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Education | Val de Marne | 11/09
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Quand l’ordi révolutionne la pédagogie: zoom sur Jean Macé à Fontenay

Ordinateurs-tablettes distribués à tous les élèves de sixième, collèges reliés au très haut débit et équipés de tableaux numériques,  applications pédagogiques à profusion… Petit à petit, le numérique, d’abord regardé avec méfiance, commence à se faire une place en classe. L’occasion pour certains enseignants de repenser leur pédagogie et de développer des compétences plus transversales chez les élèves.

Coup d’oeil au collège Jean Macé de Fontenay-sous-Bois, où se tenait ce samedi la cérémonie de remise des ordinateurs. Lancé à la rentrée 2012, ce programme d’équipement numérique des collégiens, initié par le département (programme Ordival) et co-financé par l’Etat depuis quelques années, a permis de doter progressivement les élèves et enseignants des 104 collèges publics et 9 collèges privés du département en ordinateur-tablette, ainsi que ceux accueillis en établissement médico-sociaux. « Cette opération, qui concerne environ 18 000 familles chaque année, représente un investissement annuel de plus de 6 millions d’euros », a rappelé le président du Conseil départemental, Christian Favier, venu remettre les ordinateurs aux collégiens fontenaysiens ce samedi.

Autour de cet ordinateur en classe, des applications se sont aussi progressivement développées au niveau local, complémentaires des ressources déjà disponibles sur le web. « Nous travaillons avec des partenaires spécialisés comme l’association Puce-Muse ou le service départemental d’archéologie pour développer des applications« , explique Valérie Brousselle, directrice générale adjointe du Conseil départemental en charge du pôle éducation et culture. Puce-Muse, une association basée à Rungis qui produit et crée des spectacles autour de la musique, du numérique et des images, a par exemple créé une suite logicielle complète allant de la méta-mallette qui permet de jouer et de créer de la musique tout en produisant des visuels en temps réel, à Méta-DJ, qui permet de manipuler les sons comme sur une platine de DJ.  Le rectorat de Créteil dispose également d’un portail de ressources pédagogiques et le Ministère de l’Education nationale a lancé son propre site, Myriae.

Du côté des professeurs, le recours aux ordi-tablettes des élèves progresse. « Environ 30 % des professeurs demandent désormais aux élèves d’apporter leur ordinateur au moins une fois par mois alors qu’ils étaient moins de 7% au début de l’opération Ordival« , chiffre Béatrice Duhen, directrice du service éducation et collèges. Au-delà des formations, le déclic se fait aussi par bouche à oreille, au contact des pionniers qui témoignent de leur expérience, partagent leurs pratiques.

Au collège Jean Macé de Fontenay-sous-Bois, plusieurs enseignants ont fait partie des premiers convertis. « Je me suis forcé à modifier ma pédagogie pour intégrer cet outil« , témoigne Loïc Damiani, professeur d’histoire-géographie. « L’an dernier, nous avons reproduit le quartier avec le jeu vidéo Minekraft, après que les élèves aient recherché les images satellites des bâtiments sur Google Earth pour pouvoir les modéliser. Cette expérience a aussi été l’occasion de faire appel au professeur de mathématiques pour résoudre le casse-tête des bâtiments ronds!  Au-delà des aspects ludiques, les élèves se sont par exemple amusés à faire circuler des zombies dans le quartier, l’enjeu de ce type de projet est que les élèves soient acteurs de leur apprentissage, qu’ils intériorisent le savoir sans s’en apercevoir« , insiste le prof d’histoire-géo. Autre exemple d’apprentissage transversal : un travail sur la démographie. « Certains élèves ne comprenaient pas qu’il y ait une virgule dans la moyenne du nombre d’enfants par femme. Nous avons illustré le calcul en prenant l’exemple des parents de la classe puis cherché à comprendre l’écart avec la moyenne nationale, au-delà du fait que l’échantillon ne comprenait pas de personne célibataire, en recherchant des données sociologiques sur Internet« , détaille l’enseignant.

Un prétexte pour mettre en oeuvre une pédagogie active et coopérative,  mais aussi pour développer des compétences nouvelles, indispensables à l’heure du tout-Internet, comme la capacité de sélectionner des informations au sein d’une offre sans limite, d’en vérifier les sources, de développer son esprit critique. « Je leur ai demandé de rechercher une image de Vercingétorix. Ils ont commencé par trouver les images les mieux référencées sur Google, notamment une statue du 19e, et ont affiné leur  recherche pour pour trouver la plus ancienne image connue, issue d’une pièce romaine. »  Il s’agit aussi d’apprendre à organiser sa pensée. « Lors d’un cours sur la mondialisation, ils ont cité les cinq premiers mots qui leur venaient à l’esprit. Nous avons ensuite développé et organisé tous ces mots sur une carte mentale numérique », cite encore le professeur.

« Je ne fais plus de cours magistral suivi d’exercices mais des cours-exercices« , témoigne pour sa part le professeur de mathématiques, Miguel Toquet. Agrégé dans sa discipline, l’enseignant est par ailleurs chercheur en matières de pédagogies coopératives, spécialisé notamment sur les apports des sciences cognitives et du numérique, et expert sur ces questions auprès du ministère. Dans sa besace: des logiciels comme Rapporteur, pour calculer les angles de manière ludique, ou Scratch pour apprendre à programmer en développant des jeux. « L’idée n’est pas d’opposer le numérique au manuel, souligne l’enseignant. Pour réaliser des figures géométriques, nous travaillons sur les deux approches. »

Comment gérer la discipline ? Les élèves ne sont-ils pas plus dissipés ? « Des élèves qui travaillent ensemble sur un ordinateur se parlent mais n’entendant pas ce qui se dit à côté. Nous alternons ce travail par petits groupes avec des points d’attention collective pour expliquer un concept lorsque je constate que tout le monde bloque sur la même question par exemple« , explique Miguel Toquet.

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Un commentaire pour Quand l’ordi révolutionne la pédagogie: zoom sur Jean Macé à Fontenay
  • « Environ 30 % des professeurs demandent désormais aux élèves d’apporter leur ordinateur au moins une fois par mois alors qu’ils étaient moins de 7% au début de l’opération Ordival« , cela veut tout simplement dire que pour l’immense majorité des enseignants, il s’agit d’un gadget inutile, et qu’ils le vivent comme une contrainte.

    Pourtant, ce professeur motivé montre tout le parti que l’on peut tirer de ces technologies, mais cela nécessite du travail de préparation, des idées et la volonté de comprendre une ‘nouvelle’ technique. La classe est un lieu clôt où les adultes disposent de l’élève.

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