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Santé | Créteil | 23/11
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Suppression de chirurgie hépatique: jeu de billard à l’AP-HP Mondor

Suppression de la chirurgie hépatique puis cardiaque, enterrement de première classe pour le projet de bâtiment RBI (Réanimations, Blocs, Interventionnel), fragilisation des pôle recherche et de la fac de médecine de l’Upec, et spécialisation progressive de l’hôpital Henri Mondor en géronto-chirurgie…

C’est une désintégration-reconversion de l’hôpital, fruit d’un jeu de billard à douze bandes, que craint la coordination de vigilance d’Henri Mondor, qui donnait hier une conférence de presse pour détailler les éléments factuels et bruits de couloir inquiétants concernant la restructuration à venir au sein de l’hôpital cristolien de l’AP-HP.

C’est le vendredi 10 novembre que la suppression du service de chirurgie hépatique d’Henri Mondor s’est formalisée, à l’occasion d’une réunion organisée à Paris par la direction de l’AP-HP , à laquelle était convoquée la présidente de la Commission médicale d’établissement local (CMEL), Arianne Mallat. Une annonce « brutale », selon les témoins qui ont rapporté la scène,  qui a fait réagir le doyen de la faculté,  Jean-Luc Dubois-Randé, lequel a  pris contact avec le directeur général Martin Hirsch et avec le président de la CME, Noël Garabédian. « Une rencontre avec le directoire de l’AP-HP a été obtenue en urgence pour proposer une sortie de crise, obtenir le maintien de la transplantation hépatique et des études d’impact« , a indiqué en préambule Fabien Cohen, porte-parole de la coordination de vigilance Henri Mondor. En réalité, le service est sur la sellette depuis cet été. « Début juillet, nous avons été mis au courant des risques pesant sur la chirurgie hépatique au Comité technique d’établissement central (CTEC) », relate Olivier Youinou, représentant Sud Santé au sein du CTEC, indiquant que parmi les indices, le départ à Genève d’ici la fin de l’année de l’un des trois greffeurs du service était de mauvais augure. Dans son mail de réponse concernant la remise en question du service, la direction de l’AP-HP confirme également ces dates :  « Au mois de juillet, il a été acté le passage de 4 à 3 sites de transplantation hépatique. Ceci doit conduire à un projet commun entre l’hôpital Paul-Brousse et l’hôpital Henri-Mondor. Les deux équipes sont chargées de travailler ensemble pour proposer un projet commun, conforme à cette orientation. Il n’ y a pas de décision institutionnelle concernant la chirurgie cardiaque », précise ainsi l’hôpital. Cet été toutefois, les médecins pensaient avoir la situation en main.

Le passage à trois centres : l’une des 23 orientations stratégiques « oikéiosis » de l’AP-HP

Concrètement, le passage de 4 à 3 centres hépatiques au sein de l’AP-HP correspond à l’une des 23 orientations élaborées par des groupes stratégiques, baptisés  oikéiosis,  composés des directeurs et présidents de CMEL, des représentants de la CME et de la commission des soins, des doyens et des directeurs centraux. Ces groupes ont planché ensemble à l’occasion de plusieurs séminaires de travail durant le premier semestre 2017. Dans son compte-rendu de la réunion plénière de la CME de l’AP-HP du 12 septembre, son président, Noël Garabédian, explique que ces groupes oikéiosis sont  nés de l’inquiétude des directeurs et présidents de CME locale sur la capacité à financer les besoins futurs d’investissement de l’AP-HP. Au menu de ces 23 orientations, réparties en 5 chapitres : la gouvernance générale et les grandes orientations des groupes hospitaliers, le management, la digitalisation, le parcours du patient et la gestion de ce changement. Le passage de 4 à 3 centres hépatiques figure au sein du premier chapitre sur les grandes orientations des groupes hospitaliers. (Voir le compte-rendu).

L’ARS estime en revanche que l’Ile-de-France pourrait compter cinq centres

Actuellement, quatre hôpitaux disposent de services de chirurgie hépatique au sein de l’AP-HP, Henri Mondor et Paul Brousse dans le Val-de-Marne, Beaujon dans les Hauts-de-Seine et La Pitié-Salpêtrière à Paris. Il s’agit des quatre centres de greffe hépatique autorisés pour les adultes en Ile-de-France, aux côtés de deux centres de greffe hépatique pédiatrique dont l’un se trouve à l’hôpital Bicêtre. Dans les annexes de son arrêté d’octobre 2017 fixant le bilan quantifié de l’offre de soins en Ile-de-France et la recevabilité ou non des demandes concernant de nouvelles ouvertures de centres, l’ARS (Agence régionale de santé) indique toutefois que la demande d’un cinquième centre de greffe hépatique pour adultes en Ile-de-France serait recevable. Il s’agit même pour l’ARS d’une des deux seules greffes, avec celle du pancréas pour adultes, pour lesquelles l’ARS considère l’ouverture d’un nouveau centre comme recevable.

Pourquoi supprimer le centre hépatique de Mondor ?

Alors que le service d’Henri Mondor réalise environ 80 greffes par an, les trois autres dépassent la centaine. C’est cette donnée qui aurait officiellement conduit à trancher en faveur de l’hôpital villejuifois. « Mais Paul Brousse ne dispose absolument pas de la capacité à accueillir les 80 greffes de Mondor« , alertent les représentants de la coordination tout en rappelant que l’activité, dans son volume actuel, est viable. Nous sommes un centre de référence en matière de diagnostic hépatique », pointe Jean-Marc Duvauchelle, délégué Sud Santé.

Des problèmes humains qui ont empêché un front commun

En sus des objectifs de réduction des coûts de l’AP-HP, des problèmes de concurrence entre mandarins et de problèmes humains en interne, sur lesquels la coordination n’a pas souhaité s’étendre, n’ont pas contribué à constituer un bloc solide pour défendre l’hépatologie au sein de l’hôpital.

Le risque d’une d’une désintégration en série du CHU Mondor

Pour la coordination de vigilance Henri Mondor, la suppression de la chirurgie hépatique, si elle aboutissait, conduirait inexorablement à une remise en question profonde du projet de l’établissement, pour lui retirer la force de son pôle d’excellence en chirurgie multiviscérale et en faire un centre de géronto-chirurgie. Un projet qui couverait de longue date, et qui se serait déjà illustré par la remise en question du service de chirurgie cardiaque en 2011. « Martine Orio, la directrice d’Henri Mondor, a déclaré il y a longtemps, peu après son arrivée, qu’elle souhait qu’Henri Mondor devienne le plus grande centre de géronto-chirurgie », se souvient Christophe Pin, délégué CGT. « La chirurgie hépatique et la chirurgie cardiaque sont des pivots de l’attractivité d’Henri Mondor. Cela conditionne l’attractivité du site pour les chercheurs, les universitaires », insiste Fabien Cohen, rappelant la menace qui continue de peser sur la chirurgie cardiaque, toujours en attente de son deuxième professeur d’université praticien hospitalier (PU-PH) « pourtant promis depuis des années ».

Pour les représentants de la coordination, la suppression du service hépatique, suivie de la chirurgie cardiaque, constituerait ainsi une ainsi la première étape d’une désintégration du CHU, impactant  directement la recherche, la faculté de médecine et les projets de développement en cours. « A force de supprimer des morceaux, le risque est grand de vouloir tout regrouper à Mondor et de remettre en cause Albert Chenevier. Et d’autres centres sont aussi menacés, à l’instar d’Emile Roux à Limeil-Brévannes, l’hôpital de Draveil… » analyse Eric Tricot, délégué Sud Santé.

Le nouveau bâtiment RBI remis en question ?

Parmi les craintes évoquées par la coordination, celles de la remise en question du nouveau bâtiment RBI (Réanimations, Blocs, Interventionnel). Cet équipement qui doit voir le jour d’ici à 2020, regroupera le bloc opératoire, y compris les Soins de Surveillance Post Interventionnels (SSPI) et les réanimations et surveillances continues de l’établissement. Il est prévu sur 12 498 m² de surface répartis en 6 niveaux et accueillera notamment un service de réanimation d’une capacité de 55 lits, un service de soins critiques avec 30 lits de surveillance continue, un bloc opératoire de 21 salles d’opération avec des salles d’opération hybrides capables de combiner des interventions chirurgicales et de l’imagerie interventionnelle… Un projet très attendu, qui était d’abord baptisé R2B. « La partie médico-technique du projet R2B a déjà été amputée. Et ce projet est passé d’un investissement de 80-100 millions d’euros à 60 millions », rappelle Christophe Pin. « J’ai entendu dire que l’AP-HP était prête à dédommager les premières entreprises qui doivent construire le bâtiment plutôt que de construire un équipement à 50 millions qui ne servira pas », s’alarme un des représentants de la coordination.

Quelle place pour Henri Mondor dans le Grand Paris ?

« Il faudrait penser au patient que l’on va devoir trimbaler d’un service d’urgence à l’autre, dans des conditions toujours très pénibles, parce que l’hôpital disposera de tels service de chirurgie vicérale et pas l’autre », insiste de son côté Jeannick Le Lagadec, représentante du Conseil départemental au sein du Conseil du surveillance de l’hôpital et membre de la coordination. Pour l’élue, il convient aussi de penser le rôle du CHU dans le Grand Paris. « Nous devons réfléchir en bassin de vie de population et en maillage territorial et arrêter de mettre toujours les institutions en compétition les unes avec les autres! »

Mobilisation

Désormais, l’heure est la mobilisation pour la coordination, qui craint une suppression du service dès le 1er janvier 2018. Au programme : pétition, tractage, débat public, manifestation, demande de rendez-vous avec Martin Hirsch… et mobilisation des élus du Val-de-Marne, comme en 2011, au moment où le service de chirurgie cardiaque avait été remis en question. Dans un communiqué, le président du Conseil départemental, Christian Favier, a déjà réagi. « Je veux dès aujourd’hui alerter la direction de l’AP-HP quant aux conséquences humaines et sanitaires d’une telle menace et à la réaction de mobilisation qu’elle ne manquerait pas de générer comme il y a quelques années« , prévient l’élu.

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