Initiative | | 07/04/2017
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Les réfugiés reprennent leur souffle chez les religieuses de Boissy-Saint-Léger

Les réfugiés reprennent leur souffle chez les religieuses de Boissy-Saint-Léger © Fb

Ils ont quitté leurs pays en proie à la guerre et ou à la misère, traversant les montagnes, les mers et les frontières en quête d’une terre pour se reconstruire une vie. Depuis février, sept réfugiés, et bientôt une dizaine, originaires d’Afrique et du Moyen-Orient, ont trouvé refuge dans le couvent des Soeurs du sacré-coeur et de l’adoration de Boissy-Saint-Léger.

Dans la cuisine de cette vaste demeure du 18e siècle, Georges, originaire du Congo-Brazzaville, prépare son petit-déjeuner. C’est lui le premier qui a intégré la maison.  «J’ai une formation de juriste mais je ne suis pas certain de pouvoir trouver un travail dans ce domaine, je vais essayer de répondre à des offres pour être agent administratif, et puis,  je prendrai ce que l’on me proposera», confie-t-il.

A l’initiative de cet accueil, les bénévoles du groupe local SNL de Boissy/Plateau Briard. Si l’association SNL (Solidarités nouvelles pour le logement) oeuvre d’ordinaire pour accompagner les personnes en grande précarité sociale en les hébergeant dans des logements passerelle le temps qu’elles reprennent pied, elle n’a pas hésité à se mobiliser dans le cadre exceptionnel de l’accueil des réfugiés et a trouvé accueil auprès des soeurs.  Ces dernières ayant mis à disposition gracieusement leur maison, les bénévoles de SNL ont ensuite mené une campagne de financement participatif éclair pour réaliser les aménagements nécessaires. Dès février, deux premiers réfugués rejoignaient les lieux, déjà rejoints par cinq autres personnes.

«Où est-ce que je peux trouver des outils pour tailler quelques plantes ?», demande Mohamed, venu du Yémen, précédemment jardinier et chauffeur. Les autres résidents sont au travail ou à l’extérieur. «Les locataires dont nous nous occupons habituellement ont vécu tellement de refus, de problèmes, que nos travailleurs sociaux doivent énormément les assister et trois ans sont souvent nécessaires pour qu’ils regagnent leur autonomie. Ce n’est pas la même chose avec nos réfugiés, ce sont des gens qui avaient des responsabilités chez eux, ils sont diplômés et sont tout à fait capable de se prendre en main, explique Clémentine Péron Gillet, directrice de SNL Val-de-Marne. Leur situation est extrêmement variée. Pour certains, cette maison est leur premier “chez eux”, alors que d’autres n’y verront qu’un énième point de passage. Notre objectif est qu’au bout des six mois de bail, qui pourront être reconduits, la personne ait pu trouver une solution de logement pérenne.»  

9000€ levés en seulement une semaine

Pour faire place aux réfugiés, les religieuses, de moins en moins nombreuses et de plus en plus âgées, ont déménagé dans un bâtiment récent et mieux adapté qui fait face à leur résidence historique. Elles ont ensuite passé une convention de mise à disposition gracieuse de leur demeure avec la SNL pour les deux années à venir. «Notre groupe local a été créé il y a quatre ans mais nous piétinions. Il est compliqué de trouver des logements pour faire de l’habitat très social dans les communes du plateau briard. Ce projet a mobilisé.  De 10 membres, nous sommes passés à 28, et chacun de nous a fait jouer son réseau de connaissances pour trouver des bricoleurs, des chauffeurs, de l’ameublement, du linge de maison. Les gens ont été enthousiasmés et j’en ai été moi-même stupéfaite», confie Sylvie Fabre, la coordinatrice du groupe SNL de Boissy/Plateau Briard. Alors que la grande bâtisse qui leur est confiée compte 14 chambres à remettre sérieusement aux normes, se pose rapidement la question du financement. Rien que pour la sécurité incendie, il faut avancer 4600€, sans compter quelques travaux d’aménagements annexes. L’association doit aussi recruter un travailleur social supplémentaire pour s’occuper de ses nouveaux locataires, à raison d’un budget moyen de 2600€ d’accompagnement annuel pour un locataire. C’est dans ce contexte que les bénévoles se tournent vers le financement participatif. Objectif : 18000€. Ils confient la campagne de collecte à Jean-Paul Texier, un médecin à la retraite villecresnois, ancien conseiller municipal délégué aux affaires sociales, et s’appuient sur la plateforme Petites Pierres, spécialisée dans les projets en lien avec l’habitat. La fondation du groupe Somfy donne un euro au projet pour chaque euro récolté auprès de donateurs. « Jean-Paul a fait un travail remarquable, nous avions 90 jours pour lever 9000€, c’était chose faite en à peine 7 jours! souligne la coordinatrice. La mairie de Boissy nous a aussi prêté des ordinateurs et a encouragé les locataires à venir s’inscrire à la médiathèque et participer à des activités culturelles.»

Un loyer mini pour préparer l’après

Une fois la maison prête à accueillir ses nouveaux locataires, SNL s’est tournée vers des partenaires travaillant avec des réfugiés. «Nous sommes en contact avec l’association Singa qui a créé la plateforme CALM (comme à la maison) pour mettre en relation les réfugiés avec des particuliers désireux de leur offrir le gîte. Nous avons également développé un partenariat avec le groupe d’action solidaire (GAS) de Villejuif qui apporte aide juridique et matérielle aux réfugiés. Nos résidents ont été orientés vers nous par ses structures partenaires», explique Clémentine Péron Gillet. Les responsables ont établi quelques critères pour prioriser les profils de locataires qui peuvent être aidés par les bénévoles et les travailleurs sociaux de SNL : hommes ou femmes seuls, avec un statut de réfugié et un minimum de ressources pour pouvoir payer le petit loyer qui permet à l’association d’assumer les charges du bâtiment. Ils bénéficient tous d’une chambre privative d’environ 14 m2 et il y a également une buanderie, une grande salle à manger, un espace pour cuisiner, ainsi que quelques salles pour se réunir ou travailler. Chaque locataire peut compter sur deux bénévoles qu’il peut joindre par téléphone en cas de problème et qui passent de temps en temps lui rendre visite. « Pour l’instant, quelqu’un vient deux heures tous les jours parce que l’installation continue, mais à terme, nous ne passerons que trois à quatre fois par semaine. L’assistante sociale est aussi souvent sollicitée car il faut faire énormément de démarches pour mettre à jour les situations. Elle espacera un peu plus ses visites par la suite. L’objectif, c’est de leur faire faire les choses par eux-mêmes. Nous récupérons des vélos pour ceux qui peuvent travailler dans les communes voisines, nous leur montrons comment se rendre dans les agences pôle emploi à Sucy pour qu’ils se débrouillent seuls», illustre Sylvie Fabre.

Avec les beaux jours, les envies de moments plus festifs pointent également. Bientôt, barbecues et pique-niques devraient animer les pelouses du couvent, mêlant réfugiés, religieuses et citoyens locaux…

Clémentine, Mohamed, Sylvie

 

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