Santé | Villejuif | 21/12/2017
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Le doyen Didier Samuel défend le transfert de la greffe hépatique à Villejuif

Le doyen Didier Samuel défend le transfert de la greffe hépatique à Villejuif © UPSud

Si du côté de l’hôpital Henri Mondor, personne ne souhaite voir partir la greffe hépatique à Paul Brousse, le projet dispose de défenseurs du côté de l’hôpital villejuifois. A commencer par Didier Samuel, chef de pôle au sein des hôpitaux universitaires Paris Sud et doyen de la faculté de médecine Paris Sud.

Mandaté par la direction de l’AP-HP pour co-piloter un groupe de travail avec le doyen de la fac de médecine de Créteil, Jean-Luc Dubois-Randé, afin de chercher un consensus des équipes médicales et un modus operandi, il expose ses arguments en faveur de ce transfert. Entretien (réalisé par téléphone ce mercredi 20 décembre).

Quel est l’intérêt de ce projet pour l’hôpital Paul Brousse ?

Didier Samuel : Il s’agit d’un projet de renforcement. Nous sommes le premier centre de transplantation hépatique de France avec 150 à 160 greffes de foie par an ainsi qu’une vingtaine de greffe de pancréas. Nous avons égalons un RHU (recherche hospitalo-universitaire) sur les organes artificiels et nous envisageons à plus long terme de développer la transplantation d’autres organes comme les poumons. En outre, nous sommes liés à une faculté de médecine dont l’axe transplantation est très fort.

En termes de recherche justement, qu’apporte ce projet ?

Nous avons déjà un DHU (département hospitalo-universitaire), Hepatinov, sur les maladies du foie, un RHU, iLite, sur un projet de foie bioartificiel, et nous avons aussi la volonté de développer des projets de perfusions d’organes avant implantation pour améliorer ces opérations.

Quelles sont les étapes de ce projet ?

Il y a deux aspects dans ce projet : la discussion avec l’administration sur les moyens nécessaires pour absorber cette augmentation de capacité et la discussion sur le parcours médical qui doit se faire avec les médecins et les administrations des deux GH (Groupe hospitalier). Ce sont deux aspects différents du projet.

Sur le plan organisationnel, comment envisagez-vous ce projet de fédération bi-site avec acte chirurgical à Paul Brousse ?

Si cette opération se fait, il est dans l’intérêt des deux hôpitaux qu’il y ait un vrai partenariat avec un parcours patient défini, avec par exemple, pour les patients de Mondor, un bilan pré-transplantation effectué à Mondor, un staff commun pour organiser qui va greffer qui, un suivi des tous premiers jours post-opératoires à Paul Brousse puis ensuite un retour à Henri Mondor. Nous pouvons mettre en place des protocoles de prises en charge en commun et même, dans le futur, des protocoles de recherche pour la greffe hépatique en commun.

Ce processus opératoire sur deux sites n’est-il pas inédit et hasardeux ?

Ce n’est pas du tout inédit. Il y a des CHU (Centres hospitalo-universitaires) en France qui n’ont pas de greffe hépatique et qui ont des partenariats de ce type. C’est le cas par exemple des CHU de Poitiers et de Limoges qui ont un partenariat avec le centre de transplantation hépatique de Tours.

En termes de capacité d’accueil, comment passer de 160 à 240 greffes ? Cela représente une augmentation de 50 % de l’activité, ce qui est considérable.

Nous pensons, qu’avec la structure dont nous disposons, nous sommes capables de prendre en charge cette augmentation mais il y a effectivement la réunion physique des équipes à organiser et à renforcer pour absorber la charge de travail supplémentaire. Cela nécessite un accompagnement qui, à mon sens, ne viendra pas forcément exclusivement de Mondor. Il y a déjà une discussion sur certains membres de l’équipe qui pourraient éventuellement rejoindre Paul Brousse mais les moyens supplémentaires pour absorber cette augmentation d’activité sont à discuter avec notre direction de GH (Groupe hospitalier) et avec le siège.

Ce transfert ne risque-t-il pas d’affaiblir le CHU Henri Mondor ?

Le service de chirurgie hépatique de Mondor ne ferme pas, ce n’est que la greffe du foie qui viendrait à Paul Brousse. Mon but est que les patients de Mondor ne soient pas lésés mais pris en charge de manière optimale, comme le sont les patients de Paul Brousse. C’est à nous, médecins et personnels non médicaux de définir le parcours médical optimal du patient.

Toutes les parties prenantes de ce dossier, y compris la direction, conviennent du fait que l’un des éléments déclencheurs du projet a été un problème relationnel au sein des médecins et des chirurgiens du centre de transplantation hépatique de Mondor. Avec le transfert de chirurgiens de Mondor à Brousse, ne craignez-vous pas d’importer ce conflit humain ?

Il faut que les hommes et les femmes comprennent qu’il y a un intérêt général et qu’il faut apprendre à travailler ensemble. Les conflits entre personnes sont très destructeurs et le rôle des responsables sera justement d’accueillir les différentes personnes qui sont conduites à nous rejoindre pour faire en sorte qu’il y ait une intégration parfaite et non la répétition de ces conflits destructeurs.

Comment espérez-vous obtenir un consensus au sein du groupe de travail mis en place par la direction ? Quel calendrier ?

Je souhaite que l’on parle essentiellement de médical, de qualité des soins et de qualité du parcours patient. L’idée est d’arriver à se mettre autour table d’ici la fin d’année ou le tout début de l’année 2018 pour définir l’organisation en partant du principe que les greffes auront lieu à Paul Brousse et en définissant un parcours patient entre Mondor et Brousse qui soit homogène et clair pour le patient. Cela permettra à Mondor de garder ses filières de recrutement de patients et de correspondants. En termes de recherche, il est aussi envisageable de s’associer sur différents projets de recherche clinique en travaillant en commun sur des patients de Paul Brousse et de Mondor.

Dans les annexes de son arrêté d’octobre 2017 fixant le bilan quantifié de l’offre de soins en Ile-de-France et la recevabilité ou non des demandes concernant de nouvelles ouvertures de centres, l’ARS (Agence régionale de santé) indique que la demande d’un cinquième centre de greffe hépatique pour adultes en Ile-de-France serait recevable. Passer de quatre à trois centres ne va-t-il pas à l’inverse des recommandations de l’ARS ?

Il y a plusieurs stratégies en la matière. Certains pays ont très peu de centres de greffe. C’est le cas par exemple de la Grande Bretagne qui s’appuie sur sept centres de greffe dans tout le pays. La France compte entre 22 et 25 centres. En région parisienne, 500 greffes environ sont réalisées chaque année et il y a actuellement 4 centres adultes et 2 centres pédiatriques. On peut concevoir plus de centres moyens, tournant autour de 80 greffes, mais aussi concevoir des centres plus gros autour de 200 greffes. L’important est que la qualité des soins puisse augmenter avec la quantité. Ceci passe par l’implication des équipes autour des patients. Dans la région parisienne, il y a déjà eu une réduction du nombre de centres de transplantation hépatique car il y avait auparavant 6 centres adultes et deux ont fermé, Saint-Antoine et Cochin. (Ndlr Entre 2009 et 2014, les centres de transplantation hépatique de Cochin puis de La Pitié Salpêtrière avaient été transférés à Saint-Antoine avant de repartir à la Pitié). Ce n’est donc pas une première au sein de l’AP-HP.

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