Exposition | Gentilly | 02/03
Réagir Par

Argentique: Eric Guglielmi raconte l’Ardenne à la Maison Doisneau

Né en 1970 près de Charleville-Mézière, Eric Guglielmi a grandi dans les Ardennes, plongé dans la sidérurgie dès 16 ans comme le reste de sa famille, avant de s’échapper très par la photographie, plongeant aux côtés des mineurs d’or de Bolivie, 

avant de s’installer quelques années en Afrique où il fonde une agence photographique. En 2011, l’Ardennais part sur les traces d’un autre Charlevillais, Arthur Rimbaud, s’imprégnant d’une quarantaine de villes où séjourna le poète, du Caire à Rome en passant par Calais et les Ardennes. Paraît alors « Rimbaud », un album carnet de route. C’est suite à ce travail que la Maison de la photographie Robert Doisneau de Gentilly lui demande de revenir complètement dans ce territoire natal. Il y passera deux ans, de 2015 à 2017, à s’y laisser dériver. Belgique, Luxembourg, France… Il s’interroge sur le sens de ces frontières,  violemment défendues lors des combats des deux premières guerres mondiales, observe les traces de l’industrialisation, de son reflux. « Je longe et traverse les lignes invisibles qui strient ce territoire, passant sans m’en rendre compte d’une région à l’autre, d’un pays à l’autre. Quand je marche ainsi, je perds de vue les découpes arbitraires de ce territoire. Il n’y a plus ni France, ni Luxembourg, ni Belgique. Il n’y a plus que cette forêt immense. Comme si le balancement de mes pas, d’un bord à l’autre des frontières, tricotait un nouvel ensemble. La crise industrielle avec laquelle se débat cette région depuis plusieurs décennies a fait émerger dans le paysage de nouvelles lignes de fractures, qui ne sont plus simplement économiques ou politiques mais également visuelles. Les friches industrielles phagocytées par la végétation, plus généralement le repli des activités humaines et l’avancée inexorable de la forêt tracent dans le paysage des montages inattendus. Ces terres désertées se muent en de rigoureuses compositions« , témoigne le photographe en préambule de l’exposition qu’il présente jusqu’au 26 avril à la Maison Doisneau.

« C’est une photographie toute faite d’observation dont il est question ici, d’appréciations et d’équipements aussi : au désir, à la réflexion et la décision de prendre un cliché, s’ensuit la longue et patiente gestuelle du métier liée à la pratique de l’argentique et au travail à la chambre photographique. C’est une affaire en soi et ce long périple dans l’Ardenne peut sembler bien archaïque en ces temps si prompts à la virtualité numérique et à l’impatience : à quoi bon se rendre la tâche aussi difficile quand on dispose désormais d’un outillage permettant de multiplier les clichés à l’infini et permettant surtout de juger le résultat sur le champ ? La réponse est bien évidemment à chercher du côté du dispositif et d’une certaine disposition d’esprit : des valeurs et une gamme de couleur qui n’appartiennent qu’à la couche argentique du cliché, une absence de certitude quant au résultat, de l’attente et, vraisemblablement, l’envie de laisser les choses prendre place par elles-mêmes. Eric Guglielmi travaille par couches successives. Il a sillonné les recoins de l’Ardenne sans véritable plan initial, suivant un itinéraire déjà familier où l’intuition s’est mêlée aux souvenirs, le désir à l’obstination, jusqu’à épuisement de la campagne. À première vue, peu de choses apparaissent dans ses clichés: des lieux (un carrefour entre deux routes, une colline, un cours d’eau) et, bien souvent, un seul sujet principal (un calvaire, un silo à grain, une cabane en tôle) placé au centre de l’image. D’ailleurs, le dépouillement est ici volontairement cultivé : le calme règne, l’introspection aussi. On sent la marche, le temps qui s’écoule, l’humeur de la campagne, l’âpreté du froid ou l’humidité rafraîchissante, tout dépend de la saison et du moment. On sent aussi le vécu, le passé et quelquefois la nostalgie, toutes ces choses presque indicibles et encore moins photographiables ; paradoxe étonnant quand on songe que la chambre photographique est justement utilisée pour sa précision et sa capacité à transcrire le réel visible », commente Michaël Houlette, directeur artistique de la Maison Doisneau.

En pratique

Les 70 clichés de ce périple sont a à voir à la Maison Doisneau de Gentilly jusqu’au 26 avril. A noter une visite commentée dimanche 11 mars à 15h
Entrée libre
Maison de la Photographie Robert Doisneau 1, rue de la Division du Général Leclerc 94250 Gentilly, France
Du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30 et les samedis et dimanches de 13h30 à 19h.
Fermé les jours fériés

 

 

 

Merci de votre lecture !

Nous mettons la plupart de nos articles en ligne gratuitement afin quʼils puissent être lus par tous mais lʼinformation a un coût.

C’est pourquoi, au-delà d’un certain nombre d’articles consultés gratuitement sur une période, nous vous proposons de vous abonner.

Si cet article vous a intéressé, et si vous souhaitez quʼil y a en ait beaucoup dʼautres, vous pouvez aussi contribuer à notre développement
et à notre indépendance, soit en vous abonnant, soit en faisant un don, même modeste et ponctuel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *