Justice | Créteil | 10/09/2018
Réagir Par

Cible d’agressions, la communauté asiatique réclame justice

Cible d’agressions, la communauté asiatique réclame justice © F.Kong
Publicité

Des membres d'associations représentant les communautés asiatiques de France ont manifesté ce vendredi dans le palais de Justice de Créteil pour obtenir des sanctions plus lourdes contre leurs agresseurs. Le rassemblement précédait le procès en comparution immédiate d'un jeune homme qui avait tenté de voler avec violence un sexagénaire d'origine chinoise.

L’agression mortelle de Zhang Chaolin à Aubervilliers en août 2016 a réveillé les consciences dans les communautés asiatiques. « Cela fait des décennies que les personnes d’origine asiatique sont victimes d’actes de violences à cause de clichés douteux et racistes. Souvent, les agresseurs estiment que nous sommes des victimes idéales imaginant que nous ne parlons pas bien le français, que nous n’avons pas de papiers et que nous ne pouvons pas porter plainte. Auparavant, les gens gardaient cela pour eux. La mentalité des générations précédentes c’était de ne pas se faire remarquer, de se relever après être tombé et de faire le dos rond. Aujourd’hui, les temps ont changé, nous nous sommes déculpabilisés et communiquons sur ce qui était jusque là un tabou et un traumatisme pour les familles des victimes », résume Antoine, responsable du collectif sécurité pour tous dans le Val-de-Marne, une fédération d’associations de la communauté asiatique.

Si les victimes sont de plus en plus nombreuses à porter plainte, leur nombre reste, selon les associations, encore très faible par rapport aux chiffres qu’ils disent émaner de la préfecture de police. Il y aurait en moyenne une agression de personne asiatique tous les deux jours en Île-de-France. Le mobile ? Une croyance solidement rependue qui prête aux personnes de cette communauté le transport de fortes sommes d’argent en liquide. « Maintenant que les gens osent aller au commissariat porter plainte, il faut que la justice soit plus sévère parce que les policiers font le travail en arrêtant les auteurs des agressions mais les victimes les voient en liberté quelques temps après. L’un des agresseurs de Zhang Chaolin n’a été condamné qu’à deux ans de prison [âgé de 15 ans au moment des faits et condamné vendredi 10 novembre à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, et mise à l’épreuve. Deux autres mineurs également impliqués dans l’agression mortelle ont écopé de 10 et 4 ans de prisons ferme], c’est trop peu », poursuit Antoine.

Le parquet ne vise pas le mobile ethnique de l’agression

Maladresse involontaire ou acte manqué du parquet, le procès verbal de comparution immédiate de l’agression de Didier, 64 ans, ne mentionne pas son origine ethnique. « Je m’indigne, je suis en colère parce que cette circonstance aggravante n’a pas été visée par le ministère public alors que l’on peut lire dans le rapport des services de police que l’auteur avait agi parce que, je cite, les Chinois ont beaucoup d’argent ! Sans vouloir créer la polémique, je crois que si mon client avait appartenu à une autre ethnie, il n’y aurait pas eu  cet oubli », a réagi Me Soc Lam, l’avocat de la victime. « Il faut rendre aux faits leur réalité pour aller plus haut dans la peine prononcée », admet le président. « Nous estimions que ce n’était pas l’appartenance de la victime à la communauté asiatique qui était la cause de l’agression. Maintenant, je ne m’oppose pas à l’ajout de cette mention », tempère le substitut du procureur. Même l’avocate du jeune homme s’est indignée, s’estimant dans l’impossibilité de pouvoir défendre son client de façon adéquate à cause de cette approximation.

 

 

L’agression s’est déroulée le 30 juin dernier sur le boulevard Stalingrad à Vitry-sur-Seine. Un retraité de 64 ans vivant dans le nord de la France rendait visite à une amie. Après une après-midi passée dans un bar pmu à parier sur les courses de chevaux, l’homme rentre chez son amie avec ses gains. Quelques centaines de mètres plus loin, il est méthodiquement attaqué par trois hommes qui fouillent ses poches à la recherche d’argent. Une personne lui vient en aide mais reçoit également des coups. Finalement, les agresseurs prennent la fuite avec leur butin. Un seul va finir par être retrouvé. Interrogé par les policiers, le jeune homme de 20 ans a expliqué avoir ciblé « ce chinois bien habillé » qui sortait du bar. Devant le tribunal, il change sa version des faits, expliquant avoir agi parce qu’il avait lui-même été malheureux au jeu et qu’un homme lui avait désigné le parieur chanceux et proposé de partager le butin. L’étudiant de 20 ans a été condamné à 18 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Créteil.

« Que se serait-il passé si personne n’était venu porter secours à mon client ? », s’est interrogé Me Lam, avant de rappeler aux juges le sort tragique de Zhang Chaolin, convoqué en symbole. Face à cette violence, certaines victimes décident de se faire justice elles-mêmes. Un peu plus tôt ce vendredi après-midi, un gérant d’un bar de Choisy-le-Roi d’origine chinoise était à la place du jeune homme de 20 ans dans le box, pour avoir blessé avec un katana un client souffrant de trouble psychiatrique qui le harcelait depuis deux ans et menaçait de s’en prendre à sa famille.

Télécharger l'article au format PDF :
Merci de votre lecture !

Nous mettons la plupart de nos articles en ligne gratuitement afin quʼils puissent être lus par tous mais lʼinformation a un coût.

C’est pourquoi, au-delà d’un certain nombre d’articles consultés gratuitement sur une période, nous vous proposons de vous abonner.

Si cet article vous a intéressé, et si vous souhaitez quʼil y a en ait beaucoup dʼautres, vous pouvez aussi contribuer à notre développement et à notre indépendance, soit en vous abonnant, soit en faisant un don, même modeste et ponctuel.

4 commentaires pour Cible d’agressions, la communauté asiatique réclame justice
Ajouter une photo

N'envoyez que des photos que vous avez prises vous-même, ou libres de tout droit. Les photos sont publiées sous votre responsabilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A lire aussi