Environnement | Nogent-Sur-Marne | 05/10
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Marc Arazi, le lanceur d’alerte du phonegate

Sur le site Passeurs d’alerte, le portrait de Marc Arazi siège désormais aux côtés de ceux de Julian Assange (Wikileaks) et d’Irène Frachon (Médiator). Son dossier: le phonegate.

Les ondes du téléphone mobile, Marc Arazi s’en méfie depuis longtemps. A Nogent-sur-Marne où il a élu domicile après avoir revendu au groupe BNP une startup de financement des professionnels de santé fondée alors qu’il était encore tout jeune docteur en médecine, il surveille chaque nouvelle implantation d’antenne relais et monte au créneau dès qu’elle s’approche un peu trop près d’une école ou d’une crèche. Un combat démarré comme riverain d’une antenne, qui s’est poursuivi dans une association locale de protection de l’environnement puis au Priartem (qui milite sur la réglementation des antennes relais), et l’a conduit à participer au Grenelle des ondes en 2010.

Le rapport de l’Anses qui révèle l’étude de l’ANFR

Un temps maire-adjoint de la ville avant de passer dans l’opposition, l’ancien élu municipal a donc immédiatement vu rouge lorsqu’au début de l’été 2016, il a parcouru le rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’environnement), basée à Maisons-Alfort, qui concluait sur les effets possibles des radiofréquences chez l’enfant sur les fonctions cognitives. Au détour de cette somme de 298 pages, un passage faisait référence à une étude menée par l’ANFR (Agence nationale des fréquences radioélectriques), également basée à Maisons-Alfort, sur le Das des téléphones mobiles en vente. Pour précision le Das (Débit d’absorption spécifique calculé en watt par kilogramme) correspond à la quantité d’énergie absorbée par le corps au contact d’un appareil radio-électrique. Le rapport de l’Anses pointait que les mesures réalisées en 2015 par l’ANFR révélait que 89 % des téléphones mesurés au contact présentaient un Das supérieur à 2 W/kg (norme européenne en vigueur au niveau du tronc et de la tête). Un dépassement qui s’explique car les conditions d’utilisation initialement prévues par le fabricant pour calculer le Das n’étaient pas le portable collé à l’oreille ou dans la poche, mais une distance avec le corps d’au moins 15 mm. Un contexte qui a changé au printemps 2016, date à laquelle la norme européenne a été assortie d’une mise en garde pour prendre en considération l’utilisation au contact, suite à une intervention de la France, tout en conservant un léger flou artistique sur la distance, préférant parler de “quelques millimètres” plutôt que de contact direct avec le corps.

Das supérieur à 2 W/kg pour 89% des téléphones mesurés au contact

89% des téléphones avec un Das supérieur à 2 W/kg au contact ? Voilà une information importante pour les consommateurs. Quels téléphones sont-ils concernés? S’agit-il de Das tête ou tronc? s’ interroge Marc Arazi, à la lecture de ce rapport. Pour en savoir plus, il demande donc tout naturellement à l’ANFR, accompagné par la journaliste Fabienne Ausserre, comment se procurer le rapport auquel l’Anses faisait référence, mais se heurte à une fin de non recevoir. “L’ANFR campe sur sa position : elle n’envisage toujours pas de nous communiquer ces éléments. À la place, elle nous propose un rendez-vous pour « expliquer le cadre de ces mesures »”, rend-il compte fin juillet 2016, Reçu le 19 juillet 2016, l’expert en onde rapporte alors que “ C’est à des mesures « DAS local membre » qui, elles, ne feraient pas l’objet « d’une réglementation contraignante », que le rapport de l’Anses ferait référence, nous a-t-on dit, avant d’ajouter que la formulation de l’Anses « prêtait certes à confusion ». Rien de tel pour en avoir le coeur tout fait net, que de disposer de l’étude en question. Mais cela, il n’en est toujours pas question.

Bras de fer avec l’ANFR pour la publication des données

Il en faut un peu plus pour décourager l’ancien élu, rompu aux courriers à la Cada (Commision d’accès aux documents administratifs) pour parvenir à ses fins. Communiqués de presse et vidéo didactique pour expliquer le problème à l’appui, il commence à mobiliser, tout en sollicitant la Cada qui lui donne raison en novembre 2016. La Cada estime en effet que les documents demandés sont détenus par l’agence dans le cadre de sa mission de service public, et qu’ils sont communicables à toute personne qui en fait la demande.

Phonegate

Alors que l’ANFR continue de prendre son temps pour répondre, le militant, lui, donne des interviews et fait monter la pression. A l’avant-veille de Noël, une page complète du journal Le Monde parle même de phonegate (en référence aux constructeurs automobiles qui ont optimisé les tests de pollution dans les conditions spécifiques des tests). En avril, il perd un référé en justice contre l’ANFR, pour exiger la mise à disposition de l’étude. Mais la bataille de la comm’, elle, est gagnée. Désormais interviewé par des médias du monde entier, l’expert en ondes de téléphones mobiles traduit avec soin tous ses communiqués en Anglais.

Publication des données

Début juin, il marque le point. L’ANFR met en ligne les mesures réalisées sur 379 portables entre 2012 et 2016. L’agence s’engage même à publier “semestriellement l’ensemble des nouvelles mesures de DAS qu’elle réalisera pour s’assurer de la conformité des terminaux radioélectriques mis sur le marché par les constructeurs”.  Les données, disponibles en format tableur, mettent effectivement en évidence que les mesures effectuées en contact montrent un dépassement du Das tronc au contact de 2 W/kg dans 211 des 274 mesures effectuées de cette manière. Voir les 20 plus gros Das ci-dessous

Nouveau bras de fer pour obtenir le contexte documenté des données

Pour Marc Arazi, il s’agit d’un premier pas, insuffisant, car il ne s’agit que d’une partie des mesures, “très synthétiques”. “Nous souhaitons disposer de l’intégralité des mesures techniques et des conditions de leur réalisation. Cela permettra de bien confirmer qu’il n’y aucun dépassement sur les Das tête”, motive-t-il. « Ces rapports représentant un volume très important (plusieurs milliers de pages), cette publication ne pourra intervenir qu’au cours du mois de septembre prochain« , lui répond sur cette requête le directeur de l’ANFR, Gilles Brégant, à la mi-juillet 2017. “C’est vrai qu’il s’agit d’une grosse documentation, de 20 à 40 pages par mesure, mais nous demandons simplement un lien vers chacune de ces études, il nous faudra ensuite des mois pour les analyser. Cette façon d’essayer systématiquement de gagner du temps au détriment des consommateurs est inadmissible”, s’agace Marc Arazi.

En attendant, le Nogentais s’envole aux Etats-Unis durant l’été, pour expliquer le cas français à l’occasion d’une conférence du Environmental Health Trust, une organisation environnementale américaine créée en 2007 par l’épidémiologiste Devra Davis.

En ce début octobre toutefois, l’ANFR n’a toujours pas mis en ligne les éléments techniques. “L’agence, qui s’était engagée à publier les résultats de ses mesures chaque semestre n’a toujours rien publié non plus concernant 2017”, constate Marc Arazi qui a écrit à nouveau à l’ANFR pour réclamer la suite demandée.

Au-delà de sa quête de transparence vis-à-vis de l’agence nationale des fréquences radioélectriques, l’ancien élu a par ailleurs écrit à Nicolas Hulot et Agnès Buzyn, respectivement ministres de la Transition écologique et de la Santé, il y a trois mois, et attend également une réponse. “Je considère que dans cette affaire, la responsabilité de l’Etat est engagée et ce silence est assourdissant”, estime-t-il.

 

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