Environnement | Val de Marne | 15/01/2017
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Petits légumes dans les jardins partagés ou sur les toits, l’agriculture urbaine pousse dans le Val-de-Marne

Marc de café recyclé en champignons haut de gamme dans les caves du MIN de Rungis, projets de culture maraîchère sur les toits des installations du Grand Paris Express à Champigny, poule sur son balcon pour réduire ses déchets, jardins partagés… L’agriculture urbaine décolle, high-tech ou pas, à dominante productive, sociale ou les deux. Et les projets existants ou à venir ne manquent pas dans le Val-de-Marne.

Conciliant technologies innovantes, écologie (économie circulaire, relocalisation de la production, respect de l’environnement), développement économique et insertion sociale, même si tous ces axes ne sont pas forcément connectés, l’agriculture urbaine est furieusement tendance dans les métropoles. A défaut de descendre dans les champs, les plantations grimpent sur les toits, voire sur les murs comme la future houblonnière sur les façades de l’opéra Bastille. Les projets les plus high-tech se passent même de terre, à l’instar des tours maraîchères qui s’élèveront bientôt à Romainville pour porter des cultures hors-sol. Consciente de l’enjeu, la ville de Paris a lancé au printemps 2016 la première édition d’un appel à projet, les Parisculteurs, destiné à végétaliser 100 hectares de toits et murs d’ici à 2020, dont un tiers pour produire des fruits et des légumes. Fin 2016,  elle a retenu 33 projets (sur 144 proposés!) concernant 5,5 hectares. En parallèle, le nombre d’exploitations agricoles classiques continue de décliner dans la région. Certes, la moitié de la surface francilienne reste dédiée à l’agriculture, avec encore quelques vastes exploitations en grande couronne, mais la tendance est inexorablement  à la baisse depuis des décennies.

C’est dans ce contexte que le Conseil départemental, également témoin de ces nouvelles formes d’agriculture, a lancé depuis juin 2016 ses Rencontres de l’agriculture en Val-de-Marne. « L’objectif est de recenser toutes les initiatives qui existent sur le territoire pour les valoriser et construire notre nouvelle politique agricole », indique Jeannick Le Lagadec, la vice-présidente PG en charge de ces questions au sein du département. Maillon intermédiaire entre la capitale et la campagne, le Val-de-Marne, qui compte 4% de terre agricole, constitue de fait un terrain d’observation particulièrement intéressant de ces mutations, accueillant aussi bien des exploitations maraîchères et horticoles de la frange périurbaine, que des jardins partagés en ville ou des expérimentations futuristes.

Elevage de poules bio à Mandres-les-Roses

Maintenir l’activité agricole locale

« Jusqu’à présent, notre action était plutôt orientée vers la partie périurbaine du territoire comme le plateau briard et la plaine du Morbras, et consistait en soutien aux investissements des exploitations maraîchères et horticoles, aide à la modernisation des parcelles par exemple, via le dispositif Adhom (aide départementale à l’horticulture et au maraîchage), en complément de l’aide de la région, Prim’Vair. Depuis 1998, 900 000 euros ont ainsi été investis en faveur de 18 exploitations, souligne Séverine Coupaye,  chargée de projets sur ces questions au Conseil départemental. Les différents échelons de collectivités travaillent également ensemble pour pérenniser les espaces agricoles, comme à Rungis où un Prif (périmètre régional d’intervention foncière) a permis de sécuriser la vocation agricole de la plaine de Montjean.

Au-delà de l’agriculture à vocation uniquement productive, se sont aussi développées des initiatives à dimension pédagogique et sociale, par le biais des chantiers d’insertion. Certaines actions existent depuis longtemps, comme les jardins familiaux ou partagés, les initiatives d’insertion comme celles de la Ferme du Saut du loup à Chevilly-Larue,  la ferme des Meuniers à Villeneuve-le-Roi, les activités mixtes du parc des Lilas de Vitry-sur-Seine où sont installés à la fois des maraîchers, horticulteurs, et des associations à caractère pédagogique comme Planète Lilas. La Plaine des Bordes accueille également plusieurs projets, à la fois associatifs comme les jardins partagés de l’association Relocalisons, mais aussi un élevage d’ânesses, un apiculteur, et un chantier d’insertion de maraîchage porté par ValBio Ile-de-France avec le soutien du département.

Elevage d’ânesses sur la plaine des Bordes

D’autres développements sont à en cours, notamment au domaine du Plessis-Saint-Antoine, au Plessis-Trévise. Ce site de 120 hectares, qui comprend également une partie boisée, a été acquis par l’Agence régionale des espaces verts (Aev). « Suite au départ en retraite de l’exploitante, une étude a été lancée et un projet est à l’étude pour opérer une reconversion bio et implanter un paysan boulanger », indique Jeannnick Le Lagadec.

A une autre échelle,  le projet de ville comestible développé à Arcueil a donné lieu à plusieurs jardins partagés, qui devraient continuer à se multiplier grâce à un inventaire participatif des parcelles à investir.

Structurer les filières pour les circuits courts

Au-delà de la production sur place, les initiatives pour encourager les circuits courts essaiment aussi. Le Val-de-Marne compte une trentaine d’Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, qui mettent directement en lien un exploitant bio et ses clients sur du long terme pour l’aider à prévoir sa production). Si leur nombre n’explose pas, beaucoup d’Amap existantes sont désormais en phase de diversification, dépassant les simples légumes pour proposer du lait, de la viande, de la farine ou encore du pain et du miel, en lien direct avec des producteurs. A Champigny-Chennevières, l’amap du Panier des Bordes a même donné naissance à une épicerie coopérative, Coopali. Concernant  les circuits courts pour la cuisine collective, les choses s’organisent aussi.  « Dans le cadre du développement de circuits d’approvisionnement court pour les cantines des collèges, nous sommes devenus sociétaires de la coop Bio Ile de France, qui a pour but de créer des outils de transformation (surgélation, découpe… ) pour répondre aux besoins de la restauration collective. Cela nous permet de faire remonter nos besoins« , explique Séverine Coupaye.  « Nous travaillons aussi avec eux dans le cadre de leur recherche d’implantation d’une unité de transformation. L’un des sites possibles pourrait être l’ancien site France Télécom de Noiseau », ajoute Jeannick Le Lagadec.

Quand le Grand Paris Express crée de l’activité agricole

L’agriculture urbaine innovante commence également à poindre dans le département, avec des expérimentations déjà bien rodées comme celle de l’entreprise UpCycle (La Boite à Champignons), qui transforme le marc de café en pleurotes vendus aux plus grands chefs, ou en devenir comme le projet de tester différentes méthodes de culture au-dessus de l’usine des eaux d’Ivry-sur-Seine, celui de la Société du Grand Paris de faire pousser des légumes au-dessus du centre de maintenance et de remisage des futures rames de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express à Champigny-sur-Marne, ou encore celui d’une startup d’utiliser la chaleur des centres de données d’Iliad (opérateur Free) à Vitry-sur-Seine pour cultiver des tomates… « Sur ces projets, notre rôle est davantage de mettre en relation des acteurs qui ne se connaissaient pas forcément et de jouer les coordinateurs« , explique Séverine Coupaye.  D’autres initiatives ne requièrent aucune technologie, comme l’adoption de poules pour réduire ses déchets, les plantations festives et pédagogiques des Incroyables comestibles ou les jardins partagés dans les espaces communs des immeubles, déjà mis en place par plusieurs bailleurs sociaux. « L’agriculture urbaine est complémentaire et n’a pas vocation de nourrir l’Ile de France, mais l’investir revient à mener une vraie politique sociale. Ce n’est pas seulement un truc pour les bobo », insiste Jeannick Le Lagadec.

Culture de pleurotes à partir du marc de café

Conférence grand public avec Hervé Kempf et plate-forme de débat sur Internet

Lancées en juin 2016 par une visite au parc des Lilas dans le cadre d’un événement organisé par Nature Parif, suivies d’une rencontre sur les métiers de l’agriculture avec la Cité des métiers avec une visite du chantier Valbio de la plaine des Bordes, les Rencontres de l’agriculture devraient se poursuivre par une matinale sur la place des espaces agricoles du Val-de-Marne dans le périmètre métropolitain du Grand Paris le 3 février, destinée aux élus, institutionnels et spécialistes de la question. Entre temps, les 28e Journées Scientifiques de l’Environnement, organisée conjointement par le département et l’Upec (Université de Paris Est Créteil) le 31 janvier, 1er et 2 février sur le thème de la transition énergétique, débuteront par une conférence grand public ouverte par le journaliste Hervé Kempf, éditeur de Reporterre, le  mardi 24 janvier à 18h30 à l’Upec. En parallèle, un diagnostic et un recensement des quelques 150 initiatives identifiées dans le département doivent être dévoilés dans les prochains jours, et une plate-forme participative a été lancée sur Internet pour recueillir les propositions de chacun.

Comment encourager l’agriculture urbaine à l’échelon métropolitain ?

Au-delà des initiatives de Paris et des autres départements de la petite couronne, la question de l’agriculture urbaine peut-elle être portée au niveau métropolitain? « Nous travaillons sur le sujet et préparons une délibération pour le mois de mars au Conseil de la métropole » indique Daniel Breuiller, ancien maire EELV d’Arcueil et vice-président en charge de ces questions à la MGP (Métropole du Grand Paris).  Plutôt que d’opter pour un appel à projets avec mise en concurrence sur des sites imposés, la métropole pourrait encourager les projets déjà existants. La formule est en cours de réflexion. En parallèle, la métropole travaille à développer ses partenariats avec l’école AgroParisTech qui a lancé son bureau d’étude dédié à l’agriculture urbaine, ou encore avec Nature Parif. « La dynamique est très forte. Le nombre de porteurs de projets dans ce domaine a très fortement progressé », motive l’élu, tout en mettant en garde sur la nécessité de lutter en parallèle contre le grignotage des terres agricoles. « Il ne faudrait pas que l’agriculture en toiture, remplace l’agriculture en pleine terre. »

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Un commentaire pour Petits légumes dans les jardins partagés ou sur les toits, l’agriculture urbaine pousse dans le Val-de-Marne
  • Sauvegarder les espaces naturels et les parcelles de terrain libres partout, c’est un enjeu important pour favoriser les circuits courts et permettre à la population de reprendre la main sur la production des aliments. Les AMAP par exemple, en dehors du fait qu’elles permettent de consommer des produits bio, de proximité et de saison, sont une des solutions pour sortir les paysans du cycle infernal de la production intensive polluante et de la misère.
    A Boissy, on a une AMAP qui marche bien (amap-boissylimeil.fr) dont j’étais le co-fondateur en 2009, et un jardin partagé en plein cœur de la Haie Griselle. Il faudra qu’on en fasse plus dans l’avenir, ruches, incroyables comestibles, vergers collectifs, etc. Faire comme à Arcueil, avec ce joli slogan de « Ville comestible ».

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