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Grands projets | Champigny-sur-Marne | 07/03
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A l’heure du Grand Paris, la sécession de Polangis bientôt dans les urnes

Un morceau de ville de pas moins de mille habitants qui décide de larguer sa commune de rattachement pour convoler avec sa voisine, l’événement est rarissime mais c’est bien ce qui se joue en ce moment entre Champigny-sur-Marne et Joinville-le-Pont, dans un paisible quartier des bords de Marne à proximité de la guinguette Chez Gégène. Une commission de 15 habitants, qui seront élus au printemps, doit rendre son avis et la campagne bat son plein.

En préfecture, ce genre de procédure est tellement inédit qu’il a fallu plonger dans les subtilités du code des collectivités pour s’adapter. Certes, il arrive que les limites bougent légèrement entre deux communes, pour des raisons pratiques, mais généralement sans impacter d’habitants comme ce fut le cas l’an dernier entre Boissy et Marolles. Dans le cas de Champigny, c’est une véritable sécession, motivée par les habitants, qui s’est organisée.

L’historique de la sécession

Motif invoqué : le quartier Polangis, délimité d’un côté par la Marne et le parc du Tremblay, de l’autre par l’A4 et la RD4, accueille au total un peu moins de 5000 habitants, dont la grande majorité (un peu plus de 4000) résident côté Joinville. Comme dans de nombreuses villes denses, la limite communale semble s’être posée de manière un peu arbitraire, longeant en partie le boulevard Polangis puis plusieurs morceaux de rues. Un certain nombre d’enfants du quartier vont donc à l’école de Joinville, plus proche, et une convention a du reste été passée entre les villes à cet effet. Mais des habitants ont souhaité aller plus loin, pointant les complications au niveau scolaire, notamment des dérogations pas toujours acceptées, le côté enclavé dans Joinville de ce morceau de Champigny, et réclamant de bénéficier de tous les services municipaux de Joinville, en particulier en matière d’assainissement.

Portée par une association Réunissons Polangis qui revendique 250 adhérents, l’idée de raccrocher l’ensemble de Polangis à Joinville a ainsi cheminé depuis 2012-2013. A l’époque, son président Marc Jamet, qui depuis a déménagé en Bretagne en gardant un pied à terre à Saint-Maurice… en limite de Joinville (Saint-Maurice n’a qu’à bien se tenir!) porte une pétition signée par 400 habitants en préfecture, réclamant une enquête publique pour examiner le projet en s’appuyant sur le code des collectivités qui prévoit l’obligation d’examiner la requête à partir du moment où un tiers des habitants concernés la réclament. Face à cette requête peu commune, la préfecture se hâte de prendre son temps, d’autant que s’annoncent les municipales de 2014. L’association décide donc de passer à l’offensive en allant au Tribunal administratif pour forcer la préfecture à mener une enquête publique. En mai 2016, le Tribunal donne raison à l’association et la préfecture suit son avis sans faire appel, organisant dans les semaines qui suivent une enquête publique au terme de laquelle le commissaire enquêteur rend un avis favorable. De quoi concrétiser sérieusement le projet au grand dam de la ville de Champigny-sur-Marne qui attaque à son tour le bien-fondé de l’enquête publique au tribunal administratif mais n’obtient pas gain de cause.

Mini élection stratégique les 27 mai et 3 juin

En ce début 2018, c’est donc à l’étape suivante que la préfecture a du passer, celle de l’étude du projet par une commission composée de quinze habitants du quartier qui seront élus comme dans le cadre d’une élection municipale d’une commune de moins de 1500 habitants. Chacun se présentera individuellement mais pourra se regrouper avec d’autres au sein d’une liste commune sur laquelle les votants pourront choisir qui ils veulent et barrer les autres. Les environ 655 électeurs de Champigny-sur-Marne habitant dans le périmètre concerné par la sécession peuvent se présenter et sont en tout cas invités à aller voter. Une fois élue, cette commission devra se réunir et rendre un avis sur le projet, qui s’additionnera notamment à l’avis des communes et de l’enquête publique, avant que la question ne soit définitivement tranchée par l’Etat. Autant dire que l’élection de la commission revêt un caractère stratégique. A l’instar d’une votation à la mode suisse, il s’agit cette fois de convoquer l’ensemble des électeurs pour qu’ils donnent leur avis. L’avis de la commission dépendra en effet des personnes, pour ou contre le projet, qui seront élues. Les volontaires devront déposer leur déclaration de candidature entre le 2 et le 9 mai.

Campagne de recrutement de candidats

A Champigny, la campagne bat donc son plein dès maintenant. Car il s’agit d’abord de trouver des candidats pour porter les voix du pour ou du contre. Du côté des sécessionnistes, le président de l’association, Marc Jamet, ne peut plus se présenter lui-même, étant officiellement domicilié en Bretagne, mais peut se tourner vers les 250 membres revendiqués de Réunissons Polangis, association déjà bien organisée. Du côté de ceux qui ne sont pas favorables au rattachement à Joinville, l’affaire est plus compliquée car les habitants ne se sont pas fédérés, se contentant de ne pas signer la pétition et ne donnant pas forcément leur avis au moment de l’enquête publique. C’est dans ce contexte que la dernière édition de la Lettre du maire, distribuée en février, a lancé un appel aux habitants concernés, rappelant que la commune s’est prononcée contre ce rattachement. « La ville de Champigny est très étendue, sur 9 km, mais les services sont les mêmes pour tous les habitants qu’il s’agisse des gymnases, des médiathèques et des équipements en général. Les habitants de Polangis ne sont pas traités comme des habitants de seconde zone. Dans le quartier où j’habite, du côté du Plessis-Trévise, les enfants ont leur école plus éloignée et les habitants ne demandent pas pour autant à changer de commune. En plus, nous avons passé une convention avec Joinville pour que les élèves qui habitent à côté de l’école joinvillaise puissent y aller. Je ne comprends pas. Une ville est composée de diversités. Dans le cas présent, on ne construit pas du commun mais de l’entre-soi« , regrette Christian Fautré, premier-adjoint PCF. Dans sa reconquête du quartier, la municipalité peut déjà s’appuyer sur deux de ses élus résidant à Polangis, l’un d’opposition, Alain Chevalier (ex-UDI qui a constitué un groupe avec Isilda de Amorin en scission du groupe LR-UDI-Modem de Laurent Jeanne), l’autre de la majorité, François Cocq, maire-adjoint LFI. Et les deux sont bien décidés à lutter contre la sécession.

Opposition et majorité municipale vent debout contre la sécession

Alain Chevalier a lancé un collectif « Défendre Polangis » et publié un tract pour inviter les habitants à le rejoindre. L’élu d’opposition, qui réclame un référendum en bonne et due forme, estime que l’enquête publique a été « biaisée » et ne reflète pas la réalité. « L’enquête publique a repris tels quels les arguments de l’association Réunissons Polangis et seulement 10% des habitants y ont participé. Ses conclusions n’ont aucune légitimité! Les habitants qui ne veulent pas changer de ville ne se sont pas déplacés pour donner leur avis. Quant au périmètre du quartier retenu, il a soigneusement évité la cité HLM!« , réagit le conseiller municipal qui réclame également une estimation des coûts.  » Il va falloir refaire tous les papiers d’identité et autres cartes grises, modifier toute la signalétique dans le quartier… Qui va prendre en charge ces frais ? »

De son côté, François Cocq est également déterminé et se tient « disponible » pour mener le combat et rappelle avoir publié une tribune sur le sujet dès la fin 2016. « La question des écoles ne tient pas car il y a une convention entre les villes, celle de l’assainissement non plus puisque c’est désormais le même territoire Paris Est Marne et Bois qui est en charge de cette question, il n’y a plus que celle du collège qui perdure, car celui de Joinville est plus près, mais la sectorisation dépend du Conseil départemental et celui-ci serait du reste bien avisé de s’en préoccuper. Pour le reste, il s’agit d’une motivation égoïste et mercantile  d’habitants qui estiment que leur bien vaudra plus cher s’il est situé à Joinville. Cette manière de pratiquer la ségrégation sociale, comme l’atteste le périmètre du secteur à transférer qui ne comprend pas la cité Langevin-Wallon, est détestable! », tranche l’élu qui réclame une consultation de l’ensemble des habitants de Champigny et une prise de position du Conseil de territoire.

Question d’impôts locaux

Pour Alain Chevalier, être rattaché à Joinville va entraîner une augmentation des impôts locaux, déplore-t-il encore. Faux, estime Marc Jamet, qui indique que cela cela dépend si l’on parle de la taxe d’habitation ou de la taxe foncière sur le foncier bâti.  Concrètement, la TH de Champigny est de 26,60 % (données 2016) contre 24,30 % pour Joinville-le-Pont. La TF est de  21,32 % (données 2016) contre 26,92 % à Joinville-le-Pont.

 Favorable au projet, le maire de Joinville reste discret

Flatté par cette demande de rattachement qu’il précise bien ne pas avoir sollicité, le maire LR de Joinville-le-Pont entend pour sa part faire profil bas durant cette campagne. « La demande ne vient pas de Joinville même si j’y suis favorable, et il n’est pas question de faire une campagne Joinville contre Champigny, j’ai trop de respect pour le maire de Champigny. Nous sommes dans le même territoire et je ne suis pas là pour déshabiller Champigny« , confie l’élu, qui entend se conformer aux conclusions qui seront rendues.

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