Education | Val de Marne | 28/09/2017
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Contrats aidés dans les écoles: « jetés comme des Kleenex! »

Martine a aujourd’hui 62 ans. Il y a quatre ans, elle a rejoint en contrat aidé l’école Joliot-Curie d’Ivry-sur-Seine comme aide administrative de la directrice. Ses tâches : un peu de secrétariat, répondre au téléphone, gérer les petits bobos, faire des copies, aller porter des documents aux enseignants, ouvrir la porte aux parents….

« Plein de petites activités qui semblent insignifiantes mais qui font que l’école peut fonctionner correctement », résume Martine. « Elle s’est investie au fur et à mesure dans toutes les tâches du quotidien, qu’il s’agisse de courriers à taper, tableaux à faire, accueil… Les parents la connaissent aussi et savent qu’en s’adressant à Martine, le message passera. Elle constitue un rouage supplémentaire entre les familles et tous les membres de l’école, confirme Raymonde Duvillard, directrice de Joliot-Curie B. Nous sommes sollicités tout le temps, avons de plus en plus de tâches administratives, et il y a aussi Vigipirate.  Je sais que je peux compter sur Martine si je suis par exemple en réunion. Elle a même pris des groupes d’élèves en informatique avec les enseignants et m’a transmis certaines compétences en bureautique.« 

Niveau salaire: 687 euros net par mois pour 20 heures par semaine, ce n’est pas le Pérou, mais Martine fait la cantine en plus. « Il y a beaucoup de vacataires qui ne font que la cantine et c’est bien qu’il y ait quelqu’un qui soit de l’école, comme Martine, qui puisse faire le lien« , ajoute la directrice.

Comme elle avait 58 ans au moment de son recrutement, Martine a été assurée d’être reconduite dans son poste jusqu’à la retraite. Certes, son contrat était renouvelé chaque année, mais c’était une simple formalité. A la rentrée pourtant, lorsqu’elle a reçu du lycée Delacroix de Maisons-Alfort (qui s’occupe de son contrat), un courrier de prise de fonction à renvoyer, elle a lu en haut de la lettre, « écrit en lettres majuscules » décrit-elle, que les contrats d’aide administrative ne seraient pas renouvelés. « Je me suis inquiétée, car mon contrat en cours prend fin le 11 novembre« , indique Martine. En dehors de ce courrier type, l’administration de l’Education nationale ne la contacte pas pour lui proposer un rendez-vous afin de faire le point sur sa situation et lui confirmer ou non si l’engagement qui lui avait été donné de garder son poste jusqu’à la retraite est maintenu. Martine fait donc sa rentrée comme d’habitude, avec l’inquiétude en plus. Alors que sa collègue Christiane, 61 ans, se trouve dans la même situation à Joliot-Curie A, les directeurs des deux écoles adressent finalement un mail à l’Inspection académique la semaine dernière, pour venir aux nouvelles.

Cette fois, la réponse tombe, dès ce lundi. « Ce courrier de l’Inspection académique confirme que mon contrat d’aide administrative s’arrête et me propose de postuler pour être AVS (Auxiliaire de vie scolaire) », indique Martine. Pour information, deux types de contrats aidés existent en effet au niveau des écoles, ces CUI (Contrat unique d’insertion) concernent soit des postes d’aide administrative à la direction, soit des postes d’AVS, qui accompagnent les enfants handicapés dans leur vie scolaire. Si les contrats aidés ont été supprimés de manière globale, ceux qui concernent les postes d’AVS ont été maintenus. « Mais d’une part, il ne s’agit pas du tout des mêmes compétences, je ne suis pas formée pour être AVS, d’autre part, je n’ai aucune assurance d’être prise comme AVS si je postule. C’est du grand n’importe quoi! », pose Martine. « J’avais prévu de partir en retraite en juillet 2018 car je n’ai pas toutes mes annuités. Je vais essayer de refaire le point sur mes droits à la retraite, mais c’est un peu galère », lâche l’aide administrative, résignée à retourner à Pôle Emploi. « Ces contrats aidés ont été jetés comme des Kleenex! » s’indigne Raymonde Duvillard.

Le cas de Martine n’est pas isolé en Val-de-Marne. A Choisy-le-Roi par exemple, une autre Martine, 53 ans, aide administrative à l’école Casanova, a subi le même sort. « Mon contrats se termine le 13 octobre et je devais signer son renouvellement le 30 août, mais deux jours avant, j’ai reçu un mail indiquant que la signature du contrat était annulé. Il y a trois jours, j’ai reçu un courrier me proposant de postuler comme AVS, mais ce n’est pas mon métier« , témoigne-t-elle. « Pour l’instant, j’attends la fin. On ne sait jamais qu’il y ait un revirement à la dernière minute. Sinon, je retournerai à la case départ »

Dans le département, plusieurs dizaines de personnes sont actuellement dans cette situation. « Il y a aussi parmi elles un certain nombre de personnes en situation de handicap, d’autres sont proches de la retraite et auraient pu commencer à constituer leur dossier si elles avaient été prévenues à l’avance« , indique Luc Bénizeau, délégué SnudiFo. « La plupart travaillaient à la fois en contrat aidé et complétaient avec des heures à la cantine, l’étude, ou encore la sécurité devant les écoles, afin d’arriver à un Smic« , précise le délégué syndical. Si le contrat aidé ne constituait pas un vrai salaire, il jouait ainsi un rôle de socle, de levier.

Demande d’audience en préfecture et rassemblement le 16 octobre

« Nous n’allons pas en rester là, prévient Luc Bénizeau. Nous demandons une audience d’urgence au préfet afin d’étudier les situations individuelles. » Un rassemblement est aussi prévu le 16 octobre à 18 heures devant la préfecture.

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