Histoire | Boissy-Saint-Léger | 10/11/2017
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Grosbois, témoin exceptionnel de quatre siècles d’histoire

Grosbois, témoin exceptionnel de quatre siècles d’histoire © JLL-LeTROT

Il paraît tout petit, loin derrière la grille donnant sur la RN19, mais il a tout d’un grand. Le château de Grosbois, résidence de style Louis XIII avec ses hauts toits d’ardoise grise et sa façade de brique et coins de pierre blonde, a traversé les âges sans être troublé. Il accueille désormais le centre d’entraînement des chevaux trotteurs et le plus grand musée d’histoire des courses de trot d’Europe.

Contredisant l’adage qui veut que les cordonniers soient les plus mal chaussés, le baron Nicolas de Harlay, alors surintendant des Bâtiments du roi à la toute fin du XVIe siècle, veut doter ce domaine dont il vient d’hériter d’une résidence grandiose. Il passe commande à Florent Fournier, un maître d’œuvre ayant travaillé sur plusieurs chantiers royaux dont celui du Louvre et de Fontainebleau. Alors que le château commence à prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, Nicolas de Harlay, tombé en disgrâce, n’a plus les moyens de concrétiser son projet. C’est Charles de Valois, duc d’Angoulême, nouveau propriétaire du domaine, qui poursuit et achève la construction de la demeure, lui donnant sa physionomie actuelle.

Cet article s’inscrit dans le cadre de la rubrique Loisirs et tourisme, rédigée  grâce au soutien de Tourisme Val-de-Marne.  Le comité du Tourisme organise les réservations des visites de ce domaine. Les prochaines visites se tiennent les 18 novembre, 9 décembre et 3 mars. Un concert sera également donné le samedi 18 novembre, par l’association Musiquemuse.

Fort d’un domaine giboyeux étendu sur plusieurs centaines d’hectares, la chasse de Grosbois devient renommée et le château gagne en prestige. Après de multiples changements de propriétaires, la demeure est finalement occupée par le comte de Provence, futur Louis XVIII. Ce dernier nourrit de grands projets de réaménagements du château pour le rendre plus confortable mais la révolution le contraint à l’exil. « Paradoxalement, la révolution, qui a entraîné la destruction de nombreux châteaux dans toute la France, a contribué, par l’exil du comte de Provence, à garder intact la demeure du XVIe siècle », glisse Ariane Ploussard, historienne chargée de mission au sein du domaine.

Une des plus belles demeures de l’Empire

Le domaine passe ensuite entre les mains de plusieurs hauts personnages du directoire jusqu’à ce qu’il soit revendu au maréchal d’Empire Alexandre Berthier, en 1805. C’est à lui que l’on doit la restauration, le remeublement et la transformation du château. Fidèle de Napoléon Bonaparte, le Prince de Wagram fait réaliser le salon de l’Empereur et la longue galerie des batailles, comprenant huit tableaux des batailles victorieuses de l’Empire.

La salle des Victoires représente sur 8 tableaux, les victoires prestigieuse de l’Empereur. Wagram aurait été rajouté à la hâte.

Lieu de résidence de la famille Berthier pendant près de 150 ans, c’est l’arrière-petite-fille du Prince de Wagram, Elisabeth de la Tour d’Auvergne qui fut la dernière propriétaire du domaine et de son château, jusqu’à leur vente en 1962. « C’est à ce moment là que la Société d’Encouragement à l’Elevage du Cheval Français (SECF) rebaptisée Le Trot, a pris possession du domaine. Souvent, les familles nobles désargentées vendaient les biens mobiliers avant de vendre la maison familiale mais les derniers occupants ont tout cédé. L’état de conservation exceptionnel du château tient au fait qu’il ait été occupé et entretenu jusqu’à la fin. Nous l’avons acquis alors qu’il était encore dans son jus », explique Ariane Ploussard.

 

La visite des différents appartements d’apparats donnent à voir le faste des réceptions données par les différents propriétaires du château. Fresques peintes d’Horace Le Blanc, œuvres des grands ébénistes et bronziers de l’époque (Bellangé, Jacob, Thomire,…), dessus-de-porte attribués à l’atelier de Boucher, boiseries peintes, ornent les murs et les plafonds de ce musée. Un décor qui a séduit les réalisateurs de films depuis Le Madame sans gêne de Roger Richebé, avec Arletty en 1941 ou encore Le Comte de Monte Cristo, de Josée Dayan avec Gérard Depardieu en 1990. Plus récemment, Guillaume et les garçons à table, par et avec Guillaume Gallienne en 2013, a vu quelques unes de ses scènes tournées dans les espaces extérieurs du domaine, notamment son manège lors des scènes d’équitation.

Concerts d’exception et musée du Trot

Dans le grand salon, sont aussi organisés des récitals. Le 18 novembre, dès 16h30 Sofja Gulbadamova, pianiste russe de passage en France, jouera sur le piano restauré du château des œuvres Tchaïkovski. Le 9 décembre à partir de 16h30, c’est un voyage sonore à la Renaissance et aux débuts du Baroque qui se prépare, avec du luth, de la viole de gambe et des flûtes. La Compagnie Outre-Mesure, en costumes d’époque, fera revivre  le concert silencieux de ces musiciens représentés sur les peintures de la salle du banquet (visite préalable recommandée). Le reste de la saison musicale est disponible sur le site du Domaine, et les réservations s’effectuent sur le site de l’office du tourisme du Val-de-Marne.

Le plus grand musée d’Europe sur l’histoire des courses de trot

Depuis 2010, le château de Grosbois abrite également le plus grand musée d’Europe consacré à l’histoire des courses au trot. L’exposition retrace 3000 ans d’histoire des courses attelées, des olympiades à nos jours. L’élevage, la compétition, les chevaux célèbres, les métiers du trot sont mis en valeur par le musée qui abrite également un centre de documentation et une salle d’exposition temporaire réservée aux artistes contemporains dont les œuvres sont en rapport avec la thématique du musée.

Contrairement au galop pratiqué exclusivement par les aristocrates, à l’époque, le trot était plébiscité par les agriculteurs. Ce dernier garde encore aujourd’hui une image plus populaire que le premier.

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 En images

Les plafonds peints permettent aux propriétaires des lieux de faire apposer leur monogramme, ici, « AB », pour le Maréchal d’Empire Alexandre Berthier.

Construite à la demande du fils du Maréchal Alexandre Berthier, la bibliothèque comprend plusieurs milliers d’ouvrages et de périodiques uniques.

 

Bureau du Maréchal Alexandre Berthier, passionné de géographie et s’occupant de l’état major pour Napoléon, il y déroulait des cartes.

 

 

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