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Urbanisme | Champigny-sur-Marne | 04/01/2017
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Joinville-le-Pont en passe de souffler le quartier de Polangis à Champigny-sur-Marne

Un quartier de près d’un millier d’habitants qui quitte une commune pour rejoindre sa voisine, le cas est peu banal en banlieue parisienne où les frontières sont désormais bien établies. Ce qui n’était que le rêve un peu fou d’un collectif de riverains du quartier résidentiel de Polangis, situé en bordure de rivière en limite de Champigny-sur-Marne et de Joinville-Le-Pont, non loin de la célèbre guinguette Chez Gégène, pourrait bien devenir une réalité d’ici une année ou deux, au vu des dernières étapes.

Fin décembre, le rapporteur de l’enquête publique visant à inclure la partie campinoise de ce quartier à Joinville-le-Pont, menée entre le 7 et le 28 novembre, a rendu un avis favorable. Une seconde victoire pour le collectif d’habitants se rêvant en Joinvillais. Soudés au sein de l’association Réunissons Polangis, ces derniers avaient remporté une première manche au printemps en obtenant du Tribunal administratif de Melun qu’il ordonne au préfet de lancer l’enquête publique. Ils avaient alors fait valoir les 400 signatures d’habitants en faveur du rattachement à Joinville, soit près de la moitié des quelques 800 à 1000 personnes concernées.  Une participation importante qui s’est retrouvées lors de l’enquête publique qui a recueilli 177 observations d’individus majoritairement en faveur du rattachement.

Les écoles de Joinville plus près

Parmi les premiers motifs de sécession, les Polangeois de Champigny se sont plaints de ne pas être prioritaires pour l’inscription de leurs enfants dans les écoles, crèches et collège de Joinville, pourtant plus proches. «Pour les écoles, les dérogations sont acceptées certes mais ce n’est pas constant, souvent tardif et liée aux écoles de Joinville donc ce qui est vrai aujourd’hui ne l’étant pas hier et ne le sera peut-être plus demain (par exemple en 2003 les dérogations ont été refusées). Quelle aberration de devoir prendre alors sa voiture ou parcourir un long chemin à pied en traversant la RN 4 pour amener ses enfants à l’école. Concernant le collège j’habite à 289 m du collège Jules Ferry (Joinville), le collège dont nous dépendons est à 1,7 km soit 20mn à pied ou en bus qu’il faudra prendre place de Verdun à Joinville ou traverser la RN 4 si dangereuse ; pour des raisons de bon sens, de sécurité et de bien être évidents pour mes enfants je ne me vois pas envoyer mes enfants ailleurs qu’à Jules Ferry», relate ainsi une Campinoise. Du coup, certains parents recourent à une adresse de complaisance à Joinville, ce qui pour le commissaire enquêteur, Manuel Guillamo, «n’est pas une solution viable et peut être remise en cause à tout contrôle ». Ce dernier estime en outre que l’option du rattachement ne provoquerait pas «un afflux massif de nouveaux enfants vers les établissements joinvillais». Quelques habitants ont en revanche manifesté leur désapprobation à l’égard d’une modification de la carte scolaire au profit des Polangeois de Champigny. «Il faut respecter la mixité dans les écoles pour éviter justement d’avoir une éducation à deux vitesses. Les écoles ne sont pas si loin, des dérogations existent. Cet argument veut simplement faire de l’évitement», conclut un Campinois.

Tout comme les commerces

Plus généralement, les habitants du Polangis campinois revendiquent leur sentiment d’appartenance à Joinville car ils s’y rendent pour accomplir la plupart de leurs activités, faute de commodités côté Champigny, l’avenue Galliéni à Joinville, comprenant de nombreux commerces et services comme un bureau de Poste, des banques, notaire, plusieurs supermarchés, des cafés, commerces de bouche ou encore pharmacies. «Nous habitons effectivement à Champigny-sur-Marne mais nos activités habituelles nous conduisent à utiliser essentiellement les services situés sur Joinville que sont la Poste, le marché, les différents commerces, éventuellement médecin, dentiste ; ceci en raison de la proximité. Il est certain et compréhensible pour des multiples raisons que les pôles d’intérêt principaux de Champigny se situent plus à l’Est de cette commune», détaille un habitant du boulevard de Polangis. «Le quartier de Polangis, secteur de Champigny-sur-Marne, ne comporte aucun commerce, aucun service, aucun professionnel de santé, reprend le commissaire enquêteur.  Du fait de son enclavement, ses habitants utilisent quasi exclusivement les commerces et services situés sur l’avenue Galliéni à Joinville-le-Pont qui est l’artère la plus importante du quartier.» Certes, d’autres quartiers de la ville (Maroc ou Le Plant) profitent également de cette zone commerçante. «Le quartier du Tremblay à Champigny est très semblable au quartier de Polangis. La proximité des commerces et du marché de l’avenue Galliéni (RN 4) est un avantage non négligeable dont disposent les habitants de cette zone. Cela ne justifie pas à mes yeux un rattachement à la commune de Joinville-le-Pont», rétorque un habitant de Champigny.

A la proximité des commerces Joinvillais s’ajoute aussi l’isolement du quartier, coupé par l’autoroute A4 au Nord et le parc du Tremblay à l’Est. Le commissaire enquêteur pointe ainsi que «le moyen de transport le plus proche, pour les habitants du quartier de Polangis est, hormis les bus RATP 106, 108 et 110, la gare RER A de Joinville-le-Pont qui peut être atteinte en bus en 5 minutes ou à pied en 20 minutes au plus», et suggère que l’éventuelle fusion des deux quartiers de Polangis fasse émerger une «vision plus globale de l’aménagement de ce territoire en permettant des nouveaux accès au Parc du Tremblay, notamment côté Joinville-le-Pont.»

Et les services publics

Les partisans du rattachement ont également l’impression d’être un peu ignorés. «Nous subissons des nuisances dues au fait d’être en limite de commune. En effet le passage des camions poubelle a lieu quatre fois par semaine. C’est la même chose pour les autres services de voirie. D’autre part, le fait que notre rue soit sur les deux communes complique et ralentit l’ensemble des aménagements (trottoirs, éclairage, égouts,…De plus cela conduit à des problèmes de sécurité dans la mesure où le carrefour Polangis/Horloge n’est pas aménagé ce qui constitue un réel danger», raconte un riverain. Un point sur lequel des opposants à la sécession réagissent en indiquant que la mairie de Champigny s’est engagée auprès des habitants du quartier à opérer des travaux dans le quartier, comme la réfection de la voirie et des infrastructures en cours,  et notamment le raccordement au tout à l’égout.

Les Polangeois de Champigny déplorent aussi une présence policière insuffisante, considérant que les moyens de la police nationale sont affectés prioritairement au quartier de Bois-L’abbé, à environ 7 km du quartier. «Pourquoi avons-nous adhéré à Réunissons Polangis ? Car comme beaucoup de personnes dans ce quartier nous avons pris de l’âge (68 ans) et les démarches administratives nous sont pénibles par leur éloignement. En 2011, on m’a volé mon véhicule Kangoo, garé près de chez moi. Lorsque je suis allé (avec les moyens de transports en commun) au commissariat de police, (…) j’y ai fait ma déposition auprès d’un officier de police qui m’a avoué qu’il ne connaissait pas notre quartier Polangis… On voit beaucoup de rôdeurs en pleine journée qui observent les rues, en lorgnant les maisons…Quand les forces de police circulent, toute sirène hurlante, cela renforce la sensation d’insécurité potentielle. A Joinville-le-Pont, les rondes fréquentes, de police, se font dans le calme, pour gérer les sorties d’école ou s’assurer que tout est calme et sous contrôle !», revendique un couple de Campinois. Une remarque appuyée par le commissaire-enquêteur qui insiste sur la présence «d’un service de police municipale implanté dans le quartier Palissy, soit à moins de 800 m du point le plus éloigné du quartier de Polangis campinois».

Le maire de Joinville plutôt pour, celui de Champigny contre

Du côté des élus, le maire PCF de Champigny-sur-Marne, Dominique Adenot, indique clairement son opposition à toute modification des limites communales. «Il souhaite le maintien du statut quo et considère que cette démarche engagée par l’association est anachronique compte tenu du contexte de collaboration accrue entre ces communes dans le cadre du territoire T10 et de la mise en service de la gare de la ligne 15 sud du métro du Grand Paris « Champigny Centre » en 2021, qui modifiera profondément les flux de population actuellement constaté», résume Manuel Guillado, le commissaire enquêteur.

Lors du dernier Conseil municipal de décembre, le majorité municipale a fait adopter un voeu en faveur d’un maintien de Polangis à Champigny, en adressant un message à ses habitants. «La commune de Champigny-sur-Marne vous considère comme pleinement Campinois. Vous êtes, et vous continuez à être, totalement traités à égalité avec l’ensemble de la population campinoise. Si nombre d’entre vous sont liés par leur parcours ou leurs rencontres à Joinville-le-Pont, en quoi cela pose-t-il problème ? La commune de Champigny-sur-Marne continuera à vous accompagner et à accompagner toutes les coopérations campino-joinvillaises nécessaires. Ne prenez pas pour acquis les discours qui vous promettent un effet d’aubaine par le miracle d’une adresse nouvelle. La ville de Champigny-sur-Marne a de beaux atouts, elle continue à porter de belles personnalités du monde Olympique, du monde de la culture. Continuons à « faire ville » ensemble», a enjoint la ville. Voir le voeu.

Un avis partagé par le sénateur et président PCF du conseil départemental, Christian Favier qui a reçu l’association Réunissons Polangis mais ne souhaite pas ce rattachement de peur de «créer un précédent dans un département dont les limites communales n’ont pas été modifiées depuis 50 ans». D’autant que Polangis n’est pas la seule «coupure urbaine dans le Val-de-Marne», et que le T10 (Paris Est Marne et Bois) va bénéficier de nouvelles compétences territoriales à même de répondre aux besoins de la population.

Député-maire LR de Maisons-Alfort, dont la circonscription englobe Joinville, Michel Herbillon estime au contraire que la démarche des habitants du Polangis Campinois était légitime, considérant que le rattachement actuel à Champigny est une rémanence historique qui ne correspond plus à la vie quotidienne des habitants.  Le député LR Gilles Carrez, dont la circonscription comporte une partie de Champigny, indique pour sa part comprendre les réticences des élus de Champigny au rattachement, mais indique  qu’il n’est plus contre et qu’il ne peut pas, en droit, s’opposer à la demande des habitants de Polangis.

Et pourquoi pas aussi un morceau du Bois de Vincennes ?

Le maire LR de Joinville-Le-Pont, Olivier Dosne, avoue avoir été surpris par cette démarche, et ne l’avoir jamais rêvé dans aucun de ses programmes électoraux, mais reconnaît être touché positivement. Après avoir gardé une certaine réserve tant que l’enquête publique n’était pas décidée, il commence à y croire et se fait plutôt bien à l’idée, même s’il souhaite savoir exactement combien d’habitants seraient concernés et combien d’élèves rejoindraient les écoles joinvillaises, déjà bien remplies. «Je m’en satisfais car ces habitants sont déjà chez nous de fait, nous les voyons sur les marchés», indique l’élu. La perspective de voir ses limites communales élargies donne même des idées à l’édile. «Si cela se fait, je lancerais bien une pétition pour récupérer les 110 hectares de bois de Vincennes annexés au profit de la ville de Paris dans les années 1920», lâche le maire, sous forme de boutade. Administrativement rattaché aux communes qui l’entourent, le bois de Vincennes n’a en effet officiellement été annexé au territoire du douzième arrondissement parisien en qu’en avril 1929, suite  un premier décret de mars 1925. Avant cette date, la partie comprenant notamment l’hippodrome et l’Insep, était située à Joinville. C’est du reste dans cette commune, dans l’actuel quartier des Canadiens, que se situait le centre d’entraînement des trotteurs, transféré depuis à Marolles, dans le domaine de Grobois.

Joinville pourrait dépasser Chevilly-Larue

En termes d’impacts sur la composition des communes, le nombre d’habitants vivant dans le quartier ayant été estimé entre 873 et 954 habitants (une hypothèse pour 2 habitants par maisons, et de 2,2) pourrait hâter la croissance de Joinville-Le-Pont (18410 habitants selon les derniers décomptes) et la faire devancer Chevilly-Larue (19151 hab), tandis que Champigny-sur-Marne (76450 hab actuellement) se retrouverait dans un mouchoir de poche avec Saint-Maur-des-Fossés (75285 hab) pour la place de troisième ville du département. Sociologiquement, le quartier concerné est résidentiel et essentiellement pavillonnaire.

L’immobilier un peu plus cher à Joinville

Concernant les prix de l’immobilier, l’impact devrait être limité mais réel indique le commissaire enquêteur, qui a interrogé un cabinet immobilier sur le sujet. «D’après le cabinet immobilier Orpi de Joinville, les marchés immobiliers de Joinville/Polangis et Champigny/Polangis sont assez similaires. On note toutefois une décote de 5 à 10 % en faveur de Champigny, sur des biens de caractéristiques identiques. Par exemple une maison ancienne à Joinville/Polangis de 90 m2 habitable sur un terrain de 333 m2 vendue 608.000 euros soit environ 6.750 euros du m2 vendue en en 102 jours en comparaison une maison identique à Champigny/Polangis de 90 m2 habitable sur un terrain de 310 m2 vendue 570.000 euros soit environ 6. 333 euros du m2 vendue en en 45 jours.»

Impôts locaux, coûts des activités

Le rapport d’enquête publique a également comparé la pression fiscale exercée dans les deux communes. S’ils passaient de Champigny à Joinville, les Polangeois seraient soumis à un taux d’imposition légèrement supérieur (0,10 points de pourcentage), indique le commissaire enquêteur. Les habitant devraient en revanche s’y retrouver concernant les activités de loisir car ceux qui pratiquent à Joinville se voient actuellement appliquer des tarifs de Non Joinvillais. En revanche, les mairies de Joinville et de Champigny ont récemment décidé une répartition des dépenses liées aux frais de scolarité, notamment de la cantine, permettant aux Campinois dont les enfants sont scolarisés à Joinville de ne pas payer la majoration. Manuel Guillado note cependant que ce «remboursement de frais supplémentaires de cantine est effectué dans la limite des tarifs de Champigny-sur-Marne avec les conditions de tarification différentes de celles de Joinville-le-Pont(quotient familial par exemple) et sur la base de tarif « à la semaine ».»

Prochaines étapes : une commission d’habitants et un vote en Conseil municipal

Cet avis favorable du commissaire-enquêteur émis, une commission d’habitants et de propriétaires de Polangis à Champigny devrait être installée, qui devra émettre un avis motivé. Par la suite, ce seront les communes de Joinville, de Champigny, puis le conseil départemental qui devront se prononcer en Conseil municipal et Conseil départemental.

«Si le préfet décide après toute cette procédure, qui devrait être terminée fin 2017, d’autoriser le rattachement de Polangis. Le temps qu’il transmette au ministère sa décision, et que soit publié le décret, nous serons Joinvillais dans le courant 2018», estime Marc Jamet, le président de l’association Réunissions Polangis. «Nous y avons mis tout notre espoir et nous sommes mobilisés pour obtenir cet avis favorable. Nous sommes persuadés que le résultat de cette enquête publique va nous ouvrir de nouvelles perspectives et faire sauter tous les verrous qui s’opposent à notre rattachement. Cet avis nous rend extrêmement heureux», se réjouit-il, confiant, tout en prévenant qu’en cas de décision négative du préfet, les riverains pourraient une nouvelle fois faire appel à la justice administrative.

Télécharger le rapport d’enquête.

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