réclamer l’intervention de l’État. Hier, l’équipe municipale a reçu le soutien du sénateur UDI Laurent Lafon qui s’est rendu sur place.

Seul un carrefour giratoire sépare les immeubles d’habitation des Temps Durable du petit bidonville. Alors que les élus et des policiers municipaux se rendent sur place, un riverain les interpelle depuis son véhicule.  «Qu’est-ce que vous attendez pour les faire partir d’ici ? Ils se branchent sur l’électricité, on a des coupures dans les appartements!»  Sur place, une trentaine de cabanes s’alignent côte à côte. Des enfants et quelques adultes sont interloqués par la présence de ces visiteurs. Un homme revient à vélo, tractant derrière lui une petite remorque remplie d’encombrants. «Nous avions mis des gros blocs de pierre pour condamner ces entrées parce que nous avons déjà eu quatre intrusions sur ce site. Ils travaillent la nuit. Nous ne savons pas comment ils se débrouillent, s’ils louent des engins mécanique. Toujours est-il qu’ils ont dégagé un passage et qu’ils l’ont goudronné pour pouvoir faire passer des camions. Une première cabane a été montée en août, il y a trois semaines, il y en avait cinq, aujourd’hui, elles sont trente. Nous estimons qu’ils sont une centaine à vivre ici. Et le mouvement se poursuivra si rien n’est fait. C’est une logique très structurée», s’inquiète Gilles Dauvergne, maire-adjoint en charge des finances et des relations de proximité.

Portion de route goudronnée créé par les habitants du bidonville pour permettre aux véhicules de franchir le terrain vague.

Début août,  la mairie de Limeil-Brévannes a contacté Grand Paris Aménagement, le propriétaire de l’emprise où doit être installée une station de téléphérique d’ici quelques années, et en moins de 48 heures, une procédure d’expulsion a été déclenchée. «Mais le Tribunal de grande instance de Créteil a remis l’audience à plus tard une première fois. Le 17 octobre, nous avons exposé nos arguments et la décision a été mise en délibéré au 7 novembre. Le problème, c’est que depuis la promulgation de la loi Égalité et Citoyenneté en janvier 2017, les bidonvilles bénéficient de la trêve hivernale. Par conséquent, même si le juge donne l’autorisation de procéder à l’expulsion, nous ne pourrons l’appliquer qu’au printemps», expose le directeur général des services de la mairie. La trêve hivernale doit en effet permettre aux habitants des bidonvilles de ne pas se retrouver en transhumance pendant la période la plus froide de l’année, en leur permettant de rester dans leurs abris jusqu’au 31 mars. C’est du reste dans ce contexte que les expulsions se sont accélérées depuis la fin août, au grand dam des associations qui accompagnent ces populations, à l’instar de Romeurope, qui estiment que ces expulsions mettent par terre les démarches d’intégration, de la scolarisation des enfants aux recherches d’emploi et de formation des adultes en passant par le suivi médical. « Le bidonville de Limeil-Brévannes compte peu de personnes est suivi par la plate-forme régionale AIOS« , plaide Aline Poupel, de Romeurope 94.

Les élus de Limeil-Brévannes, eux, craignent une montée de tensions, malgré la tenue de rencontres régulières avec les riverains, la convocation d’une réunion d’urgence la semaine dernière, et les passages quotidiens des policiers municipaux sur place.  «Il y a trois ou quatre ans, la population n’était pas aussi hostile. C’est la succession des camps illégaux qui a fait monter leur sentiment d’exaspération. Les Roms mendient auprès des commerces qui du coup réduisent leurs horaires d’ouvertures. C’est très difficile dans ce contexte de faire venir de nouveaux commerçants dans les espaces non pourvus. Les familles se plaignent de ne plus laisser leurs enfants sortir jouer dehors, d’avoir des coupures de courant. S’ils sont toujours là à partir de la trêve hivernale, nous demanderons à la police nationale une présence de 24 heures sur 24 sur place. Nous savons que dans le contexte actuel, ils sont appelés à intervenir ailleurs, mais nous ne serons plus en mesure d’assurer la sécurité des Brévannais, ainsi que des Roms», avance Philippe Gerbault, maire-adjoint en charge du développement économique et des relations avec les usagers des transports. Face à ce qu’elle considère comme le « laxisme et l’inaction de l’État », la mairie a lancé une pétition pour interpeller le préfet du Val-de-Marne et fait accrocher sur le mur extérieur de l’hôtel de ville, une banderole portant l’inscription « Roms aux Temps durables : que fait l’Etat? » 

Laurent Lafon annonce une proposition de loi pour accélérer les expulsions

Elu au Sénat fin septembre,  Laurent Lafon, encore maire de Vincennes pour quelques jours, était sur place ce mercredi et a annoncé aux élus que des parlementaires souhaitaient faire évoluer la loi pour accélérer les procédures d’expulsions. «Nous ne remettons pas en cause le mode de vie de ces populations. Ce qui nous préoccupe, c’est l’illégalité totale de leurs installations, la seizième en quatre ans ici à Limeil. Ces délais d’application de la loi pour pouvoir exclure les Roms des campements qu’ils occupent frustrent les citoyens. Ici, dans ce quartier tout neuf, on peut comprendre que des particuliers ou des commerçants qui ont investi ne souhaitent pas pâtir de ces installations sauvages. Cette proposition de loi, à l’initiative d’élus centristes et de Républicains, vise à améliorer l’efficacité des procédures avec des délais plus rapides», motive le parlementaire.

Pour les associations qui oeuvrent aux côtés des populations des bidonvilles, il conviendrait au contraire de les accompagner vers une intégration progressive, alors que chaque expulsion donne lieu à une nouvelle installation ailleurs, dans des conditions plus précaires encore, avec au passage une déscolarisation des enfants. « Ces évacuations dès que les personnes commencent à trouver leurs repères relève de la maltraitance institutionnelle« , dénonçait ainsi Aline Poupel, de Romeurope 94, à propos des expulsions en série déclenchées avant la trêve hivernale.

Le bidonville du bec de Canard évacué à Bonneuil-sur-Marne

Ce mercredi, le bidonville du bec de Canard de Bonneuil-sur-Marne (voir le reportage ci-dessous) a été évacué. Des propositions d’hébergements en hôtel ont été proposés aux couples avec de jeunes enfants. Deux couples de jeunes grands-parents n’ont en revanche pas été pris en charge.

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