Entreprises | Thiais | 05/05/2017
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Chez Mim à Thiais, la Scop est morte, vive la Scop

Chez Mim à Thiais, la Scop est morte, vive la Scop
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Les 800 salariés en CDI qui restaient chez Mim attendent désormais leur lettre de licenciement quelques jours après la mise en liquidation judiciaire de l'enseigne de mode pas chère dont le siège était basé à Thiais. Equivalent à deux Whirlpool et demi, le coût social est particulièrement élevé en Val-de-Marne avec les employés du siège et ceux des cinq magasins. Sur place, les "Mimettes" comme elles s'appellent,  se projettent, chacune à leur manière. Malgré la liquidation, le projet de Scop n'est pas complètement mort.

Au siège de la chaîne, dans la zone industrielle Sénia située à cheval entre Orly et Thiais, la quinzaine de quais de chargement des camions sont vides, servant désormais de parking. Derrière les grilles d’entrée, les vitres des bâtiments arborent encore des affiches hostiles au projet de Scop avec des slogans type «Libérez-nous, Scop, stop à tout ça».

Ces dernières semaines, le climat s’était considérablement tendu au sein de l’entreprise. Suspendus à l’espoir d’être repris par le fonds familial Clémenty, qui promettait de reprendre 90% des employés en se recentrant sur les basiques, les salariés, très majoritairement favorables à cette option, avaient été douchés par une première décision du Tribunal de commerce de Bobigny le 28 mars. Ce jour là, le juge avait retoqué cette offre, ne la considérant pas assez solide financièrement, au profit d’une reprise partielle par Tally Weijl et Etam portant respectivement sur 69 et 2 des 250 magasins de la chaîne. S’en est suivie une nouvelle période d’attente concernant le reste de l’entreprise, désormais partagée entre les salariés des magasins repris et les autres, chacun se demandant ce qu’il allait devenir. Une nouvelle date avant le prononcée de la liquidation judiciaire était annoncée, celle du mardi 18 avril, laissant trois nouvelles semaines d’attente interminable entre ces deux échéances.

C’est dans cette ambiance plombée que quelques salariés ont commencé à se projeter dans une alternative, la création d’une Scop, une idée du secrétaire national du Seci-Unsa, Eric Scherrer, qui a pris consistance avec le concours de plusieurs cadres dirigeants, pour se doter d’un modèle économique. Un nouvel espoir arrivé tardivement dans la procédure et dans lequel certains se sont projetés à fond tandis que d’autres s’en méfiaient. Difficile de faire la course pour défendre le projet auprès des autorités tout en mobilisant en parallèle des salariés aux nerfs déjà éprouvés. En quelques jours pourtant, tout s’enchaîne et un rendez-vous est obtenu au cabinet de Cristophe Sirugue, secrétaire d’État à l’Industrie, qui s’engage par écrit à prêter de l’argent dans le cadre du Fdes pour remettre l’entreprise sur les rails, et le fait savoir au juge juste avant l’audience. Alors que le Tribunal, réuni en audience le 18 avril, a mis sa décision en délibéré pour le lendemain, il reporte donc celle-ci à la semaine suivante.

 

 

De quoi laisser le temps aux porteurs du projet de peaufiner. De quoi agacer aussi les salariés qui ont juste envie que leur calvaire s’arrête. En interne, une consultation Internet est organisée et donne le non majoritaire au projet de Scop. A mesure que l’idée est présentée, d’autres se laissent en revanche séduire et sont plusieurs dizaines à se déclarer prêts à s’engager. La veille du 26 avril, date à laquelle l’affaire a été renvoyée, les porteurs du projet sont même reçus à l’Élysée et reçoivent le soutien du président de la République. Un dirigeant de transition est même trouvé, en la personne de Xavier Wilmes, ancien directeur de Mim jusqu’à son rachat par le groupe Main Asia en 2014, et qui a depuis repris et redressé l’enseigne d’accessoires Moa. Des espoirs qui s’effondrent le 26 avril. Malgré le soutien du gouvernement et la promesse d’un prêt de plusieurs millions d’euros du Fdes, ce projet de dernière ligne droite ne convainc pas et la liquidation est prononcée.

Des Mimettes veulent tourner la page

Désormais, les choses sont claires. Et ce vendredi 28 avril, agents de pôle emploi, cabinet spécialisé dans les ressources humaines et membres de l’Afpa étaient au siège pour répondre aux questions des salariés sur leur situation après licenciement. «Ces séances d’informations sont très claires, elles vont se poursuivre cette semaine et seront très intéressantes puisque nous allons parler des démarches administratives nécessaires pour obtenir des droits. A présent, nous allons pouvoir tourner la page et calmer le jeu», lance une employée le visage serein.

Au détour d’une pause café, cinq collègues se confient sur ces dernières semaines très tendues. «C’est nous qui avons mis ces affiches partout dans les locaux., même si les représentants des salariés nous ont demandé de ne pas trop en mettre sur les vitres extérieures pour ne pas se faire remarquer. On ne voulait pas se taire parce que nous avons vu ces deux dernières années la qualité de notre marchandise baisser, le prix augmenter, et la perte de notre clientèle. Avec ce projet de Scop au dernier moment, cela a fait parler de nous, mais trop tard!»

 

Les cinq collègues témoignent avoir toutes avoir anticipé et rafraîchi leur CV et lettres de motivation il y a déjà plusieurs mois, entamant une recherche active d’emploi. Le licenciement, elles s’y préparaient et voient désormais la fin de Mim comme un nouveau départ. Susanne, qui s’occupait de la photographie pour le site internet de Mim,  espère mettre à profit la période d’inactivité qui s’annonce pour mettre à jour ses compétences. «Je vais prendre le temps de respirer un peu et m’occuper de mon fils. Après six ans de travail ici, j’ai fait de la photographie mais j’ai aussi fait d’autres activités. Grâce aux organismes de formation, je vais pouvoir valider ces compétences. Les intervenants aujourd’hui nous ont bien expliqué qu’il ne fallait pas s’embarquer trop rapidement dans un nouveau projet professionnel», indique-t-elle.  

« Recommencer avec des contrats plus précaires »

Pour Djamila, modéliste, les salariés du siège en plein cœur du bassin économique dynamique de la région parisienne ont plus de chance de retrouver un emploi que les vendeuses des magasins dans les petites villes de France. «Pour nous qui connaissons le monde professionnel tel qu’il se présente aujourd’hui, il y a moins d’appréhension que chez nos collègues qui ont fait toute leur carrière chez Mim et qui ne sont pas préparées à se retourner sur le marché de l’emploi. La plupart d’entre elles étaient en CDI, il va falloir recommencer avec des contrats plus précaires et espérer avec un peu de temps être à nouveau titularisée. C’est pour cela que ces réunions vont être déterminantes pour la suite, avec du suivi psychologique et de l’accompagnement», détaille-t-elle.

Le projet de Scop toujours sur les rails

Déléguée du personnel, très investie dans le projet de Scop, Isabelle y croit encore. Les manifestations d’hostilité à l’égard de cette initiative portée par les syndicats Seci-Unsa, Cfdt et Fo, et encouragée par des cadres dirigeants, ont été selon elle, démesurées. «Je comprends tout à fait que des employés aient envie de passer à autre chose. Il y a eu de l’incompréhension entre nous tous. Et ces mesures d’accompagnement des salariés prises par le ministère montrent que l’on nous a bien écoutées. Personnellement, j’étais abattue après la décision de la mise en liquidation judiciaire mais je me suis réveillée à nouveau avec l’espoir de la reprise d’activité. Il y a une dernière carte à jouer si nous obtenons le financement de la Scop, nous pourrons faire une offre lors de la mise en vente de l’entreprise», envisage-t-elle. Car le projet de Scop, lui n’est pas complètement mort, bien au contraire. S’il ne s’agit plus de le proposer comme une alternative à la liquidation judiciaire, il reste dans la course pour reprendre les stocks et baux des magasins. La mise de départ s’en trouve augmentée, 10 millions d’euros au lieu de 5,6 millions d’euros, car il ne s’agit plus de les reprendre à l’euro symbolique, mais selon ses instigateurs, le projet reste rentable.

«Nous avons prévu un modèle économique prudent qui nous permet de rembourser le prêt Fdes en dix ans», indique un des dirigeants, qui précise qu’un nouveau rendez-vous à Bercy a eu lieu pas plus tard que ce mercredi 4 mai avec des représentants de plusieurs ministères, pour discuter des modalités de ce prêt. La décision sera ensuite soumise à l’arbitrage du mandataire liquidateur et du juge mandataire qui peuvent accepter ou refuser, par rapport aux offres à la découpe qui pourraient être proposées par d’autres parties. Si le projet se réalisait, le dirigeant de transition serait toujours Xavier Wilmes, l’ancien directeur qui connaît bien le réseau et le marché. En attendant, les salariés vont recevoir leur lettre de dispense de préavis de licenciement. Une poignée de collaborateur devra simplement terminer l’empaquetage des derniers stocks qui seront ensuite liquidés par le mandataire judiciaire.

Pour rappel historique, l’entreprise avait été créée en 1976 par deux frères, Emile et Charles Amzallag, avant d’être cédée progressivement à New Look de 2001 à 2003. En 2014, New Look a décidé de se concentrer sur sa propre marque, larguant l’enseigne au groupe Main Asia, propriété du Chinois Dejin Zheng. Mais dès le printemps 2016, ce dernier cherchait un repreneur. Des pourparlers sont alors entamés avec un fonds britannique. Pendant ce temps, Mim cumule les déficits, avec une perte de 9 millions sur le dernier exercice et une dette de 60 millions d’euros cumulés. La chaîne voit ses recettes diminuer d’année en année, passant de 206 millions d’euros en 2015  à 184 millions d’euros en 2016, se retrouvant fin 2016 en situation de redressement judiciaire.

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