Société | Créteil | 19/10/2017
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Menacés d’expulsion, lycéens et étudiants racontent leur quotidien

Menacés d’expulsion, lycéens et étudiants racontent leur quotidien © Fb

Ils vont en cours avec la boule au ventre, risquant d’être expulsé à tout moment. Plusieurs mois après avoir déposé des demandes de titre de séjour nécessaire dans la poursuite de leurs études en France, une vingtaine de lycéens et étudiants du Val-de-Marne ont reçu par courrier une notification de refus assortie d’une obligation de quitter le territoire (OQTF). Face à cette situation récurrente, le réseau d’éducation sans frontière du Val-de-Marne organisait une manifestation ce mercredi après-midi devant la préfecture du Val-de-Marne.

«Donnez-nous des papiers, nous voulons un avenir meilleur et souhaitons avancer dans la vie», harangue Younoussou, sous les applaudissements de la foule. Arrivé en France du Mali en 2015 alors qu’il était encore mineur, le jeune homme doit batailler pour pouvoir s’inscrire dans un établissement scolaire. Sans famille ni proche sur place, il parvient à se faire héberger chez des particuliers. Après un nouveau test de scolarisation, il reçoit une affectation pour faire sa rentrée en classe de première au lycée Maximilien Perret d’Alfortville. «Lors de ma première année de CAP installateur thermique, j’ai fait un stage de trois mois chez un plombier très content de moi. Il est prêt à me faire travailler. Après la deuxième année du diplôme qui s’achève cette année, je souhaite poursuivre avec un bac pro. Il n’y aura pas de problème pour trouver l’entreprise, mais pour l’inscription en centre de formation, il faut fournir un titre de séjour». Entre temps, Younoussou est devenu majeur et sa demande de récépissé de demande de titre de séjour lui a été refusée.

A ces côtés, Birahima, est déjà confronté à ce blocage, lui qui est inscrit auprès du centre de formation de la Chambre des métiers et de l’artisanat du Val-de-Marne à Saint-Maur et est employé en apprentissage chez Trémaux, un fleuriste situé à La Varenne Saint Hilaire. «Je n’ai pu commencer cette formation que grâce à une autorisation de travail temporaire délivrée par la Direccte. Pour que je puisse la terminer, il faudrait que j’obtienne le titre de séjour», explique ce jeune ivoirien, logé chez un oncle qui a d’abord obtenu un CAP production horticole auprès de l’établissement régional d’enseignement adapté (Erea) Stendhal de Bonneuil-sur-Marne.

Face aux prérequis administratifs des établissements d’enseignement supérieur français, ces jeunes sans papiers doivent chercher des méthodes de contournement. Ainsi, Manel, une jeune femme venue d’Algérie pour faire des études dans la mode et le stylisme, a intégré l’Erea Cavanna de Nogent-sur-Marne. Elle y suit une formation qualifiante en rénovation et entretien des costumes de théâtres. «J’aimerais enchaîner ensuite avec un diplôme des métiers d’arts mais il me faudra produire un titre de séjour. Depuis la réception de la lettre de refus et l’obligation de quitter le territoire, je ne fais plus rien. Je suis quelqu’un de très sociable, je sors, je fais la fête. Maintenant, je me limite à mes trajets pour aller en cours, j’évite les foules. Ce n’est pas facile à vivre», avoue la jeune femme.

Les animateurs de RESF 94 qui avaient déjà manifesté en mai dernier pour demander de retrait des obligations de quitter le territoire envoyées à d’autres lycéens, estiment que la préfecture du Val-de-Marne fait preuve de mépris dans son traitement des dossiers. «Il y a des personnes dont les dossiers complets ont été présentés en février 2016 qui viennent à peine de recevoir leur autorisation provisoires de séjour. Nous produisons des certificats de scolarité, des formulaires Cerfa d’employeurs prêt à employer les apprentis mais l’on nous répond que les demandes de régularisation ne peuvent aboutir, n’ayant pas apporté de preuve que ces jeunes souhaitaient poursuivre leurs études. Nous sommes furieux contre ces méthode. Si au moins ils n’assortissaient pas le refus de titre de séjour d’une mesure d’expulsion», peste Pierre Lafrance, qui assure pour RESF 94 le lien avec la Préfecture.

Une délégation de six personnes, dont la vice-présidente du Conseil départemental, Fatiha Aggoune, en charge de la jeunesse ainsi que des droits humains et des droits des migrants, a été reçu par une chargée de mission du cabinet du préfet, ainsi que du directeur de l’Immigration et de l’Intégration. «Après leur avoir transmis les dossiers, ils nous ont dit qu’ils avaient l’opportunité de faire un recours gracieux contre l’obligation de quitter le territoire. Maintenant, la balle est dans leur camp et nous envisagerons de nouvelles actions si nous constatons que la situation n’a pas évolué», prévient Pablo Krasnopolsky, porte-parole de RESF 94.

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