En images | Joinville-le-Pont | 10/10
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Le clapet du siècle posé dans l’écluse de Saint-Maur à Joinville

Suspendu à une grue, un gigantesque clapet de quarante-cinq tonnes d’acier a été déposé avec précaution dans l’écluse de Saint-Maur à Joinville-le-Pont ce lundi. Une opération délicate alors que seuls 15 cm de marge totale permettaient à l’ouvrage de descendre dans le sas de l’écluse.

Confectionné sur mesure à Cognac en trois parties et livrée par bateau depuis Villeneuve-Saint-Georges, ce clapet géant vient remplacer celui d’origine, posé en 1933 et devenu obsolète, resté coincé au fond en 2000 à l’occasion d’une manoeuvre. Cette vanne anti-crue permet d’empêcher les villes riveraines de la Marne d’être inondées en cas de crue de la rivière. Dans la presqu’île de Saint-Maur-des-Fossés par exemple, 200 hectares sont inondables et le nouveau clapet permettra de gagner 40 cm de hausse de niveau des eaux en cas de crue, idem dans les villes les plus proches. A Gournay encore, située un peu plus loin, le gain sera de l’ordre de 8 cm. « Au total, 1500 hectares de territoire sont concernés », indique Pierre Bell-Loch, vice-président du Conseil départemental en charge notamment de l’assainissement. A la clef, près de 10 millions d’euros de dommage économisés en cas de grosse crue de la Marne.

Comment çà marche ? L’eau qui arrive de la Marne en provenance de Nogent-sur-Marne et s’apprête à faire le tour de Saint-Maur pour rejoindre la Seine, est attirée grâce un courant plus fort dans le canal de Saint-Maur, qui relie l’amont et l’aval de la boucle de la Marne saint-maurienne, et se retrouve ainsi directement emmenée en aval, près de la confluence avec la Seine. Le clapet joue sur ce courant en s’ouvrant plus ou moins.

Est-ce que ce report risque de jouer sur le niveau de la Seine ? « Côté Paris, ce dispositif ne joue que sur 1 cm, explique Jean-Pierre Bultieau, en charge des ouvrages anti-crues et des berges au sein du Conseil départemental, à la tête du projet. L’enjeu est justement d’éviter d’inonder Paris. Nous aurions pu gagner 65 cm de montée des eaux à Joinville mais cela aurait fait monter l’eau de 8 cm côté Paris. »

Jean-Pierre Bultieau, responsable des ouvrages anti-crues et des berges au Conseil départemental

Alors qu’une trentaine de navires marchands transitent chaque chaque jour par ce canal d’un kilomètre, creusé au début du 19e sous l’impulsion de Napoléon 1er, et qui comprend un tunnel d’environ 600 m, les opérations à sec ne pouvaient pas s’éterniser sauf à risquer un report modal du transport des marchandises. Une partie des travaux a été réalisée avec l’écluse en eaux, et l’intervention à sec a été calculée pour ne durer que cinq semaines, avec des équipes d’intervention 24 heures sur 24. Sur cet ouvrage à la fois massif et sensible, le chantier a du recourir à des techniques de pointe, comme l’hydrodémolition avec de l’eau projetée à 1000 bars pour détruire le béton d’une partie des bajoyers (parois) du canal afin d’y insérer le bras du nouveau clapet sans risquer de créer des vibrations dans l’ouvrage, ou encore le découpage au diamant d’un des deux anciens organes de manoeuvre, rempli de crémaillères et ferraillage en tout genre et impossible à déboulonner. Sa réplique située sur l’autre rive, et qu’il n’était pas nécessaire de supprimer, est restée bien en place et permet désormais de comparer ancien et nouveau système.

L’organe de manoeuvre de la nouvelle vanne

L’un des deux organes de manoeuvre de l’ancienne vanne (qui avait deux bras) resté sur l’autre rive.

« C’est mon chantier le plus compliqué depuis 30 ans », indique Jean-Pierre Bultieau. Ce lundi encore, c’est toute une équipe qui s’est affairée pour poser la vanne au centimètre près.

Au total, l’installation de ce nouveau clapet anti-crue, pièce unique, a coûté 3,6 millions d’euros. Une somme importante qui avait fait de ce chantier, prévu dès le début des années 2000, une Arlésienne, avec quelques rebondissements comme la participation ou non du département de Seine Saint-Denis. Finalement, l’opération a été financée à hauteur de 50% par le fonds Barnier (Fonds de prévention des risques naturels majeurs), 25% par le Conseil départemental, environ 7 % par la Métropole du Grand Paris, qui a pris la part prévue au départ par la Seine-Saint-Denis, environ 3% par Port de Paris et le reste par les 15 communes concernées par le projet, 10 en Val-de-Marne (Bonneuil-sur-Marne, Bry-sur-Marne, Champigny-sur-Marne, Chennevières-sur-Marne, Créteil, Joinville-le-Pont, Le Perreux-sur-Marne, Nogent-sur-Marne, Saint-Maur-des-Fossés et Sucy-en-Brie) et 5 en Seine-Saint-Denis (Gagny, Gournay, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand), au prorata du gain bénéfice-risque procuré par ce dispositif. Ainsi, Saint-Maur-des-Fossés, première ville bénéficiaire, est celle qui met le plus au pot avec environ 170 000 euros.

Après des premières manœuvres à sec cette semaine, l’écluse sera remise en eau ce dimanche.

Voir la pose en images

 

      

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