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Environnement | Ivry-sur-Seine | 22/09
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Un pas de plus vers la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry

Un pas de plus vers la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry © Syctom

Le projet de reconstruction de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine continue de tracer sa route. Alors que le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, ne s’est pas encore positionné sur le sujet malgré les demandes des élus locaux, l’enquête publique visant à mettre en compatibilité le plan d’urbanisme

de la ville avec la nouvelle unité d’incinération des ordures ménagères (UIOM) vient de recevoir un avis favorable du commissaire-enquêteur.

Malgré la tenue de l’enquête publique en début d’été (du 19 juin au 19 juillet), près de 274 observations ont été formulées lors des permanences ou rédigées sur les registres, toutes hostiles au projet sauf une, mentionne le commissaire enquêteur, pour qui l’enquête, « bien que correctement présentée, a généré une confusion entre son objet, la mise en compatibilité du PLU, et le projet de transformation du centre Ivry-Paris XIII proprement dit, une ambiguïté entre la forme, la procédure administrative, et le fond, la démolition-reconstruction d’un équipement de traitement des ordures ménagères. »

La mise en compatibilité du PLU s’inscrit en effet comme l’une des étapes pour faire avancer le projet, après le nouveau vote du Syctom (le syndicat intercommunal en charge de la gestion des déchets pour environ 80 villes de l’agglo parisienne) en janvier dernier et les séances tendues sur le sujet en Conseil municipal d’Ivry. Et même si l’enquête ne portait pas sur le bien-fondé ou non de cette reconstruction, contre laquelle s’oppose une partie de la population et les associations de préservation de l’environnement, elle constituait pour ses détracteurs une occasion d’exprimer leur désaccord, concernant non seulement l’impact urbain du projet mais aussi le projet en lui-même.

Parmi les thématiques récurrentes, les participants ont insisté sur l’absence de mesures de la qualité de l’air sur le site. Le commissaire-enquêteur a indiqué sur ce point qu’. «une étude réalisée par Airparif en 2014 pour caractériser les niveaux de particules et de métaux dans l’air ambiant autour de l’usine Syctom d’Ivry n’ont pas montré d’influences des émissions de l’UIOM sur les données récoltées durant la campagne de six semaines»Les observations ont également souligné l’absence de vues sur le rendu architectural du nouveau centre. Le commissaire-enquêteur rappelle sur ce sujet que la hauteur maximale des constructions et installations de la Syctom dans ce périmètre sont limitées à 51 mètres avec quelques exceptions de déplafonnements pouvant aller jusqu’à 103 mètres pour la cheminée. «L’installation projetée n’atteindra pas nécessairement ce maximum projeté. Quoiqu’il en soit, les services instructeurs de l’Etat et notamment l’Architectes des Bâtiments de France veilleront à la bonne insertion des installations dans le paysage urbain», assure le rapporteur.

De nombreux participants ont aussi pointé le «coût exorbitant» de la reconstruction ou encore de son «incompatibilité avec les recommandations du Grenelle de l’Environnement, de la COP 21 et la loi». Concernant le projet en lui-même, le commissaire-enquêteur a rappelé qu’il ferait l’objet de demandes d’autorisations qui seront examinées par les services de l’État compétents et feront l’objet en temps voulu, d’une enquête spécifique.  

Le Collectif 3R et Zero Waste France, qui ont également participé à cette enquête publique, comptent également sur l’aboutissement de leur recours administratifs pour contester le projet, même s’il n’a pas d’effet suspensif sur les procédures à venir.

Télécharger le rapport du commissaire-enquêteur

L’avis de Nicolas Hulot très attendu

Le 25 juillet dernier lors de l’audition de Nicolas Hulot par la commission pour le développement durable de l’Assemblée Nationale, la députée LFI de la circonscription, Mathilde Panot, avait interpellé le ministre à ce sujet. «Sur ma circonscription, la reconstruction de l’usine d’incinération d’Ivry Paris XIII coûtera deux milliards d’euros d’argent public pour un besoin qui n’a pas été démontré. L’Ademe a d’ailleurs pris position en avril 2017, pour dire que la France avait assez d’incinérateur et que l’avenir était à la réduction et au réemploi des déchets. Alors que des solutions alternatives existent, quels engagements prenez-vous sur les projets d’incinérateurs ?» Mais le ministre de la Transition écologique et solidaire avait du ce jour là quitter l’audition sans répondre aux questions de la députée, pour raisons de santé.

Faute d’avoir pu entendre la position officielle du gouvernement, le maire PCF d’Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou,  a envoyé une lettre ouverte au ministre cet été. «Il m’apparaît dangereux de remettre en cause la reconstruction de cette usine destinée à traiter 540 000 tonnes de déchets par an  à l’horizon 2023, sauf à prendre le risque de poursuivre et de développer l’enfouissement, ce qui constituerait un véritable drame écologique. Je laisse de côté, avec vous Monsieur Le Ministre, les multiples tentatives d’instrumentalisation politique dont un projet de cette ampleur fait l’objet depuis dix ans à l’échelon local. Je préfère concentrer mon attention sur les arguments portés par les associations (collectif 3R et Zero Waste France) que je résumerai  en deux points :1) les prévisions de tonnage de déchets à traiter sur lesquelles le Syctom appuie son projet de reconstruction, manquent d’ambition et ne sont pas conformes aux objectifs fixés par la LTE (loi de transition énergétique) 2) l’argent public destiné à ce projet devrait être réorienté sur les investissements nécessaires pour améliorer les performances de tri et réduire les déchets. Jusqu’à aujourd’hui, compte tenu du silence de vos prédécesseurs, le débat sur ce projet se trouve donc « coincé » entre les arguments du Syctom et ceux des associations qui y sont opposées, ce qui, à mon sens, ne permet pas d’avoir un regard éclairé sur cette question pourtant essentielle.» 

Le collectif 3R a également envoyé une lettre ouverte à Nicolas Hulot pour lui demander sa position.

« L’Etat doit se positionner sur ce sujet »

En cette fin septembre, l’élu n’a toutefois pas encore obtenu de réponse. « Il s’agit pourtant d’un projet à un milliard d’euros qui est très politique et soulève de nombreux débats. L’Etat doit se positionner sur ce sujet et ne pas le laisser gérer uniquement sur le plan administratif par les autorités préfectorales. Lorsque l’on gouverne un pays, il est important d’avoir des points de vue sur les sujets stratégiques importants. Ce silence donne à penser qu’il y a une gêne sur le sujet« , regrette Philippe Bouyssou.

Création d’une mission d’information municipale sur l’Unité de valorisation organique

Alors que le projet comporte deux unités : une unité d’incinération et une autre de création de compost en envoyant les déchets organiques dans des centres de traitement des boues usées du Siaap, à Valenton ou Achères, la ville d’Ivry-sur-Seine va créer une mission d’information municipale pour réfléchir sur cette deuxième tranche du projet, indique le maire de la commune.

Rappel du contexte

Pour mémoire, l’objectif de cette nouvelle usine est de mettre à niveau le centre de tri et d’incinération vieillissant d’Ivry, mis en service en 1969 et qui couvre 38% des capacités de traitement du Syctom, le syndicat en charge de la gestion des déchets ménagers de 84 communes de l’agglomération parisienne. La nouvelle usine prévoit de réduire sa capacité totale de traitement d’un quart (passant de 770 000 tonnes traitées par an à 554 000 tonnes) mais aussi de diminuer la proportion des déchets incinérés de moitié, le reste étant valorisé en séparant la matière organique pour traiter séparément les bio-déchets. Initialement, il était prévu de  faire sur place du compost avec la partie fermentescible des déchets, mais cette option, controversée en raison de sa dangerosité, a été abandonnée. La partie fermentescible devrait être envoyée en méthanisation avec les boues des stations d’épuration tandis que le tri-préparation permettra de générer des CSR (combustibles solides de récupération) qui seront séchés puis brûlés. Après une première étape de concertation publique en 2009, le projet, qui divisait les élus locaux et était fortement contesté par un certain nombre d’habitants réunis dans le collectif 3R,  a  fait l’objet d’une nouvelle discussion entre la fin 2015 et juillet 2016. Des associations comme Zero Waste France, FNE-Ile-de-France et le Collectif 3R ont travaillé sur des propositions alternatives comme le plan B’OM consistant à réduire massivement les déchets afin de rendre inutile la reconstruction de l’usine.  Voir les pistes d’évolution du projet telles que rendues compte par le Syctom au terme de cette nouvelle concertation.  En 2015-2016, une nouvelle concertation sous forme de groupes de travail a eu lieu, avant que le projet ne soit à nouveau entériné par le Syctom en janvier. Une première tranche de travaux a d’ores et déjà été votée.

Travaux dès 2018, mise en service de la première tranche en 2023

Si le projet suit son cours, la prochaine étape concernera l’instruction des demandes de permis de construire et d’autorisation d’exploiter, d’ici la fin 2017. Les travaux de la nouvelle unité de valorisation énergétique pourraient alors commencer en 2018, à côté de l’usine actuelle, pour une mise en service en 2023. A cette date, commencera alors la déconstruction de l’usine d’incinération existante et la construction de l’unité de valorisation organique qui devrait être mise en service en 2027. Le coût de l’ensemble, indiqué par le Syctom, s’élève à environ 1 milliard d’euros. Le groupement retenu pour construire et exploiter l’usine est le groupement conjoint IP13 (mandataire), filiale de Suez Environnement, Eiffage TP, Chantiers Modernes BTP, Inova, Hitachi ZosenInoca, Vinci Environnement, Vinci Energies, Satelec, BG Ingénieurs Conseil et AIA Architectes Associés.

Voir tous les articles sur ce dossier

Le Syctom entérine la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry, les associations attaqueront en justice

Incinérateur d’Ivry-sur-Seine : reconstruire ou réduire les déchets?

 

 

17 commentaires pour Un pas de plus vers la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry
  • Cet incinérateur inutile est l’ultime produit de l’alliance productiviste PCF-Droite en Val de Marne. Comme le reconnait ici très honnêtement M. Buyssou, nous sommes face à un choix de société profond (gaspiller et incinérer, ou économiser et recycler). Sur l’exploitation politique locale de ce débat de fond, voir ici le dessous des cartes : http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article695

    • Vous avez raison : je propose de déposer les ordures ménagères devant votre domicile. On peut en effet moins gaspiller, recycler davantage, mais il y aura toujours des ordures. ‘Not in my backyear’, devant la votre 🙂

      • Ce niveau de sottise est désarmant. L’anonymat n’excuse pas tout. Vous n’avez visiblement pas pris la peine de lire les liens auxquels je vous invitais. Un bon résumé ici : http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article674
        Les arguments de l’Ademe, de Zéro Waste et de l’association 3R sont multiples. En voici un que vous êtes peut-être à même de comprendre (puisque bien sûr vous ne lirez pas leurs argumentaires ) : si le Granda Paris avait le même taux de réduction des déchets que Lyon, on n’aurait pas besoin de cet incinérateur …
        Dans vingt les enfants de votre famille vous demanderont : « mais qu’as-tu fait, à l’époque où on pouvait encore agir , pour limiter la dérive de l’effet de serre ?  » vous répondrez sans doute : « j’ai menacé un connard d’ingénieur, qui voulait qu’on arrête de bruler les ordures , de déposer mes ordures devant sa porte »

        • Je ne suis pas l’irresponsable sot que vous vous autorisez à imaginer : je n’achète aucun produit frais au super marché, je recycle les bouteilles en verre, je fais le tri séparé pour les plastiques alimentaires, le papier et les métaux, je porte aux déchèteries les encombrants et les rares matériels électroniques que je jette, je n’utilise pratiquement jamais ma voiture, mais j’ai quand même un sac d’ordures par semaine. Je confirme que je suis prêt à le déposer régulièrement devant votre porte. Les écolos français ont toujours de savants calculs pour culpabiliser en permanence les populations, mais ne propose aucune solution concrète pour la vie courante? La dernière mode est le circuit court : la ville de Paris à elle seule représente 7200 commerces alimentaires et 13800 restaurants : vous voulez les approvisionner depuis des pots de fleurs posés sur les toits, les livrer en triporteur, puis faire des petits tas de compost sur votre balcon ?

          • Courageux anonyme,
            vos menaces puériles ne feront pas taire toutes celles et ceux qui, dans la population de la banlieue sud et à Ivry en particulier, n’acceptent pas les 2 milliards d’euros que vous voulez offrir à Suez et les 450 000 tonnes de CO2 par an que vous voulez infliger à nos enfants, au nom de la consommation des Parisiens . J’ajoute que les arguments de ceux qui proposent des alternatives , et que, comme je l’avais parié, vous ne lirez jamais, seraient toujours valables si on reconstruisait l’usine à l’intérieur du Périphérique.

          • Courageux politicard : les parisiens consomment, mais pas les habitants d’Ivry ? Le CO2 produit par les banlieusards s’arrête à la frontière du périphérique, tout comme celui produit en province ou par les jolis feux de bois si chers aux écolos de la campagne ? Comme tous les ratés de la politique, vous ne savez que dénigrer ceux qui ne sont pas de votre avis.

  • Il ne s’agit ni plus ni moins d’une escroquerie à grande échelle qui ne veut pas dire son nom. Les 2 milliards d’euros annoncés devant une Commission de l’Assemblée Nationale pour financer la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry représentent le prix d’un sous-marin nucléaire d’attaque (type Terrible sans son armement). Quand on voit la palanquée d’élus (90) qui siège et décide à la tête de cette usine à gaz qui s’appelle le SYTCOM, on comprend mieux. On comprend mieux le mépris qu’ils affichent à l’encontre des signataires des nombreuses pétitions qui s’opposent à ce projet fou et inutile, à l’encontre des 60000 utilisateurs annuels qui franchissent le portail du sites, des milliers de contribuables et de la centaine de salariés qui va se retrouver au chômage dans quelques semaines

  • le lien qui fonctionne http://laveniravillejuif.fr/spip.php?article695

  • Quand on voit que même le système actuel de ramassage des déchets n’est pas respecté dans nos villes, trottoirs souillés, encombrants partout, on se doute bien qu’un plan zéro déchet n’est qu’une illusion, un slogan. Peut-être que la réduction de la taille de l’incinérateur obligera à augmenter l’enfouissement qui je crois existe encore.
    L.V

    • Il est clair que la mauvaise qualité des ramassage des OM incite surtout à ne pas produire de déchets. Cela dit, ces déchets existent et existeront encore longtemps. La vitesse de réduction actuelle, et les « réserves  » de réduction prouvées par les autres métropoles (Lyon, Nantes, etc, sans parler de San Francisco qui en est à -80%) permettent de calculer combien il faudra garder à l’avenir d’incinérateurs pour Paris et la petite couronne. Dores et déjà il en fut un des moins à l’horizon 2023 d’où l’inutilité de la reconstruction d’Ivry. Cf l’argumentaire ici :
      http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article674
      Cela n’excuse pas la médiocre qualité , que vous dénoncez, de la collecte des déchets aujourd’hui. La Commission d’Appel d’Offre du Grand Orly Seine Bièvre vient d’ailleurs de changer de délégataire.

  • je suis eboueur à la mairie de paris et je vous confirme qu’en 20 ans les tonnages d’ordures ont explosé et ce malgré la propagande sur le tri, les bio-déchets et autres.

    Il y a toujours plus de cartons sur nos emballages alors oui qu’on le veuille ou non l’incinerateur d’Ivry est indispensable aux parisiens bobos ou pas !!!

    • Mais enfin Jean !!! Ce n’est pas parce que vous êtes un professionnel confronté à la réalité que vous pouvez avoir un avis autorisé ! Seuls les EXPERTS peuvent formuler des avis et dire ce que le monde doit être.

    • Tiens, c’est exactement le contraire de ce que dit le Sytcom, qui se vante de la REDUCTION des quantités de d’ordures ménagères ! Mais c’est conforme à ce que montrent les comparaisons entre villes de France : non seulement le grand Paris est la dernière agglomération après Marseille pour le recyclage et la réduction des déchets, mais encore le Sytcom est le pire en Ile de France !

  • Le cas de Raymond 94 pose tout le problème de l’anonymat sur internet : insultes, menaces, etc sous la cagoule d’un pseudo. cf : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/anonymat-sur-le-web-le-pseudo-c-est-la-cagoule-de-l-internaute_981807.html
    Je pense que le droit à l’anonymat sur les forums internet doit être maintenu. Dénoncer des scandales, des fraudes, des manœuvres de favoritisme ou de corruption, exige toujours un certain courage car les conséquences individuelles peuvent être lourdes. Or toutes ou tous les élu-e-s, fonctionnaires, chercheurs, médecins, cadres de la banque etc, n’ont pas ce courage des « lanceurs d’alerte » (cf http://www.laveniravillejuif.fr/spip.php?article578 ). Mais ce n’est pas une raison pour se priver de leurs informations. L’anonymat peut être une solution. D’ailleurs si « Raymond 94 » mettait ses menaces à exécution contre ses contradicteurs, la police arriverait jusqu’à lui via son IP, et de toutes façons il est visiblement trop lâche pour agir.
    C’est au lecteur de faire la part des choses face aux commentaires anonymes : « Ce type n’ose pas répondre à un argument sous son propre nom. Il cache donc quelque chose (intérêt ? incompétence ?) Ne tenons pas compte de ce qu’il dit, lisons les vrais débatteurs, en « pour » ou en « contre », pour nous faire une opinion. »

  • Je partage totalement l’argumentation d’Alain Lipietz.

    Toutefois, il faut savoir que le SRCAE (Schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie de l’Île-de-France) adopté il y a cinq ans (par la totalité des élus du conseil régional – gauche, droite, écolos ou pas…) a implicitement validé la reconstruction de l’usine d’incinération d’Ivry-Paris 13 en tant que dispositif de production d’énergie du réseau de chaleur de la CPCU (Centrale parisienne de chauffage urbain). Mais les évolutions législatives de ces cinq dernières années concernant la production, la gestion et le traitement des déchets, ainsi qu’un certain nombre de facteurs liés aux conditions environnementales de la région parisienne, doivent maintenant obliger le Syctom à réexaminer son projet.

    Le SRCAE n’est ni définitif ni intangible et la loi de transition énergétique pour une croissance verte (loi TEPCV) de 2015 fixe des objectifs, notamment en matière de réduction et de valorisation des déchets, dont il est indispensable d’examiner la conformité avec le cahier des charges du futur incinérateur.

    D’un point de vue sanitaire, il apparaît que, dans la majorité des études, les effluents de l’incinérateur sont, pour certains d’entre eux (par exemple les dioxines bromées) très mal identifiés et largement sous-estimés.

    D’un point de vue environnemental, certains épisodes climatiques récents, sortant largement des moyennes de ces dernières décennies, amènent à s’interroger sur la pertinence de ce projet: crue de la Seine du printemps 2016 qui doit alerter sur le risque de reconstruire une telle installation industrielle en zone inondable; épisodes de canicule qui, à Paris et en proche région parisienne, sont amplifiés par le phénomène d' »îlots de chaleur urbains »; pics de pollution de l’air récurrents, et souvent couplés aux conditions météorologiques. Ces événements ne sont pas, bien entendu, sans conséquences sur l’impact sanitaire du futur incinérateur.

    Enfin, d’un point de vue technique, si la collecte séparée des biodéchets, pour laquelle la loi TEPCV a fixé des objectifs quantitatifs précis, montre son efficacité, il faut alors se demander quels seront les intrants de l’incinérateur lorsque celui-ci entrera en fonctionnement? Une collecte sélective totale à l’horizon 2025-2030 ferait que, théoriquement, l’incinérateur devrait se trouver sans combustible, en tout cas sans OMR, à brûler.

    Par ailleurs, la question est loin d’être tranchée sur la différence qu’il y a entre les installations de tri mécano-biologique des déchets et les futures unité de valorisation organique.

    Il n’est donc pas trop tard pour revoir entièrement la copie, et même si malheureusement l’Île-de-France est le très mauvais élève en matière de gestion des déchets.

  • « Enfin, d’un point de vue technique, si la collecte séparée des biodéchets, pour laquelle la loi TEPCV a fixé des objectifs quantitatifs précis, montre son efficacité, il faut alors se demander quels seront les intrants de l’incinérateur lorsque celui-ci entrera en fonctionnement? Une collecte sélective totale à l’horizon 2025-2030 ferait que, théoriquement, l’incinérateur devrait se trouver sans combustible, en tout cas sans OMR, à brûler. » Voilà ce que je reproche à ce type de raisonnement : ‘SI’ les comportements sont vertueux, alors dans 15 ans l’incinérateur ne servira pas … Et ‘SI’ les comportements ne sont pas vertueux, on aura bloqué l’incinérateur et on fera quoi ? Je répondrai que si les comportements deviennent vertueux, alors dans ce cas l’incinérateur sera arrêté ou reconverti. Prenons l’exemple du recyclage le plus simple et le plus efficace : le ramassage des bouteilles en verre : tri simple et recyclage à 100 %. Constatez vous des files d’attentes devant les containers de récupération ? Non, et pourtant nous vivons dans la métropole la plus peuplée de France … Les comportements ne sont pas vertueux, surtout dans une société qui devient chaque jour un peu plus hétérogène. C’est sur la réalité qu’il faut prendre des décisions, et non sur des hypothèses en attente de validation.

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