Société | Créteil | 20/04
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A l’université de Créteil (Upec), la révolution est festive et studieuse

A l’université de Créteil (Upec), la révolution est festive et studieuse © Twitter Upec

Drapeau rouge et bonnets phrygiens sur le campus central de Créteil ce jeudi soir. A l’occasion du festival les L de la Nuit,  étudiants, enseignants et personnel de la fac de lettre de l’Université de Créteil (Upec) ont fait leur Révolution(s). Pas question en revanche de battre le pavé à l’extérieur.


A l’heure où habituellement, le campus du centre-ville de Créteil s’endort, la vie se poursuivait hier pour l’un des événements marquants de l’année universitaire, les L de la Nuit. Cette manifestation organisée depuis six ans permet à toute la fac de lettres, langues et sciences humaines, de réaliser des projets en parallèle de leur cursus pédagogique. Conférences en amphi, concerts, expositions, jeux, les organisateurs de la soirée ont transformé le site de l’Upec en véritable tiers-lieu culturel.

A chacun sa révolution

Dans le hall de la bibliothèque universitaire du campus central, le Trio Dauber composé d’un pianiste, d’un chanteur lyrique et d’un poète, rompt le silence coutumier. À l’étage du dessous, place à l’expo. »Cette galerie réunit des travaux d’étudiants et de personnels de la faculté. Chacun était libre de se réapproprier le thème révolution », explique Claudia, étudiante en licence de lettres. Aux côtés de photos sur le thème de l’écologie, certains étudiants ont choisi de poser vêtus comme de grandes figures de l’histoire (Che Guevara, César). « Notre classe a travaillé sur la mise en place de cette exposition et proposé quatre grands thèmes : la révolution au sens astronomique, l’homme face à l’évolution (Révolution ?) du numérique, la définition plus communément admise de la révolution pour les droits et enfin la révolution culturelle», raconte Eléonore, étudiante en L3 médiation culturelle. Jean a lui aussi participé à l’événement, mais avec une toute autre manière d’aborder le sujet. »Nous avons adapté en jeu de société l’historiographie du mythe arthurien, au cours de la partie, le texte a changé avec l’ajout de nouveaux personnages et les changements de rôles, une révolution permanente! »

Un drapeau de Cuba orné du Ché sur le dos, une étudiante en troisième année de licence d’Espagnol se rend dans un amphi pour assister à une émission de radio. Un par un, des étudiants en Erasmus viennent y incarner des personnages historiques tels qu’Olympe de Gouge ou Karel Capek. Nous apprenons depuis trois ans les mouvements révolutionnaires des pays d’Amérique du Sud. Ce sont des phénomènes intéressants. Ces révolutions ont été porteuses d’identités culturelles et nationales au travers de la révolte contre l’occupant. Plus généralement, c’est une notion qui est porteuse de changement et d’espoir”.

 « C’est un thème porteur dont la symbolique n’échappe à personne. Ce sont les révolutions qui provoquent des transformations de la société et cette notion s’applique à l’université où la soif inétanchable de connaissances et la curiosité perpétuelle sont génératrices de progrès”, souligne Françoise Moulin-Civil, administratrice provisoire de l’Université Paris-Est Créteil (Upec).
“Nous n’imaginions pas l’an passé en choisissant pour thème “révolution(s)” qu’il résonnerait autant, bien sûr ce n’est pas sans rappeler les 50 ans de mai 68 mais aussi de la loi Faure sur l’enseignement supérieur qui a jeté les bases de nos institutions d’aujourd’hui. Mais il ne s’agit pas seulement ce soir de révolution politique, un drapeau rouge certes, mais sans oublier les gravitations coperniciennes de nos projets car la révolution est aussi culturelle, artistique, intellectuelle, scientifique, pédagogique. Le terme révolution présente une vrai contradiction, étymologiquement c’est la réitération de ce qui a été et la prévision de ce qui sera!« , pointe la doyenne de la faculté de lettres, Anne-Lise Humain Lamoure.

Et la révolution 2018 à l’Upec?

Alors que plusieurs fac sont occupées en France, mobilisées contre la réforme de l’université, et que Tolbiac a été évacuée par la police au petit matin ce vendredi, Créteil semble toutefois échapper à la vague. « Il y a une dizaine d’années, il y avait eu un mouvement assez dur avec des enseignants qui s’étaient joints aux élèves, mais depuis, il ne s’est jamais rien passé ici », se remémore un étudiant devenu enseignant. La plupart des étudiants interrogés sur cette question ne ressentent pas l’envie de faire grève. « Contre quoi ? Contre qui ?« , questionne l’un d’entre-eux. Une jeune femme admet avoir été faire un tour à l’université de Tolbiac « par curiosité », mais n’en est pas repartie convaincue. « Est-ce qu’il y avait besoin de bloquer pour pouvoir organiser des conférences et des soirées ? La preuve que non« , réagit-elle. Des actions ont pourtant commencé, pour faire bouger la fac de Créteil. Lundi 16 avril par exemple, le syndicat étudiant Unef  organisait une réunion de mobilisation pour la « convergence des luttes » avec la CGT, les jeunesses communistes, la Fidl, le NPA jeunes, la France insoumise, l’association des jeunes Turcs et Kurdes DIDF… « Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas organisé d’événement commun et nous avons quand même été une centaine« , note Thomas Khabou, de l’Unef. S’en est suivie une distribution commune de tracts mercredi à l’université. « Lundi 23 avril, nous organisons une nouvelle réunion avec les partis politiques et les associations. Et puis, d’ici quelques semaines, les lycéens qui se retrouveront sans affectation vont rejoindre le mouvement« , estime Thomas Khabou, qui ajoute que le contexte des partiels et des vacances n’ont pas aidé à bouger. Une mobilisation qui peine malgré tout à dépasser le cercle des militants les plus impliqués, et qui n’est portée que par le syndicat devenu minoritaire au sein de l’Upec. L’organisation majoritaire, Bouge ta Fac, soutient la réforme. « Nous sommes contre les blocages d’université et soutenons cette réforme qui va faciliter l’accompagnement à l’orientation », indique Mihai Guyard, de Bouge ta fac.

Propos et photos recueillis par Pierre Hemono et Florent Bascoul
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