Société | Val de Marne | 17/10/2017
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Chaud débat sur l’écriture anti-stéréotypes de sexe

Faut-il écrire « les agent.e.s territoriaux.ales » ou « les agents territoriaux » pour évoquer une population d’agents hommes et femmes ? Ce lundi après-midi, le débat a agité les élus du Conseil départemental. Retour sur un débat de société.

C’est un petit livre de 68 pages, publié il y a un an par le Haut comité à l’égalité entre les femmes et les hommes et destiné à faire évoluer la communication publique pour lutter contre les stéréotypes de sexe, qui a animé le débat, sortant de leur téléphone portable les élus les plus accro. L’enjeu de la délibération : signer une convention s’engageant à faire ses meilleurs efforts pour appliquer les recommandations du guide.

Parmi ces dix points, certains font consensus, comme éliminer les expressions sexistes, user du féminin et du masculin dans les messages, ne pas réserver aux femmes les questions sur la vie personnelle, diversifier les représentations, veiller à équilibrer le nombre de femmes, parler «des femmes» plutôt que de «la femme », de la «journée internationale des droits des femmes » plutôt que de la «journée de la femme», ou encore supprimer le « mademoiselle ».

D’autres font débat. Faut-il imposer aux femmes qui veulent se faire appeler madame Le maire, de changer pour madame La maire ?  « Ces femmes ont parfaitement compris les messages envoyés par ceux qui ont fait disparaître les termes féminins et ceux qui aujourd’hui les disent impropres ou inconnus, leur signifiant que, supposées inférieures, elles n’auraient rien à faire sur leur terrain. Et nous ne pouvons d’ailleurs pas blâmer ces femmes « transfuges », qui transgressent des normes en intégrant des secteurs majoritairement occupés par des hommes, de chercher à se fondre dans les usages leur préexistant. Mais cela est dommage, car l’usage du féminin pour leur nom de métier par exemple ne diminue pas leurs compétences. De plus, ces femmes sont des pionnières et peuvent jouer un rôle important de modèle pour les générations à venir« , insiste le guide. « Le terme transfuge est un peu gonflé! » réagit Déborah Münzer, élue LR, qui préférerait qu’on laisse le choix.  « Jusqu’au XVIIe siècle, tous les noms de métiers, fonctions et dignités exercé.e.s par des femmes étaient nommé.e.s au féminin, de même que tous les métiers, fonctions et dignités exercé.e.s par des hommes l’étaient au masculin (exemples : cuisinière, marchande, abbesse, administeresse, enchanteresse, doctoresse, charpentière, autrice). Ce sont les réformes des grammairiens et lexicographes au XVIIe siècle qui ont « imposé » la règle du masculin qui l’emporte, aboutissement d’une longue période de réflexion qui débute à la Renaissance sur la place des femmes et des hommes dans la société », rappelle le guide, qui indique que c’est en 1647 que le grammairien Claude Favre de Vaugelas fait cette suggestion à l’Académie française, au motif que « le masculin est plus noble que le féminin« . Si à la révolution, des femmes s’élèvent contre cette pratique et réclament le suffrage universel, l’État tranche en faveur du masculin en 1882 lorsqu’il rend l’instruction publique obligatoire. « Des mots présents dans le français ancien disparaissent alors, tels que le féminin de médecin : medecine ou medecineuse« , pointe le guide.

Télécharger le guide « Pour une communication publique sans stéréotype de sexe »

D’autres propositions font plutôt sourire les élus, comme celle de décliner intégralement l’identité des femmes et des hommes quand on les appelle.  « Les femmes sont, plus fréquemment que les hommes, présentées par leur prénom uniquement, étant précisée leur qualité d’ «épouse de» ou de «mère des enfants», quand les hommes sont présentés le plus souvent avec leur prénom et nom, leur qualité, grade ou profession« , motive le guide.

Mais le point qui cristallise le plus le débat concerne l’écriture inclusive qui veille à ajouter du féminin à chaque terme masculin lorsque les deux sexes sont concernés. Ainsi s’agit -il de remplacer « de nombreux consommateurs » par « de nombreux.se.s consommateur.rice.s ». Un changement assez important visuellement et qui nécessite une gymnastique intellectuelle de chaque instant. « Le point peut être utilisé alternativement en composant le mot comme suit : racine du mot + suffixe masculin + point + suffixe féminin », détaille le guide, qui insiste sur le fait que « le point a l’avantage d’être peu visible pour ne pas gêner la lecture, d’être le plus aisé pour les logiciels adaptés aux personnes malvoyantes, de faciliter l’écriture sur un clavier informatique et d’éviter toute connotation négative à l’inverse des parenthèses. » Un changement un peu trop drastique pour pas mal d’élus. A droite, le groupe LR et apparentés envoie les femmes au front, histoire de ne pas passer pour les machos de service. »Cela va accroître la complexité de lecture et d’écriture pour les enfants« , commence Françoise Lecoufle qui perçoit une « inversion du diktat » à propos des représentations visuelles. Déborah Münzer évoque de son côté une « dénaturation complète de la langue » et indique que le gouvernement est en « ébullition » sur le sujet. « Le ministre de l’Education nationale s’est opposé aux manuels scolaires présentant l’écriture inclusive et l’Elysée a fait savoir que les initiatives du ministère du Travail et de l’égalité Femmes-Hommes n’était pas une bonne initiative!  Nous aurions préféré reparler de l’observatoire égalité femmes – hommes lancé par le département pour faire le point sur ce qui a été réalisé concrètement », poursuit l’élue nogentaise, invitant à temporiser en attendant que tout le monde se mette d’accord.

Même à gauche, Daniel Guérin, président du groupe PS-MRC, tout en défendant le guide, convient que l’écriture inclusive ne fait pas consensus, rappelant « l’avalanche de lettres » reçue par le département suite à l’édition de son journal en écriture inclusive. Président du groupe LR et apparentés, Olivier Capitanio suggère alors que le département rédige sa propre charte pour trouver un point d’accord.

« Ce guide est un outil, une préconisation. Il y a des interrogations que je peux entendre, mais ce guide n’est pas un prêt-à-penser. Nous n’imposons pas l’écriture inclusive, ce-sont des préconisations. La langue française est une langue vivante, elle évolue, comme toutes les langues vivantes »,insiste Fatiha Aggoune, vice-présidente PCF en charge notamment de la lutte contre les discriminations, rapporteuse de la délibération. D’autres élues renchérissent, d’Evelyne Rabardel à Hélène de Comarmond en passant par Flore Munck ou Isabelle Santiago, insistant sur la nécessité de faire évoluer les comportements. Christian Métairie, vice-président EELV, défend lui l’écriture inclusive, rappelant qu’il s’efforce de la mettre en oeuvre. « On mettra tous un peu de temps à savoir écrire et parler correctement, mais cela est nécessaire », enjoint l’élu.

Au final, la délibération est votée par la majorité. L’opposition ne prend pas part au vote. Mais le débat a eu lieu.

Télécharger le guide « Pour une communication publique sans stéréotype de sexe »

 

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